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« C’est avant tout un projet de vie » : Nicolas et Maëlys ont créé deux microcrèches alliant bâtiment durable et qualité de vie au travail

Dans le Lot-et-Garonne, Maëlys Soubiron et Nicolas Henry ont construit deux microcrèches à leur image. Entre reconversion dans le secteur de la petite enfance pour elle et expertise du bâtiment durable pour lui, le couple a entièrement repensé des locaux pour les adapter à l’accueil des jeunes enfants.

Pour Maëlys Soubiron et Nicolas Henry, le projet des Petites Éclosions ne s’est pas imposé comme une évidence immédiate. Il s’est construit progressivement, au fil des années, sans véritable élément déclencheur. À l’origine, Maëlys est diététicienne. Elle évoque déjà, à cette époque, l’envie de travailler auprès des jeunes enfants. Nicolas, lui, évolue dans le secteur du bâtiment depuis l’âge de 15 ans, avec une spécialisation progressive dans les projets techniques et les ERP. « Pendant le Covid, on a commencé à en parler plus sérieusement tous les deux, et on s’est dit qu’on pouvait vraiment se lancer », explique Maëlys. 

Un CAP AEPE pour Maëlys

Pour la jeune femme, le projet implique une reconversion complète dans le secteur de la petite enfance. Elle passe un CAP Accompagnant éducatif petite enfance, puis enchaîne avec des formations liées à la gestion de structures. Pendant environ deux ans, elle se forme, en parallèle de la construction du projet global. Elle découvre les réalités du secteur, ses exigences réglementaires et organisationnelles, ainsi que le fonctionnement des équipes en micro-crèche. C’était important pour moi de me former sérieusement parce que je n’avais jamais géré de micro-crèche auparavant, donc il fallait vraiment comprendre le fonctionnement global avant de se lancer », souligne-t-elle.

Des compétences complémentaires dans la construction du projet

Très vite, le couple identifie la complémentarité de leurs parcours. « Je suis sur toute la partie travaux, gestion de chantier, coordination des artisans et ERP, et Maëlys est sur toute la partie gestion des micro-crèches et petite enfance. C’est assez complémentaire et ça nous a permis d’avancer ensemble sans se marcher dessus », observe Nicolas. Travailler ensemble implique également une organisation particulière entre vie professionnelle et vie personnelle. « C’est plutôt motivant parce qu’on avance dans la même direction, mais c’est vrai que ce n’est pas toujours simple de trouver l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle. Il faut apprendre à déconnecter, à ne pas tout ramener au projet en permanence », développent-ils. La frontière entre les deux sphères est parfois fine, notamment lors des phases de travaux ou de lancement. Pour autant, ils mettent en avant une complémentarité qui structure leur fonctionnement au quotidien.

« On a tout cassé pour tout reconstruire »

La première microcrèche ouvre à Foulayronnes en 2023 après la transformation complète d’un local existant. Les travaux constituent une étape importante du projet. Le bâtiment est entièrement repensé, adapté aux exigences d’accueil du jeune enfant et aux normes en vigueur. « On a tout cassé pour tout reconstruire, parce que rien n’était vraiment adapté au départ. C’était un chantier très lourd mais on voulait que le lieu corresponde exactement à ce qu’on imaginait pour les enfants », raconte Nicolas. Le couple participe directement au chantier : peinture, aménagements, finitions. « Nous étions plongés dans le projet du matin au soir, en réalisant nous-mêmes une grande partie des travaux, de la peinture à la plomberie en passant par la cuisine », ajoutent-ils.

Un bâtiment pensé dans une logique de performance environnementale

Sur le volet immobilier, Nicolas a porté une approche centrée sur la performance énergétique et environnementale. « On travaille la conception en amont, on modélise les crèches avant même le début des travaux, et on peut même plonger les équipes dedans en réalité virtuelle pour optimiser les espaces, l’ergonomie et l’organisation du travail », explique-t-il. Les structures intègrent des matériaux biosourcés, des extensions en bois, des toitures végétalisées et des panneaux photovoltaïques. « Sur la deuxième crèche, on a fait une extension bois, des matériaux biosourcés, une toiture végétalisée et des panneaux solaires. Aujourd’hui, on arrive à environ 95 % d’autoconsommation sur certaines périodes, de mars à septembre, on produit quasiment toute notre énergie », se félicite Nicolas.

Un modèle construit autour des enfants et des équipes

Aujourd’hui, le réseau Les Petites Éclosions compte deux microcrèches, à Foulayronnes et à Agen. La petite dernière a ouvert ses portes le 2 mars 2026. Chaque structure accueille jusqu’à 14 enfants. L’équipe est composée de cinq professionnelles, sous la responsabilité d’une directrice commune. Au quotidien, trois professionnelles encadrent les quatorze enfants, soit environ une professionnelle pour cinq enfants. Un taux d’encadrement supérieur aux exigences réglementaires en microcrèche. Le projet pédagogique s’appuie sur des pratiques inspirées de la pédagogie Montessori. « On a une pédagogie en plusieurs axes, inspirée de Montessori, où on favorise vraiment l’autonomie de l’enfant, le portage, le jardin pédagogique et l’expérimentation. L’idée, ce n’est pas de sur-solliciter les enfants, mais de les accompagner dans leur rythme », précise Maëlys.

Une attention particulière est également portée aux conditions de travail. « On sait que la petite enfance est un secteur très exigeant, donc on a voulu vraiment travailler sur les conditions de travail. On a des plannings fixes à l’année, sans variation, du mobilier ergonomique, des machines adaptées, ainsi que des espaces de pause. C’est important pour nous de limiter la fatigue et l’usure professionnelle », détaille Maëlys.

Une démarche saluée au niveau national

La démarche portée par les Petites Éclosions a été distinguée à deux reprises. En 2024, le couple s’est vu décerner le Trophée de l’Ingénierie Performante – Prix Coup de Cœur du Jury lors du Mondial du Bâtiment. Cette distinction valorise la rénovation d’un bâtiment des années 1980 transformé en micro-crèche, reconnu pour ses performances énergétiques et son impact dans le domaine du bâtiment durable. En 2025, Maëlys et Nicolas ont également été récompensés pour l’impact social de leur projet à travers ses trois piliers : le bâtiment durable, le projet pédagogique et la qualité de vie au travail.

« C’est valorisant, mais ce n’est pas ce qui nous guide au quotidien. Ce qui compte, c’est surtout l’équilibre global du projet », poursuit Nicolas. Une troisième structure est envisagée à moyen terme, sans calendrier défini à ce stade, la priorité étant la stabilisation du modèle existant. « On ne court pas après la rentabilité, ce n’est pas l’objectif principal. On cherche surtout à trouver un équilibre entre toutes les dimensions du projet : les enfants, les équipes, le bâtiment et la viabilité économique. C’est avant tout un projet de vie », concluent-ils.

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Julie Giorgetta

PUBLIÉ LE 03 juin 2026

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