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Assistantes maternelles : un métier en tension au cœur d’un service public « coquille vide »
Les assistantes maternelles accueillent chaque jour près de 800 000 enfants en France, mais leur métier reste précaire, mal reconnu, et en perte de vitesse. L’étude de l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) « Les Assistantes maternelles : conditions de travail et d’emploi », parue le 9 juillet, dresse un constat sans appel : ce métier essentiel souffre d’un statut hybride, de conditions précaires et d’un pilotage public flou.
Depuis la loi de 1977, les assistantes maternelles ont vu leur profession encadrée, revalorisée sur le papier, mais jamais stabilisée. Les pouvoirs publics affichent une volonté d’améliorer leur statut sans pour autant définir clairement les objectifs de cette profession. Les professionnelles doivent jongler entre leur volonté d’autonomie – y compris à domicile – et des exigences réglementaires croissantes, souligne l’étude. L’absence d’exigence de diplôme à l’entrée, les conditions de travail précaires (horaires, revenus), et l’absence de véritable parcours de formation sont autant d’obstacles structurels qui limitent la reconnaissance et l’évolution du métier. Et tous ces freins viennent des pouvoirs publics.
Assistantes maternelles : entre autonomie et précarité
Si les assistantes maternelles sont juridiquement salariées, leur quotidien s’apparente souvent à celui d’auto-entrepreneures : recherche permanente de parents-employeurs, négociation de chaque contrat, pluralité des employeurs, rémunérations faibles et irrégulières, gestion autonome de leur activité. À cela s’ajoutent des contraintes fortes : horaires extensibles, périodes sans activité, droits sociaux mal reconnus. « Les données statistiques comme les entretiens font ressortir trois contraintes temporelles : des amplitudes très importantes, des horaires atypiques par rapport à une journée de travail normale (au sens de vécue par la majorité des salariés) et une forte imprévisibilité. », rapporte l’étude. Un tiers des assistantes maternelles interrogées évoquent spontanément des troubles musculosquelettiques (lombalgies, tendinites, hernies, etc.), souvent non pris en charge faute de temps.
Ce statut dérogatoire au droit commun place ces professionnelles dans une relation d’emploi singulière, dépendante de particuliers employeurs, avec un soutien institutionnel insuffisant. Le résultat : une situation moins avantageuse que celle d’autres professionnelles de la petite enfance, malgré leur rôle crucial. Elles sont « le premier groupe professionnel qui s’occupe des enfants en bas âge en offrant plus de places d’accueil que les établissements d’accueil des jeunes enfants (EAJE soit essentiellement les crèches) », rappelle l’étude.
Des « variables d’ajustement économique »
Les assistantes maternelles sont devenues une « variable d’ajustement économique » : chaque heure de garde par une assistante maternelle coûte environ 2 euros de moins que dans une structure collective. « Pour le dire autrement et compte tenu du volume global d’enfant accueillis, l’effort à consentir pour rendre les conditions d’emploi des assistantes maternelles plus proches de celles des autres professionnelles de la petite enfance, représente une somme d’environ deux milliards d’euros, relève l’étude. Somme, certes conséquente mais qui demeure relative eu égard aux enjeux de la petite enfance ! ». Au final, coincées entre les objectifs contradictoires des politiques publiques – emploi des parents, coût réduit, qualité d’accueil, emploi des personnes les moins diplômées – les assistantes maternelles restent invisibles. « Quelle place laisser dans ce contexte aux droits des enfants, à l’intérêt supérieur de l’enfant à recevoir des soins et un accueil de qualité, c’est-à dire par des professionnelles reconnues et valorisées ? », interroge l’étude.
Pas de solution miracle
Certaines alternatives sont évoquées : les crèches familiales, qui permettent un accompagnement collectif mais sont coûteuses et parfois délaissées par les assistantes maternelles en quête d’autonomie. Les Maisons d’assistantes maternelles (Mam), apparaissent comme une solution intermédiaire moins chère, mais au statut flou et aux normes variables.
Pour les chercheurs, ces modalités encore imparfaites, ont le mérite de poser la question de la reconnaissance collective du métier et de l’importance des dynamiques professionnelles partagées. « Sans doute est-il prématuré de chercher une solution clef en mains, concluent-ils. Ce ne serait que du bricolage aussi longtemps que les questions fondamentales n’ont pas été débattues, par exemple dans le cadre d’une réflexion sur le service public de la petite enfance qui n’est pour l’instant qu’une coquille vide, prometteuse mais sans contenu suffisant.»
Pièce jointe :
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Candice Satara
PUBLIÉ LE 21 juillet 2025