Etude Inserm : un manque de sommeil à 2 ans associé aux troubles de la vision
Les enfants qui dorment peu ou trop à l’âge de deux ans auraient plus de risque d’avoir des lunettes à 5 ans, ont conclu des chercheurs à partir de données de la cohorte EDEN.
La myopie en hausse
Des études menées chez l’animal ont montré que l’émission de lumière sur la rétine perturbe le rythme circadien ce qui peut entraîner des troubles de la vision. L’émission de lumière sur la rétine a aussi des conséquences sur l’endormissement et la qualité du sommeil. Compte tenu de l’augmentation de cas de myopie dans le monde – elle touche ¼ de la population mondiale – les chercheurs se sont posés la question des conséquences des troubles du sommeil sur la vision des enfants.
Ne pas assez dormir à 2 ans joue sur la vision
Des chercheurs de l’équipe de Sabine Plancoulaine (CRESS, Paris) ont étudié l’association entre hygiène de sommeil et préservation de la vision chez 1130 enfants de la cohorte EDEN. Pour rappel, ces enfants sont suivis depuis le dernier trimestre de grossesse de leur mère jusqu’à l’âge de 5 ans, voire 10 ans pour certains d’entre eux. Pour vérifier ses hypothèses, l’équipe de scientifiques s’est appuyée sur les informations fournies par les parents de ces enfants notamment sur les habitudes de sommeil à l’âge de deux ans et sur la qualité de leur vision à cinq ans (port de lunettes pour myopie, hypermétropie ou un autre trouble de la vision). Les auteurs rappellent que, dans cette cohorte, 20% des enfants de 5 ans portaient des lunettes. L’analyse des questionnaires a révélé que les enfants qui dormaient peu à l’âge de deux ans avaient plus de risque d’avoir des lunettes à 5 ans, tout comme ceux qui dormaient beaucoup.
Se coucher trop tard perturberait la vision
« La durée moyenne de sommeil nocturne est de 11 heures et 5 minutes à l’âge de 2 ans. Ceux qui dormaient moins de 10 heures et 45 minutes avaient à 5 ans un risque supplémentaire de porter des lunettes de 43%. Pour le tiers des enfants qui dormait le plus, ce sur-risque était de 49%. Un résultat semblable a également été observé chez ceux qui se couchent tardivement à l’âge de deux ans (l’heure moyenne de coucher était 20h36) ».
Effets cumulatifs des écrans
Ces associations restent significatives disent les scientifiques même en tenant compte du facteur « écrans ». À 5 ans, le temps passé devant les écrans était de 1 heure et 24 minutes par jour en moyenne. Or, notent les auteurs « le risque de porter des lunettes augmentait de 23 % par heure d’écran, indépendamment de la durée de sommeil. Et le risque associé à la durée du sommeil et celui associé à l’exposition aux écrans semblent se cumuler : les enfants qui dormaient peu ou beaucoup à l’âge de deux ans, et qui étaient exposés à 1 heure et 24 minutes d’écran par jour à 5 ans, étaient deux fois plus nombreux à porter des lunettes à cet âge que ceux qui dormaient « normalement » à deux ans et n’étaient pas exposés aux écrans. »
Privilégier un sommeil adapté dès le plus jeune âge… et jusqu’à l’adolescence
Selon Sabine Plancoulaine, « il n’est pas exclu que l’influence du sommeil sur la vision se prolonge jusqu’à l’adolescence, stade auquel l’œil cesse de se développer. » Elle plaide donc pour « un sommeil adapté et de qualité dès le plus jeune âge, sachant que les enfants en tireront également un bénéfice pour leur santé psychique ou encore métabolique ».
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 10 juin 2021
MIS À JOUR LE 21 juin 2021