Les aphtes chez l'enfant en 8 questions/réponses

Petites ulcérations douloureuses de la bouche, les aphtes sont fréquents chez les enfants. Le point avec le Dr Benoît Michel, PH Chirurgie maxillo-faciale et stomatologie à l’Hôpital Necker Enfants Malades.
1.C’est quoi un aphte exactement ?
L’aphte (mot dérivé du grec aphti qui signifie « mettre le feu ») est une ulcération bégnine de la muqueuse de la bouche de forme ronde ou ovale à fond jaune (couleur beurre frais) aux contours réguliers, bordés d’un halo inflammatoire rouge. 

2.Les aphtes sont-ils fréquents chez les nourrissons ?
« On en voit rarement avant l’âge de 5 ans », souligne le Docteur Michel. Après 5 ans, ils sont banals dans la population pédiatrique et touchent environ 40% des enfants. 

3.Où les aphtes sont-ils localisés ?
Ils siègent le plus souvent au niveau des muqueuses de la face ventrale de la langue, de la face interne des lèvres et des joues, et plus rarement sur les gencives, le palais dur et le dos de la langue. 

4.Existe-t-il plusieurs formes d’aphtes ?
La majorité des aphtes se présente sous la forme d’1 à 5 ulcérations de taille inférieure à 10 mm de diamètre. Ils guérissent spontanément en 4 -14 jours sans laisser de cicatrice. Parfois les aphtes se répètent plusieurs fois par an, par poussée de 3 à 10 jours. On parle alors d’aphtose buccale récidivante (ou de stomatite aphteuse récidivante). Plus rarement chez les enfants, on peut avoir des aphtes majeurs ou géants. Ce type d’aphte se présente sous la forme d’1 à plusieurs ulcérations de taille supérieure à 1 cm. Ils sont très douloureux, peuvent mettre jusqu’à 6 semaines à guérir et laisser une cicatrice.
Attention à ne pas confondre un aphte avec un herpès buccal qui lui est contagieux. Dans l’herpès, il s’agit de vésicules remplies de liquide qui vont s’ouvrir et s’ulcérer. Ce type d’érosion est plus superficielle que l’aphte.

5.A quoi les aphtes sont-ils dus ?
« On ne connaît pas la cause exacte des aphtes mais on suspecte une composante génétique », précise le docteur Michel.

6.Existe-t-il des facteurs favorisants ?
Oui, certains facteurs les favorisent : le stress, la fatigue, l’ingestion de certains aliments comme les noix, le gruyère, certains fruits tels que le kiwi, les fraises, ananas… les antécédents familiaux d’aphtes. Plus rarement, une carence en vitamines (B1, B2, B6, folates, B12) et minéraux (fer, zinc). 

7.Comment soigne-t-on un aphte ? 
En général, la guérison est spontanée en 8 à 10 jours. Il n’empêche, selon leur nombre et leur importance, les douleurs peuvent être intenses et provoquer des difficultés à manger ou à avaler chez les enfants. 
Il est conseillé d’éviter, quand ils sont connus, les aliments déclencheurs et de supprimer ceux qui risquent d’aggraver la douleur comme les aliments acides, épicés ou durs – pas de chips par exemple ! - . Il est aussi recommandé d’éviter les dentifrices à base de laurylsulfate de sodium, irritant pour les muqueuses. Quand l’enfant a du mal à avaler lui proposer une alimentation tiède et semi-liquide.
Pour soulager la douleur le médecin peut prescrire chez les enfants à partir de 5 ans, un gel anesthésiant à base de xylocaine. Les parents en appliquent une petite noisette sur la lésion avant le repas. « Mais l’effet reste transitoire », souligne le spécialiste. La prescription d’antalgiques type paracétamol ou anti inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène) peut calmer la douleur également. Autre solution, l’application d’un gel à base d’acide hyaluronique qui apaise et laisse un léger film protecteur sur la lésion. 

8.Quand s’inquiéter ?
Si le retentissement est important et les lésions ulcératives fréquentes, une consultation s’impose pour rechercher si les aphtes seraient en liaison avec une autre maladie. Dans ce cas, le médecin prescrit un bilan plus poussé. Il recherche des ulcérations à d’autres muqueuses (génitales, anales, œil) pour éliminer la maladie de Behçet (maladie auto-immune). Un bilan biologique permet aussi d’éliminer une maladie digestive de type malabsorption (Crohn), ou une maladie avec baisse de l’immunité (leucémie).
 
Article rédigé par : Isabelle Hallot
Publié le 17 février 2022
Mis à jour le 17 février 2022