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A la découverte de l’accueil de la petite enfance au Danemark

En mai 2025, quatre professionnelles de la petite enfance des lieux d’accueil municipaux de la ville de Caen sont parties en voyage d’étude au Danemark dans le cadre du programme Erasmus+. Une expérience inspirante dont elles sont revenues très enthousiastes. Aux Pros de la petite enfance, elles ont confié leurs premières observations et ressentis. 

Du 11 au 17 mai 2025, quatre professionnelles, représentatives des métiers et lieux d’accueil municipaux gérés par le CCAS de la ville de Caen, ont embarqué pour Bredebro, au sud du Danemark. A l’arrivée, un programme très dense les attendait, co-construit depuis plus d’un an avec leurs partenaires danois, pour découvrir l’accueil de la petite enfance au Danemark et s’imprégner de leur mode de vie. Accueillies avec enthousiasme, elles vont visiter 9 crèches, une école, assister à un rassemblement d’assistantes maternelles, visiter l’une d’entre elles et s’immerger dans la vie locale et familiale de ce comté rural du Danemark. Florilège de leurs observations. 

L’accueil du jeune enfant et son rythme de vie 

  • Les enfants sont accueillis en crèche de 8 mois à 6 ans, âge à partir duquel l’école est obligatoire. Mais plus généralement, les parents confient leur enfant à partir de 12 mois. S’en séparer dès 3 mois leur semble inconcevable ! Tout comme l’idée d’entre à l’école dès 3 ans… 
  • Le taux d’encadrement est d’1 adulte pour 3 ou 4 enfants. 
  • Les rythmes de vie sont très différents. La crèche ouvre vers 6 h 30 le matin, mais ferme au plus tard à 17h car tout le monde rentre chez soi. Les familles dînent en général dès 18h.
  • Il y a plusieurs collations dans la journée. Un encas à 9h, un à 11h et un autre à 14h. Dans la plupart des crèches, les enfants amènent une lunch-box fournie par les parents pour la collation de 14h, dont le contenu ne semble pas toujours très équilibré…
  • La transition vers l’école est progressive et accompagnée. Les grands de la crèche (3-6 ans) sont regroupés en sections appelées « pré-maternelle ». Les enseignants de maternelle viennent faire la connaissance des enfants à la crèche une fois par trimestre. Lorsqu’ils rentrent enfin à l’école, une rencontre rassemble l’enseignant, l’éducateur de la crèche, les parents et l’enfant. 
  • Les professionnelles se déplacent souvent à vélo électrique type cargo, de 4 à 6 places, avec casque et harnais.
  • Les assistantes maternelles accueillent jusqu’à 4 enfants de 8 mois à 3 ans. En général, elles en ont 3 et gardent une place disponible en cas de besoin. Les enfants de plus de 3 ans rejoignent la « pré-maternelle » à la crèche. Il existe une organisation assez similaire à celle de nos crèches familiales. Les assistantes maternelles sont accompagnées par une « pédagogue », l’équivalent de l’éducatrice de jeunes enfants en France, qui assure à la fois le suivi et le contrôle par des visites à domicile, ce qui n’est pas toujours simple. Elles se déplacent également en vélo cargo prêté par le service petite enfance car il n’y a pas de réseau de transports dans cette petite commune. Il semble qu’il y ait également des assistantes maternelles indépendantes. Comme en France, le Danemark connait une baisse importante du nombre d’assistantes maternelles et des difficultés à les recruter.
  • Un organisme régit, accompagne et contrôle les crèches deux fois par an par une visite surprise et une visite planifiée.

L’aménagement et l’équipement de l’espace

  • A l’intérieur, l’espace est vaste, organisé par îlots de vie, dans lesquels évoluent chaque groupe de 3 à 4 enfants et leur adulte référent, avec lequel ils vont manger, dormir, faire des activités en restant par petits groupes. Un accueil presque familial dans un espace collectif, divisé en deux sections : les 0-3 ans sont séparés des 3-6 ans. Même dans une grande structure de 45 places, le poids du collectif se fait peu ressentir…
  • Tout le matériel est pensé pour l’adulte et c’est l’enfant qui s’adapte ! La crèche est meublée comme une maison, avec des canapés, du mobilier ordinaire et pas forcément récent. Tandis qu’en France, tout le matériel est normé, pensé pour l’enfant et à hauteur d’enfant. On toruve également du matériel ergonomique et bien pensé pour faciliter le quotidien des professionnels : des tables à langer électriques réglables en hauteur, des estrades et change-debout, des tabourets ergonomiques, des poussettes électriques, etc.
  • Les jeux et matériel proposés sont très simples. Il y a un minimum de choses, notamment des Lego, et des activités créatives qui font appel aux matériaux de récupération.
CCAS Caen

