S’abonner

Tribune Libre

Un enfant n’est pas un outil de communication

Par Angelique Lecointre, assistante maternelle

Les réseaux sociaux ont profondément transformé notre manière de communiquer. Ils offrent une formidable vitrine aux professionnels de la petite enfance, permettant de partager des pratiques pédagogiques, des idées d’activités et de valoriser leur métier. Mais cette visibilité a un revers. Une question essentielle s’impose : à quel prix cette communication est-elle menée ?

Aujourd’hui, les images d’enfants se multiplient sur les réseaux sociaux. Qu’elles soient publiées par des influenceurs, des crèches, des assistantes maternelles ou d’autres professionnels de l’enfance, elles montrent des visages parfois découverts, parfois masqués, des moments du quotidien, des jeux d’eau, des activités, voire des enfants en maillot de bain. Ces publications, souvent réalisées avec les meilleures intentions, alimentent pourtant une exposition dont les conséquences sont rarement mesurées.

À force de vouloir partager, la caméra s’invite dans des instants qui devraient rester ceux de l’enfance : spontanés, intimes et protégés. Derrière les sourires et les mises en scène se cache une réalité bien moins visible : Internet est un espace où les images circulent, se copient et échappent rapidement à tout contrôle. La protection de l’enfance constitue pourtant l’une des missions fondamentales des professionnels du secteur. Or, cette mission ne devrait-elle pas inclure une réflexion plus exigeante sur la diffusion d’images de mineurs ?

Des images qui échappent à tout contrôle

Les services spécialisés alertent régulièrement sur le fait que des personnes malveillantes, notamment des pédocriminels, récupèrent des photographies d’enfants publiées sur les réseaux sociaux, y compris lorsqu’elles proviennent de comptes tenus par des structures d’accueil, des professionnels de la petite enfance ou des parents influenceurs. Une fois diffusée, une image ne nous appartient plus réellement.

Et masquer le visage avec un émoji limite l’identification, mais ne supprime pas tous les risques. L’enfant peut rester reconnaissable grâce à son corps, ses vêtements, sa voix, au lieu, à la légende ou au compte qui publie.

L’argument le plus souvent avancé est celui du consentement parental : « Les parents ont donné leur autorisation. » Mais cette autorisation suffit-elle à justifier l’exposition numérique d’un enfant ? Le véritable titulaire de ce droit à l’image reste l’enfant lui-même, dont la vie privée mérite une protection particulière. Peut-il réellement consentir à une présence numérique dont les conséquences pourront l’accompagner durant toute sa vie ?

La prudence doit primer sur la visibilité

À l’heure où les affaires de violences sexuelles commises sur des mineurs rappellent l’importance de la prévention, la prudence devrait primer sur la recherche de visibilité. Aucun bénéfice en matière de communication ne peut justifier de prendre le moindre risque avec la sécurité d’un enfant. Il est peut-être temps d’ouvrir un véritable débat. Faut-il aller plus loin que les simples recommandations et instaurer un cadre juridique plus strict concernant la diffusion d’images de mineurs par les professionnels de la petite enfance ? Lorsqu’il s’agit de protéger les enfants, le principe de précaution devrait toujours l’emporter. Car un enfant n’est pas un outil de communication. Son image mérite le même niveau de protection que son intégrité physique et psychologique.

Retrouvez Angélique sur Instagram : @les.chroniques.dassmat

PUBLIÉ LE 21 juillet 2026

MIS À JOUR LE 22 juillet 2026

Ajouter aux favoris

Laisser un commentaire