Écrans et bébés : ce qui se joue dans le cerveau avant 2 ans
Une étude publiée dans eBioMedicine a suivi 168 enfants pendant plus de dix ans et établi un lien direct entre l’exposition aux écrans entre 1 et 2 ans, des modifications cérébrales mesurables et une anxiété accrue à 13 ans. Des résultats qui éclairent et confortent l’interdiction française des écrans avant 3 ans dans les structures d’accueil, en vigueur depuis juillet 2025.
Le cerveau du nourrisson double de volume au cours de la première année de vie puis continue de croître rapidement durant la seconde. C’est dans cette fenêtre étroite que l’exposition aux écrans laisse une empreinte mesurable sur l’organisation cérébrale.
Les chercheurs ont relevé que seule l’exposition aux écrans entre 1 et 2 ans prédit les modifications cérébrales observées plus tard. La même exposition à 3 ou 4 ans ne produit aucun effet comparable. La toute petite enfance est donc la période critique et non la période préscolaire.
4 ans et demi à 7 ans et demi : un cerveau qui mûrit trop vite
Trois IRM réalisées à 4 ans et demi, à 6 ans puis à 7 ans et demi ont permis de suivre l’évolution des réseaux cérébraux de chaque enfant. Chez ceux qui avaient été les plus exposés aux écrans entre 1 et 2 ans, les réseaux responsables de la vision et du contrôle cognitif se spécialisent plus vite que la normale.
Cette accélération n’est pas un avantage. Un cerveau qui se spécialise trop tôt construit moins bien les connexions nécessaires à une pensée souple et adaptable. Les chercheurs attribuent ce phénomène à la surcharge de stimulations visuelles et sonores que les écrans imposent à un cerveau encore immature.
8 ans et demi : une pensée moins fluide
À 8 ans et demi, les enfants ont réalisé une épreuve de prise de décision sur ordinateur. Ceux dont le cerveau avait mûri trop vite prennent nettement plus de temps pour répondre. Ce ralentissement reflète une moindre fluidité dans le traitement de l’information et non une réflexion plus approfondie.
13 ans : davantage d’anxiété
À 13 ans, les enfants qui avaient mis le plus de temps à décider à 8 ans et demi sont ceux qui rapportent le plus de symptômes anxieux. L’étude confirme ainsi un enchaînement en trois temps : écrans entre 1 et 2 ans, cerveau modifié entre 4 ans et demi et 7 ans et demi, pensée moins fluide à 8 ans et demi puis anxiété à 13 ans. C’est la première fois qu’un tel parcours est documenté sur une aussi longue durée.
Lire ensemble protège le cerveau
Une étude complémentaire de la même équipe, publiée en 2024, avait montré que la lecture partagée à 3 ans atténuait les effets de l’exposition aux écrans sur les réseaux cérébraux régulant les émotions. Lire à voix haute avec un enfant engage l’échange, le langage et la relation affective, autant d’expériences que l’écran ne peut pas offrir.
Par ailleurs, depuis le 3 juillet 2025, un arrêté interdit formellement tout écran avant 3 ans dans les structures d’accueil. Cette étude fournit la base scientifique qui justifie cette règle : les effets sur le cerveau sont réels et durables. Auprès des familles, deux messages simples peuvent être transmis : le cerveau d’un bébé de 1 an n’est pas encore capable de traiter les images d’un écran sans en subir les effets et quelques minutes de lecture partagée chaque jour ont un effet mesurable sur son développement.
Référence de l’étude :
Huang P, Chan SY, Zhou K, et al. Neurobehavioural Links from Infant Screen Time to Anxiety. eBioMedicine (2025). DOI : https://doi.org/10.1016/j.ebiom.2025.106093
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 26 mai 2026