L’espace et les temps vécus à l’extérieur 

  • Les jardins sont immenses. Dans les crèches comme chez les assistantes maternelles, l’espace extérieur est vaste, les enfants ont même parfois accès à la forêt. Avec beaucoup de simplicité et de créativité, les professionnels aménagent des cabanes, des labyrinthes, des cuisines d’extérieur avec de vrais ustensiles, des bacs à sable. Ils utilisent du matériel de récupération des planches, des rondins, des pneus. Il y a toujours beaucoup de véhicules porteurs, des petits vélos qui ont déjà bien vécu !
  • Les enfants et professionnels sont très bien équipés pour passer un maximum de temps à l’extérieur : des combinaisons mi-saison, des combinaisons chaudes pour l’hiver, des bottes…
  • Les siestes sont faites en extérieur dans de grands et larges landaus équipés de babyphones et de moustiquaires. Soit en plein air, soit sous un simple abri quand le temps le nécessite. Jusqu’à 2 ans, les enfants y dorment encore ! Ils utilisent une petite échelle pour grimper de manière autonome et s’installer dans le landau, dans lequel ils sont attachés par un harnais pour ne pas tomber.
  • Les enfants se réunissent autour du feu. Dans le jardin de chaque crèche, il y a un « bol à feu » en béton ou en pierre, bien plus grand qu’un brasero. Au moins une fois par semaine, les enfants se rassemblent autour d’un grand feu pour chanter des chansons et raconter les histoires !
CCAS Caen

L’approche pédagogique proposée 

  • Les enfants sont très autonomes et libres de se mouvoir dans les espaces intérieurs comme extérieurs comme bon leur semble. Les professionnels les observent, mais les laissent partir assez loin, sans même forcément les avoir dans leur champ de vision. À partir de 3 ans, ils peuvent même sortir seuls dans le jardin, à plusieurs, sans adulte. Les enfants peuvent grimper aux arbres : « s’il monte c’est qu’il en est capable ! ».
  • Les professionnels ont une grande confiance en l’enfant, qui a lui-même grande confiance en l’adulte. Une relation très « secure » et apaisée, on ne ressent pas de peur. C’est un autre schéma de pensée, une conception éducative assez différente. Même les siestes ne sont pas surveillées, il n’y a pas besoin d’accompagner l’endormissement des enfants.
  • Chaque crèche suit une charte règlementaire qui donne un cadre à l’accueil des jeunes enfants. En dépit d’une apparente simplicité, il y a des objectifs pédagogiques bien définis. 
  • Les familles sont très sollicitées pour participer aux activités, entretenir les jardins etc. Des moments souvent festifs qui finissent souvent par un barbecue…
  • Les Danois semblent très soucieux de l’inclusion sociale des enfants d’origine étrangère ou en situation de vulnérabilité.
CCAS Caen

Les conditions de travail des professionnels

  • Les métiers ne sont pas les mêmes. Dans les crèches, auprès des enfants, il y a des « pédagogues », l’équivalent de nos éducateurs de jeunes enfants, du personnel qualifié petite enfance (type CAP-AEPE) et du personnel non qualifié. Mais pas de métiers issus de la filière sanitaire. Les infirmières puéricultrices travaillent à l’hôpital. Un service extérieur qui intervient ponctuellement à la crèche dispose d’un médecin, d’une infirmière, d’un psychologue et même d’un service dentaire.
  • Les professionnelles peuvent choisir librement leur temps de travail. On leur en laisse la possibilité et les moyens nécessaires sont mis en œuvre pour que cela fonctionne. Ce sont en grande majorité des femmes, certaines travaillent à 50%, d’autres à 70%… En revanche, ils partent en retraite très tard, autour de 70 ans. Et la pénurie de professionnels semble tout aussi problématique qu’en France.
  • Les professionnelles mangent avec les enfants, car elles n’ont pas de pause-déjeuner. Seulement une demi-heure de « breack » dans la journée.
  • La directrice est seule sur ses missions. Les pédagogues sont uniquement sur le terrain, auprès des enfants.

Découvrir la préparation du projet Erasmus+ Caen au Danemark  

CCAS Caen

Laurence Yème

PUBLIÉ LE 12 octobre 2025

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Une réponse à “A la découverte de l’accueil de la petite enfance au Danemark”

  1. Christine Bodin gandrillon dit :

    Très chouette article, un beau modèle pour la France qui devrait s’en inspirer un peu plus.

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