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Comment améliorer l’école maternelle en France : l’analyse de France Stratégie

France Stratégie vient de publier une étude sur les évolutions possibles de l’école maternelle en France. Ses auteurs Daniel Agacinski et Catherine Collombet ont comparé la situation française avec celle de 18 autres pays européens et en ont dégagé trois pistes d’amélioration.


Investir plus et renforcer le taux d’encadrement

L’étude rappelle qu’en France 100% des enfants de 4 ans sont « couverts » par l’enseignement préscolaire, ce qui l’a longtemps placée devant ses voisins. Ils sont maintenant en train de la rattraper – l’Union européenne a fixé un objectif de taux de couverture de 90% pour les 3-6 ans au Sommet de Barcelone en 2002. Mais les auteurs notent que la France investit moins que certains pays dans le préélémentaire. En 2014 sa dépense était de 7 760 dollars par élève, quand elle était de 14 000 dollars au Danemark, pour une moyenne l’UE-22 de 8 850 dollars. Par ailleurs, la France est loin du taux d’encadrement moyen européen qui s’établit à 13 enfants pour un enseignant. Le sien est de 22 pour 1, alors qu’il est de 6 pour 1 en Suède. Or les études prouvent qu’un taux d’encadrement élevé a plusieurs bénéfices : de meilleures interactions entre professionnels et enfants, une plus grande qualité d’éducation préscolaire, plus de bien-être chez les enfants, une meilleure capacité à coopérer entre eux et de meilleurs résultats dans la suite de leur scolarité.

Les auteurs proposent d’engager « une démarche expérimentale » pour estimer l’effet d’un renforcement de l’encadrement enseignant en maternelle et d’une augmentation des effectifs des Atsem – avant une éventuelle généralisation.


Mieux former les professionnels pour prendre en compte toutes les sphères du développement

L’étude pointe du doigt la tendance de l’école maternelle française à se focaliser sur la préparation aux apprentissages formels de l’école élémentaire, les connaissances académiques. Or tous les experts, notamment les neuroscientifiques, s’accordent aujourd’hui sur l’importance de prendre en compte le développement de l’enfant dans toutes ses dimensions : sensorielle, motrice, cognitive, sociale et affective. Une dizaine de pays européens forment ainsi des pédagogues spécialistes de la petite enfance – quand le cursus de l’enseignant en maternelle est centré en France sur l’acquisition des premières compétences pour lire et compter.

Pour les auteurs il conviendrait de renforcer la qualification spécifique des enseignants en école maternelle avec une formation poussée aux enjeux du développement de l’enfant. D’accroître la durée du temps de formation continue : actuellement de trois jours par an en France, elle est en moyenne de huit jours par an dans l’OCDE. L’idée étant d’élargir la palette des méthodes mises en œuvre par les enseignants. Ils préconisent également de renforcer la formation des Atsem afin de « mieux remplir toute l’étendue de leurs fonctions et pour une meilleure reconnaissance de leur rôle dans la communauté éducative ».


Aller vers un système intégré

Enfin l’étude souligne l’isolement progressif que connaît la France en conservant un système qui implique une forte césure entre l’accueil de l’enfant de 0 à 3 ans et l’école maternelle. Le système français reste en effet scindé en deux champs ministériels distincts aux responsabilités éclatées. Alors que de plus en plus de pays comme l’Allemagne et l’Italie, suivant l’exemple des pays nordique en mettant en place des systèmes intégrés. Adopter un tel système permettrait notamment un accès plus équitable à l’accueil collectif, une prise en compte de tous les apprentissages nécessaires à la future réussite scolaire des 3-5 ans et une réduction des inégalités dans la maîtrise du langage.

Selon les auteurs, cela supposerait de définir les objectifs et le financement du système d’accueil intégré ; de rendre une décision d’ordre institutionnel, confiant la responsabilité de l’accueil de tous les enfants de moins de 6 ans à un ministère unique chargé de l’éducation et de l’enfance ; de définir un curriculum commun ; de créer des structures communes accueillant l’ensemble des enfants de 1 à 5 ans, en parallèle des structures séparées pour les remplacer de manière progressive. A noter qu’Olivier Noblecourt, le délégué interministériel à la prévention et la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes, s’est dit favorable au développement d’un continuum éducatif, mais pas à un système intégré.


Ce diagnostic établi par France Stratégie s’inscrit dans la continuité des nombreuses réflexions actuelles sur la scolarisation du jeune enfant. Et vient à point nommé puisque s’ouvriront les 27 et 28 mars prochains les Assises de l’école maternelle.

A.B.B.

PUBLIÉ LE 15 mars 2018

MIS À JOUR LE 09 décembre 2019

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