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Accident, négligence ou maltraitance ? Une enquête ouverte dans une crèche privée à Marseille

Les parents de Noé, 14 mois, ont porté plainte contre la crèche Nursea qui accueillait leur petit garçon, victime de deux fractures au bras et au tibia, en quelques mois. Si la structure dément toute forme de maltraitance, une enquête préliminaire a été ouverte. 


Deux accidents en moins de six mois, c’en est trop ! Les parents de Noé, 14 mois, accueilli dans une micro-crèche privée du réseau Nursea dans le quartier de La Blancarde à Marseille (4e), ont porté plainte contre la crèche, comme l’a dévoilé le quotidien La Provence, le 17 octobre dernier. Une affaire qui éclate dans un contexte difficile, après les révélations de maltraitance infantile en crèches privées, par le livre-enquête les Ogres de Victor Castanet. 


Un accident de draisienne 

Le 12 avril dernier, les parents de Noé sont appelés en urgence par la crèche. Le petit garçon, qui marche encore à quatre pattes, ne peut plus poser le bras par terre, sans que les professionnels ne puissent l’expliquer précisément. Les parents l’apprendront plus tard, un enfant lui aurait accidentellement roulé dessus avec une draisienne. Les urgences pédiatriques constateront une fracture du bras gauche, qui entrainera un mois d’immobilisation et cinq jours d’hospitalisation pour Noé. D’après la directrice, interviewée par le Figaro, « les médecins, et plus particulièrement le chirurgien orthopédique qui a suivi l’enfant, ont confirmé que cette blessure était bel et bien liée à cet incident ».


Après le bras, une fracture du tibia et du pied 

Mais cinq mois plus tard, une seconde blessure et un bilan médical plus lourd encore. Noé est rendu à ses parents, après une journée passée à la crèche avec une fracture du tibia et du pied entrainant 21 jours d’ITT. « Une professionnelle, en déplaçant l’enfant entre deux tapis, l’a laissé chuter d’une faible hauteur en arrivant sur le deuxième tapis », explique Fanny Schosseler, fondatrice et dirigeante du réseau de micro-crèches Nursea. Cette professionnelle a été écartée et sa période d’essai a été interrompue. « Nous avons préféré avoir une position catégorique, précise-t-elle. Aucun enfant ne mérite de subir un accident ! ». 


Des explications qui ne satisfont ni la famille, ni son avocat. Pour Maitre Maxime Carrez, « ce sont des faits qui interrogent. Leur répétition a justifié le dépôt de plainte et les suspicions. Il y a eu ce premier incident, les parents ont fait confiance a la crèche. Mais les faits démontrent qu’ils ont eu tort de faire confiance car quelques mois plus tard survient un accident plus grave encore… ».  


Une enquête préliminaire est en cours 

Dès le lendemain, les parents déposeront plainte. Plainte qui débouchera sur l’ouverture d’une enquête préliminaire confiée à la brigade des mineurs de Marseille, qui indique qu’aucune hypothèse ne sera écartée. Selon Maitre Maxime Carrez« les médecins ont dans un premier temps suspecté les parents de violences, le protocole bébé secoué a été mis en oeuvre, mais cette hypothèse a été écartée à la suite des constatations médicales. Cela a été très éprouvant pour eux ».  


De l’accident à la negligence 

Les parents, interviewés par France Bleu, jugent la crèche responsable, évoquent l’épuisement des équipes et attendent de réponses. Leur avocat les dit en colère et inquiets : « ils se sentent coupables d’avoir laissé leur enfant dans cette crèche et s’inquiètent de l’impact de ces fractures sur son état physique et psychologique ».


La crèche, elle, dément toute accusation de maltraitance ou de négligence. « Le matin de l’accident de Noé en septembre, il y avait quatre professionnelles pour 12 enfants présents : un taux d’encadrement de qualité et des professionnelles qui vont bien, souligne Fanny Schosseler. (…) Il n’y a eu aucune maltraitance, ce sont deux accidents malheureux et nous sommes désolés pour le petit Noé ». Pour Maitre Maxime Carrez, c’est improbable : « La thèse de l’accident, deux fois consécutives, je n’y crois pas et les parents non plus. De la négligence a minima et peut être un acte volontaire, nous n’en savons rien. L’enquête fera la lumière », assure-t-il. 


Le groupe de micro-crèches Nursea, implanté en Provence, n’avait jamais été confronté à ce type de plainte. Pour Fanny Schosseler, « la sécurité des enfants est non négociable. C’est pour cela que nous avons agi très rapidement, que j’ai échangé personnellement avec les parents le lendemain de chaque accident, que nous avons prévenu la PMI nous-mêmes, que nous collaborons avec les autorités. ». Une affaire à suivre dans les prochains mois. 


 

Laurence Yème

PUBLIÉ LE 23 octobre 2024

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