Drame de Lyon : l’employée de la micro-crèche est jugée à partir de mardi 1 avril pour homicide volontaire
Ce mardi 1er avril 2025, s’ouvre à Lyon le procès d’une affaire sordide qui traumatisa tout le secteur de la petite enfance, en juin 2022. Une jeune femme, professionnelle titulaire d’un CAP-Aepe, va être mise en examen pour avoir volontairement provoqué la mort de Lisa, une petite fille de 11 mois qu’elle venait d’accueillir un matin dans la micro-crèche lyonnaise appartenant au groupe People&baby, dans laquelle elle travaillait depuis peu. Un drame qui a levé le voile sur les difficultés et dérives des lieux d’accueil de la petite enfance, donné lieu à des rapports, missions, enquêtes journalistiques, et à un décret renforçant la qualité d’accueil dans les micro-crèches sur le point d’être publié. Accusée d’homicide volontaire sur mineur, la jeune femme au profil psychologique fragile encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Les Pros de la petite enfance seront présents sur place pour suivre les débats. Le verdict est attendu le jeudi 3 avril.
22 Juin 2022. Une jeune femme de 27 ans, professionnelle de la petite enfance titulaire d’un CAP-Aepe, embauchée depuis trois mois, ouvre seule la micro-crèche « Danton rêve » gérée par le groupe People&baby dans le 3e arrondissement de Lyon. Peu avant huit heures du matin, Myriam accueille une première petite fille, Lisa 11 mois, déposée par son papa. Mais très rapidement, la jeune femme excédée par les pleurs de l’enfant l’asperge de Destop, un produit ménager extrêmement toxique, et lui en fait ingérer une grande quantité. A 8h10 lorsqu’arrive une seconde maman pour déposer son enfant, la jeune femme est en panique, l’enfant hurle de douleur, vomit, convulse. C’est elle qui appellera les secours. Lisa décèdera dans la matinée des suites de graves brulures internes, à l’hôpital Mère-Enfant de Bron. Un drame atroce, des faits d’une violence inouïe, un geste incompréhensible qui vont provoquer une onde de choc dans le secteur de la petite enfance, dans l’opinion et les pouvoirs publics.
Un profil psychologique fragile
Après avoir présenté plusieurs versions, la jeune femme finira par reconnaitre les faits pendant sa garde à vue. Elle assurera par la suite que son geste n’était pas prémédité. Ces trois jours de procès devraient permettre de s’intéresser à la personnalité de cette jeune femme au casier judiciaire vierge et arguant d’une dizaine d’années d’expérience au contact des enfants, sans incident particulier.
Une jeune femme cependant décrite comme impulsive par son ex-compagnon, peu professionnelle et froide par les familles, « immature et ayant tendance à l’affabulation » selon les experts. Elle souffre d’une légère surdité, d’une « déficience intellectuelle légère à modérée et d’une tendance à la mythomanie et à la fabulation », cite Le Figaro, qui a pu avoir accès au dossier de l’instruction. L’instruction qui note son positionnement « étrange, froid, distant et désadapté », son « discours décousu et superficiel » et des « affects émoussés », en « discordance avec la gravité des faits », ajoute le journal. Dans Les Ogres de Victor Castanet, l’auteur révèle que Myriam aurait été employée, puis licenciée pour manquements au bout de 15 jours, quelques mois plus tôt, dans une crèche du groupe Babilou. Placée en détention à la prison de Lyon Corbas depuis son arrestation, la jeune femme a été placée par deux fois en cellule anti-suicide.
Un drame pour une prise de conscience tardive
Ce fait-divers va avoir un retentissement sans précédent pour le secteur de la petite enfance. Passée la sidération, quelques semaines après le drame, Jean-Christophe Combe, alors ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées va saisir l’Igas et lui confier une mission visant à « l’évaluation des processus et des mesures mis en œuvre afin de garantir la sécurité et la bientraitance des enfants accueillis en EAJE ». Son rapport alarmant et courageux, publié en avril 2023, dresse un constat sévère et réaliste de la qualité d’accueil dans les Eaje et appelle à de profondes réformes pour l’accueil de la petite enfance.
Par la suite, missions et rapports accablants vont se succéder pour décrire un système à bout de souffle : la commission d’enquête parlementaire sur les crèches, la mission d’information du Sénat sur le contrôle des crèches, le rapport Igas-Igf sur les micro-crèches etc. Puis les livres-enquête Babyzness (Ed. Robert Laffont), le Prix du berceau (Ed. Seuil) et Les Ogres (Flammarion), viendront également dénoncer les failles du système et accabler le groupe People&baby qui en est devenu le symbole. Enfin la semaine dernière, Catherine Vautrin a annoncé avoir signé le décret relatif à la nouvelle procédure d’autorisation des EAJE et au renforcement de la qualité d’accueil dans les micro-crèches, sur le point d’être publié. Suivant les recommandations du rapport Igas-Igf, ce décret met fin au régime dérogatoire des micro-crèches d’ici septembre 2026, sans pour autant interdire qu’un professionnel soit seul auprès de un à trois enfants. Mais en spécifiant que ce professionnel soit un professionnel de catégorie 1, titulaire d’un diplôme d’Etat.
Des responsabilités partagées ?
Lors de ce procès en Cour d’Assises, d’importantes questions devront être soulevées. Était-ce un accident ou un geste prémédité ? Quid de la responsabilité de l’employeur, de la directrice ? L’organisation de la structure, la règlementation des lieux d’accueil et la formation de la jeune femme sont-elles à mettre en cause ?
La crèche « Danton rêve » rencontrait des difficultés depuis plusieurs mois. Un turn-over important dans l’équipe, des difficultés a recruter, des fermetures temporaires récurrentes faute de personnel… Pour autant, People&baby ne sera pas sur le banc des accusés, sa responsabilité pénale n’ayant pas été engagée. Le gestionnaire aurait tenté de se constituer partie civile, en vain.
Deux associations de défense des droits des enfants, Innocence en danger et Enfant Bleu Enfance Maltraitée seront en revanche partie civile et entendent bien pointer la responsabilité de l’employeur dans cette affaire et élargir le débat. Car pour elles, c’est la logique économique même du système qui a permis d’employer « une salariée fragile qu’on a recrutée sans regarder vraiment qui elle était », soutient Me Jean Sannier, qui représente Innocence en danger. Pour le moment, ni l’avocate des parents de Lisa ni ceux de la défense n’ont souhaité s’exprimer. La jeune femme encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Verdict ce jeudi 3 avril.
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 31 mars 2025