Étude : une mauvaise qualité de l’air provoquerait des problèmes cognitifs chez les bébés
Une étude de l’Université d’East Anglia menée en Inde révèle l’association entre une mauvaise qualité de l’air et les troubles cognitifs chez les enfants de moins de deux ans. Les résultats ont été publiés dans la revue elife.
Plusieurs études ont montré l’impact de la mauvaise qualité de l’air sur la santé neurocognitive pendant l’enfance. Plus spécifiquement des études ont rapporté que la mauvaise qualité de l’air et la proximité des routes étaient associées à un fonctionnement cognitif général réduit pendant l’enfance et une mémorisation plus lente. Une autre étude a montré que l’exposition à une mauvaise qualité de l’air était aussi un facteur de risque de problèmes émotionnels et comportementaux chez l’enfant et que ceux-ci pouvaient avoir de graves répercussions familiales.
Par ailleurs, des études chez l’animal ont montré que l’inhalation de gaz d’échappement du diesel et de particules fines pouvaient impacter le développement du cerveau et ceci d’autant plus que cet organe est sensible à cette période et possède un système de détoxification immature. Plusieurs études à grande échelle ont examiné les effets de l’exposition prénatale au protoxyde d’azote et aux microparticules sur la cognition humaine au début du développement, montrant un fonctionnement psychomoteur réduit entre 1 et 6 ans.
La qualité de l’air impacte le développement précoce des nourrissons
Jusqu’à présent, aucune étude n’avait réussi à montrer le lien entre la mauvaise qualité de l’air et les problèmes cognitifs chez des bébés, lorsque la croissance cérébrale est à son apogée et que le cerveau peut être particulièrement sensible aux toxines. L’étude des chercheurs anglais est la première à montrer cette association.
Pour leur étude, les scientifiques ont analysé l’impact de la qualité de l’air intérieur sur le développement neurocognitif de nourrissons issus de familles d’une communauté rurale de l’Uttar Pradesh, l’un des Etats de l’Inde le plus fortement touché par la mauvaise qualité de l’air. Ils ont évalué d’octobre 2017 à juin 2019 la mémoire de travail visuel et la vitesse de traitement visuel des 215 nourrissons à l’aide d’une tâche cognitive spécialement conçue pour l’étude. L’exercice consistait à montrer aux tout-petits un écran avec des carrés de couleur clignotants qui étaient toujours les mêmes après chaque « clignotement » et sur un deuxième affichage, un carré de couleur qui changeait après chaque clignotement. La tache évaluant la capacité des nourrissons à détourner le regard de quelque chose qui lui est visuellement familier vers quelque chose de nouveau. Les scientifiques ont corsé l’exercice en incluant plus de carrés sur chaque écran. Les tests cognitifs ont été réalisés lorsque les nourrissons avaient 6 mois puis répétés un an plus tard. Ils consistaient à évaluer le traitement visuel des différents types d’affichages sur l’écran, des travaux antérieurs ayant montré que la vitesse de traitement visuel pendant la petite enfance est prédictive des résultats cognitifs à plus long terme.
L’équipe a ensuite utilisé des moniteurs de qualité de l’air pour mesurer les niveaux d’émission de polluants et la qualité de l’air.
L’étude a révélé qu’une mauvaise qualité de l’air était associée à une vitesse de traitement visuel plus lente au cours des deux premières années de vie et à des scores de mémoire de travail visuelle plus faibles la première année.
« Ces données suggèrent que les efforts mondiaux pour améliorer la qualité de l’air pourraient avoir des effets bénéfiques sur les capacités cognitives émergentes des nourrissons », concluent les auteurs.
Source : elifesciences.org
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 27 avril 2023
MIS À JOUR LE 15 mai 2023