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Aliments pour bébés : omniprésence inquiétante de produits ultra-transformés

La diversification alimentaire est une étape clé pour la croissance et le développement des nourrissons et des jeunes enfants. Pourtant, peu de recherches se sont penchées sur le degré de transformation des aliments industriels destinés à cette période. Une étude menée par des chercheurs australiens et américains s’est intéressée à la qualité nutritionnelle et au profil des ingrédients des aliments pour bébés vendus aux États-Unis et à leur potentiel risque pour la santé.

L’analyse a porté sur 651 produits alimentaires pour bébés et tout-petits mis en vente en 2023 dans les principaux supermarchés américains. En utilisant la classification NOVA, qui identifie les aliments ultra transformés, les chercheurs ont constaté que 71 % des produits étaient ultra transformés. Cette prédominance suggère une forte exposition des enfants aux aliments industriels dès le plus jeune âge.

Des aliments bourrés d’additifs

Les aliments classés ultra transformés contenaient fréquemment de nombreux additifs alimentaires. Plus d’une centaine d’additifs différents ont été identifiés dans l’étude. Les additifs les plus répandus comprenaient les exhausteurs de goût, les épaississants, les émulsifiants et les colorants. Ces ingrédients sont utilisés pour modifier le goût, la texture et la conservation, mais ils reflètent aussi un degré élevé de transformation industrielle plutôt qu’une composition naturelle.

Une qualité nutritionnelle inquiétante pour les nourrissons

Les produits ultra transformés présentaient une densité énergétique plus élevée et des niveaux supérieurs de sucre ajouté et de sodium que les aliments moins transformés. Le sucre ajouté n’était présent que dans les aliments ultra transformés, et dans certains cas la quantité atteignait presque le double de celle des produits moins transformés. Cette composition nutritionnelle peut contribuer à orienter précocement les préférences alimentaires vers des goûts sucrés et salés.

Risques de formation de préférences alimentaires malsaines

L’exposition précoce à des aliments ultra transformés, souvent plus sucrés ou plus salés, peut façonner durablement les préférences gustatives des enfants. Des textures altérées et des arômes intensifiés par les additifs peuvent conditionner les habitudes alimentaires futures, rendant plus difficile l’acceptation d’aliments non transformés et riches en nutriments au fil du temps.

Appel à plus de transparence et de réglementation

Les auteurs soulignent le manque de normes d’étiquetage spécifiques pour aider les parents à identifier facilement les produits ultra transformés. Ils appellent à des politiques publiques plus strictes pour encadrer la formulation des aliments pour bébés et renforcer l’information aux consommateurs, afin de garantir une offre plus adaptée aux besoins nutritionnels des plus jeunes.

Et en France ?  La sonnette d’alarme a aussi été tirée

Fin décembre 2025, 60 Millions de consommateurs a publié un hors-série sur l’alimentation des 0–3 ans. L’enquête a porté sur 165 produits vendus en grande distribution et a montré que 58,2 % d’entre eux étaient ultra-transformés. Même lorsque les emballages affichaient « sans sucre ajouté » ou « source de calcium », de nombreux aliments pour bébés contenaient des amidons modifiés, arômes, émulsifiants ou jus de fruits concentrés. Les desserts lactés pour bébés et les biscuits infantiles étaient les plus touchés, avec près de 97 % et 93 % de produits ultra-transformés.

Une autre étude émanant de Santé publique France, réalisée sur un échantillon national d’enfants et d’adolescents (3-17 ans) a également révélé que les aliments ultra-transformés représentent une part importante de l’alimentation et étaient associés à une qualité nutritionnelle plus faible (plus de sucres libres, moins de fibres et de protéines).

Source : Dunford E. K., Pries A., Calvo M. S., Coyle D. H., Tiny Tummies, Big Questions : Unpacking Ultra-Processed Ingredients and Additives in Complementary Foods in the United StatesNutrients, 2026, 18(4), 58

Isabelle Hallot

PUBLIÉ LE 12 février 2026

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