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Dans cette crèche de Châteaubourg, les enfants passent entre trois et six heures par jour dehors

À Châteaubourg, Rigolo Comme La Vie a inauguré sa première crèche semi-plein air. Une structure pionnière, ouverte en septembre 2025, qui place la nature au cœur du projet éducatif. Mélanie Urvoy, sa directrice, raconte ses trois premiers mois entre belles surprises, ajustements,  et plaisir des tout-petits.

« Le lien à la nature, c’est une sensibilité que j’ai personnellement et professionnellement. Pour moi, c’était vraiment important d’ouvrir une structure qui permette aux enfants de vivre dehors. » Dès les premières minutes d’échange, Mélanie Urvoy annonce la couleur. Engagée dans le réseau Rigolo Comme La Vie depuis près de dix ans, la directrice a porté de bout en bout ce nouveau projet qui, elle l’espère, essaimera. Installée dans le pôle enfance de Châteaubourg, la crèche bénéficie d’un environnement tourné vers la nature : proximité d’une école elle-même orientée plein air, d’une Maison de l’enfance (RPE, PMI…) qui développe des projets potagers, partenariats avec des structures locales.

La crèche, qui peut accueillir jusqu’à 24 enfants, est aussi située le long d’un chemin piéton, et l’équipe a fait le choix de conserver une clôture non opaque afin de favoriser les échanges. « Beaucoup de personnes promènent leur chien, ce que les enfants aiment évidemment observer », raconte la directrice. Les collégiens et les enfants du centre de loisirs passent régulièrement devant et saluent les tout-petits, pour leur plus grand plaisir.

Jouer sous la pluie

Un projet pédagogique centré sur la nature

Le cœur du projet de la crèche de Châteaubourg : permettre aux enfants de passer le plus de temps possible dehors, par tous les temps raisonnables. En septembre et octobre, ils sont restés jusqu’à 5 à 6 heures par jour en extérieur, repas compris. Une adhésion forte, presque inattendue. « On s’attendait à ce que certains veuillent rentrer au bout de 10 minutes… Eh bien non ! C’est nous qui devons parfois les pousser à revenir », s’étonne encore Mélanie. Avec la baisse des températures, le temps passé dehors s’est naturellement réduit, tout en restant conséquent, autour de trois heures par jour. Reste alors une question essentielle : comment les enfants s’approprient-ils cet espace extérieur ?

Un extérieur pensé comme un véritable lieu de vie

La crèche a été conçue pour faciliter en permanence le passage entre le dedans et le dehors. Les enfants accèdent directement au jardin depuis la salle de change ou la cuisine, avec des lave-mains situés des deux côtés, afin de rendre les allers-retours fluides et naturels. Pour l’aménagement du jardin, l’équipe a d’abord choisi de « faire quelque chose d’assez vierge » afin d’observer les besoins réels des enfants. Peu à peu, des espaces se sont dessinés : un coin calme pour lire ou observer, un espace motricité avec une butte de terre pour grimper ou descendre en draisienne, et une zone « patouille » dédiée à la boue et aux manipulations sensorielles. Les bébés, installés sur des tapis, explorent quant à eux l’herbe, les fleurs et les textures naturelles. Si les activités motrices sont valorisées, la découverte de la nature occupe aussi une place centrale : observation des oiseaux, exploration des arbres, manipulation de la terre.

Le repas à l’extérieur

Des rituels transposés dehors

Tous les rituels habituels sont déplacés à l’extérieur : « les comptines, le petit verre d’eau du matin… », énumère la directrice. On y raconte aussi des histoires, on y prend parfois les repas, et c’est même là que se font les transmissions du soir, sous le grand préau — ouvert, mais protégé. Les familles retrouvent leurs enfants, enlèvent les combinaisons fournies par la crèche. « Cela leur permet de les voir évoluer autrement, de vivre un bout du projet avec nous », ajoute Mélanie. À ce jour, les siestes se déroulent à l’intérieur, mais l’équipe expérimente déjà le sommeil dehors pour certains bébés : « On a deux ou trois petits qui s’endorment plus facilement dehors, explique Mélanie. Le préau et les lits sur roulettes nous permettent d’essayer progressivement. » À partir du printemps, les plus grands devraient pouvoir faire la sieste dehors.

Mobiliser l’équipe : la clé du projet

Pour que le projet fonctionne, Mélanie avait une priorité : recruter des professionnelles sensibles à la pédagogie par la nature. « C’est une vraie réflexion : il faut des gens qui en ont envie, qui adhèrent à 100 % », insiste-t-elle. L’une des professionnelles a d’ailleurs choisi de mettre fin à sa période d’essai, une décision que Mélanie comprend. Les membres de l’équipe actuelle sont, elles, pleinement investies et en phase avec le projet. Toutes ont bénéficié d’un séminaire d’intégration d’une semaine pour mieux comprendre la pédagogie nature, identifier leurs limites, évoquer leurs craintes. Travailler en extérieur demande aux pros une posture particulière, que Mélanie résume comme un vrai travail de lâcher-prise. C’est l’un des aspects qu’elle identifie comme l’un des plus exigeants du projet.

Ramper dans l’herbe

Accepter que tout ne soit pas parfaitement maîtrisable

À l’intérieur, tout est pensé pour la sécurité : meubles adaptés, espaces normés, matériaux choisis. À l’extérieur, en revanche, la nature impose ses propres règles – et ses imprévus. « On doit accepter cela : que les enfants évoluent dans un environnement vivant, changeant, qui ne peut pas être contrôlé en permanence, et en même temps garder constamment la vigilance. », explique la directrice. Elle complète : « Par exemple, le grand chêne à côté : on ne va pas le couper, mais il lâche des tonnes de glands. On ne peut pas tout ramasser. Il faut faire confiance aux enfants sans perdre la vigilance. » Pour certains parents, cela demande aussi de prendre du recul lorsqu’ils voient leur enfant évoluer librement dans la boue ou manipuler des éléments naturels.

Un groupe plus serein

Et les enfants ? L’un des premiers effets observés par l’équipe est le calme du groupe. Mélanie en est encore surprise : « On a un groupe étonnamment apaisé. Il y a très peu de conflits, pas d’agressivité. » Pour elle, cette harmonie n’est pas un hasard. Le temps passé dehors semble réduire les tensions habituelles rencontrées dans les espaces clos. Le constat est d’autant plus flagrant maintenant que les enfants passent davantage de temps dedans : des conflits réapparaissent. Plusieurs parents notent aussi des changements. « Ils nous disent que leurs enfants rentrent le soir plus tranquilles, plus posés. Ils dorment bien, sans être plus fatigués », souligne la directrice.

La cuisine dehors

Et demain ? Compost, jardin et nouvelles installations

La crèche de Châteaubourg continue d’aménager progressivement son extérieur pour en faire un véritable espace vivant et évolutif. Mélanie se réjouit de l’installation récente d’un composteur, un dispositif simple, mais essentiel : « Les enfants apportent leurs restes, observent… Cela participe à la démarche écoresponsable. Ce n’est pas anodin. » À plus long terme, la directrice souhaite également renforcer la place du végétal dans le jardin. Elle tient notamment à planter un arbre au cœur de la crèche. Enfin, l’équipe prévoit la création d’un espace créatif extérieur, pour encourager l’expression artistique en plein air : tableau à craie, zone de dessin libre, matériels adaptés. Mais il faudra encore patienter jusqu’aux beaux jours.

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 01 décembre 2025

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