Vrai/faux sur l’aménagement extérieur de la crèche
Les professionnels de la petite enfance sont de plus en plus nombreux à vouloir transformer leur extérieur. Potagers, espaces sensoriels, cuisines de boue, coins calmes s’intègrent progressivement dans les projets pédagogiques. Mais certaines idées reçues ont la vie dure. Marina Lemarié, formatrice et consultante spécialisée dans l’aménagement au naturel des espaces de la petite enfance, nous aide à démêler le vrai du faux.
LA PMI dit toujours non aux aménagements innovants
FAUX
Marina Lemarié entend régulièrement des professionnels affirmer que certains projets ne passeront jamais auprès de la PMI. Pourtant, lors d’un récent échange avec une professionnelle de PMI autour d’un projet d’aménagement extérieur, celle-ci lui a rappelé qu’un dispositif n’est pas rejeté d’emblée parce qu’il est fabriqué par l’équipe ou réalisé avec des matériaux de récupération. Ce qui importe avant tout, c’est la sécurité : l’absence de bords saillants, d’échardes ou d’éléments susceptibles de présenter un danger pour les enfants. Pour la formatrice, il est donc possible d’innover, à condition de penser les aménagements de manière rigoureuse.
Tous les équipements vendus pour l’extérieur ne se valent pas
VRAI
Pour la spécialiste, les difficultés ne viennent pas forcément d’un manque d’idées, mais plutôt d’une volonté d’aller trop vite ou de reproduire des aménagements vus ailleurs sans réfléchir à la qualité et la pérennité des produits. Elle prend l’exemple des cuisines de boue, les « mud kitchen », qui ont le vent en poupe. De nombreux produits sont commercialisés dans la grande distribution comme étant spécialement conçus pour cet usage. Mais dans les faits, tous ne résistent pas aux contraintes du dehors. Marina Lemarié observe régulièrement des mud kitchen ou des meubles installés quelques mois auparavant déjà fortement dégradés après un hiver. Les équipes se retrouvent alors avec du matériel inutilisable qui finit par être abandonné. Le risque : perdre l’investissement financier réalisé et avoir le sentiment que finalement certaines démarches pédagogiques ne fonctionnent pas.
Avant d’investir, il est donc essentiel de s’interroger sur la qualité réelle des matériaux, leur résistance aux intempéries et leur capacité à durer plusieurs années. Certains fabricants anglais et néerlandais sont spécialisés dans les aménagements « nature », leurs produits sont robustes, mais leur coût est souvent plus élevé. Cela étant, disposer d’une véritable « mud kitchen » n’est pas indispensable. Selon Marina Lemarié, quelques ustensiles, des contenants et des matériaux naturels peuvent déjà permettre aux enfants de transvaser, remplir et vider pour leur plus grand plaisir.
Un grand potager est indispensable pour sensibiliser les enfants à la nature
FAUX
Le jardinage fait souvent partie des premiers projets imaginés lorsqu’une structure souhaite développer le lien à la nature. Pourtant, c’est aussi l’un des aménagements qui finit le plus fréquemment à l’abandon. Dans certaines crèches, les plantations souffrent du manque de temps, des départs en vacances ou tout simplement des contraintes du quotidien. Les équipes se retrouvent alors frustrées de ne pas réussir à maintenir leur projet dans la durée. Il vaut mieux commencer modestement avec des herbes aromatiques qui sont faciles à entretenir. Pour la formatrice, de simples activités de jardinage peuvent déjà offrir de riches expériences aux enfants. Semer quelques graines, faire pousser des lentilles dans un pot ou observer la croissance du blé de la Sainte-Barbe permet aux enfants de découvrir le vivant sans entraîner une charge de travail importante.
L’extérieur est d’abord un espace pour se dépenser
FAUX
L’une des erreurs fréquentes consiste encore à considérer l’extérieur comme un simple espace moteur. Pour Marina Lemarié, il devrait être pensé comme une véritable extension de la crèche. À l’image des espaces intérieurs, il doit proposer différents usages : des zones motrices bien sûr, mais aussi des espaces sensoriels, des lieux propices au jeu symbolique et des endroits où les enfants peuvent se poser et observer leur environnement.
