Etude : de la nicotine sur les mains de plus de 95% d’enfants
Même dans les foyers où personne ne fume la pollution générée par la fumée de tabac se retrouve sur les mains de plus de 95% des enfants de moins de 12 ans. C’est en tout cas les conclusions d’une étude publiée le 7 février dans la revue JAMA Network Open.
Le rôle de la fumée tertiaire
Les scientifiques qui s‘attendaient à trouver des chiffres de résidus de nicotine proches de zéro dans ces foyers sans fumeurs ont été surpris de la persistance du polluant sur le long terme. Les chercheurs évoquent le rôle de la fumée tertiaire. Cette fumée fait référence aux particules qui se déposent à partir de la fumée expirée dans l’environnement intérieur sur différents revêtements et qui peuvent être captées, ingérées ou inhalées des années plus tard, en particulier par les enfants. Ceux-ci en effet courent un risque plus élevé d’exposition à la fumée tertiaire que les adultes en raison du temps passé à l’intérieur, du fait qu’ils portent souvent leurs mains à la bouche et de l’immaturité de leur système immunitaire.
Un risque pour la santé
Chez les enfants, l’exposition à la fumée tertiaire peut augmenter le risque de maladies respiratoires et infectieuses, (asthme, bronchiolite, pneumonie). Les composés de cette fumée sont également connus pour être génotoxiques, ce qui signifie qu’ils peuvent endommager l’ADN des cellules des tissus exposés. C’est plutôt préoccupant pour des enfants dont les organes sont en plein développement. Et d’autant plus que cette fumée tertiaire persiste tant qu’elle n’a pas été essuyée ou le revêtement, lavé.
De fortes disparités en fonctions des conditions économiques des foyers
Cette étude a examiné les données de 504 enfants L’équipe a constaté que 311 des enfants vivaient dans des endroits considérés comme « protégés » de l’exposition à la fumée, tandis que 193 vivaient dans des conditions « exposées ».
De la nicotine a été retrouvée sur 98% des enfants vivant dans des conditions exposées. Cependant, la nicotine a également été retrouvée chez 95 % des enfants dans les espaces « protégés ».
Les tests ont révélé environ 3 nanogrammes par lingette chez les enfants vivant dans des foyers non-fumeurs, bien moins que les 22 nanogrammes par lingette trouvés chez les enfants vivant dans des foyers fumeurs. Dans les familles non-fumeurs, les enfants des familles aux revenus les plus faibles avaient 14 nanogrammes par lingette. Les enfants des foyers aux revenus les plus élevés présentaient moins de 3 nanogrammes par lingette. Dans les familles de fumeurs les tests ont révélé environ 45 nanogrammes par lingette chez les enfants des foyers aux revenus les plus faibles, contre environ 4 nanogrammes par lingette chez les ménages aux revenus les plus élevés.
Cela signifie que certains enfants de familles à faible revenu vivant dans des maisons que l’on croyait sans fumée étaient au moins autant exposés à la pollution par le tabac que les enfants à revenu plus élevé vivant avec des fumeurs actifs.
Les auteurs de l’étude concluent : « la mise en œuvre d’interdictions de fumer, et le dépistage de l’exposition à la fumée ainsi que l’assainissement des maisons entre les changements d’occupants est nécessaire pour aider à protéger les enfants contre le la fumée tertiaire. »
Source : www.jamanetworks.com
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 11 février 2022
MIS À JOUR LE 13 janvier 2023