Pour créer un espace calme, Marina Lemarié invite d’abord les équipes à regarder les ressources déjà présentes dans leur extérieur. Une pelouse peut devenir un lieu d’observation où les enfants s’installent simplement sur l’herbe, éventuellement sur un tapis. La présence d’un arbre apporte également un intérêt supplémentaire en offrant de l’ombre et la possibilité d’observer le mouvement des feuilles au gré du vent. Quelques aménagements légers peuvent ensuite enrichir cet espace. La formatrice évoque par exemple l’installation d’un carillon suspendu à une branche ou, en l’absence d’arbre, fixé à un fil ou à une structure existante. Il y a aussi le « canapé forestier ». Réalisé à partir de branchages, il demande toutefois une certaine technique pour garantir la sécurité des enfants.
Les aménagements naturels demandent de la technique
VRAI
Prenons par exemple les rondins de bois, ils sont devenus incontournables dans les projets d’aménagement extérieur. Ils permettent de créer des parcours, des espaces de rassemblement ou des assises naturelles. Pourtant, leur installation nécessite certaines précautions. En effet, il arrive que les rondins soient simplement posés au sol. Ils peuvent alors bouger ou basculer lorsque les enfants montent dessus. Il est indispensable de les enterrer partiellement afin de les stabiliser. Sur des sols où cela n’est pas possible, ils doivent rester très bas pour limiter les risques de perte d’équilibre. Le choix du bois est également déterminant. Un bois insuffisamment sec ou mal sélectionné peut favoriser l’apparition de champignons, de résine ou une dégradation rapide du matériau.
Plus il y a de jouets dehors, mieux c’est
FAUX
Autre constat fréquent : certaines cours sont progressivement envahies par les jouets. Tricycles, cabanes en plastique, dinettes, véhicules et accessoires finissent parfois par occuper tout l’espace, comme à l’intérieur. Les espaces trop chargés favorisent souvent le « zapping » d’une activité à l’autre au détriment de l’exploration approfondie et de l’imagination. Certaines équipes font aujourd’hui le choix de ne plus sortir systématiquement l’ensemble des jeux et véhicules stockés dans leur cabanon. Marina Lemarié rapporte que plusieurs d’entre elles ont constaté qu’en laissant l’espace plus libre, les enfants développaient davantage leur créativité. Ils vont chercher des éléments naturels, collecter, transporter ou inventer leurs propres histoires.
La sieste en extérieur est réservée aux plus grands
FAUX
Très populaire dans les pays nordiques, la sieste en extérieur suscite un fort engouement dans les lieux d’accueil du jeune enfant. Les bébés peuvent eux aussi en bénéficier, à condition que l’espace ait été soigneusement pensé. Avant de mettre en place cette pratique, il est important d’identifier une zone adaptée : à l’abri du vent, protégée du soleil aux heures les plus chaudes et facilement accessible pour les professionnels. Il est important de s’interroger sur le trajet à parcourir pour y installer les enfants. Si les professionnels doivent franchir plusieurs portes, contourner des obstacles ou déplacer les couchages sur une longue distance, l’organisation peut rapidement devenir contraignante.
Le projet qui doit être porté par toute l’équipe
VRAI
Enfin, l’aménagement extérieur ne peut pas reposer sur l’enthousiasme d’une seule personne. Pour être durable, il doit être porté par toute l’équipe. Au-delà du choix du matériel, il est important de se mettre d’accord sur les usages : quels éléments les enfants pourront manipuler, quelles explorations seront autorisées ou encore quelles règles s’appliqueront dans les différents espaces. Sans cette réflexion collective, les projets peuvent susciter des réticences ou ne pas réussir à s’inscrire dans la durée.
Candice Satara
PUBLIÉ LE 09 juin 2026