Entretien avec Sandra Onyszko : ses idées pour redorer le blason des assistantes maternelles

Un entretien très libre avec la directrice de la communication de l’Ufnafaam sur l’avenir des assistantes maternelles. Comment encourager de nouvelles vocations, comment sécuriser l’exercice de ce métier essentiel qui constitue le premier mode d’accueil en France. Les réponses argumentées de Sandra Onyszko autour de ce qui préoccupe ces professionnelles de l’accueil individuel: le Cmg, le rôle des RPE, la formation. Bref tout ce qui pourrait redonner de l’attractivité au métier et enrayer la baisse inexorable du nombre d'assistantes maternelles.
Les Pros de la Petite Enfance : Cmg: le faire réévaluer, le faire évoluer, le transformer ou l’abandonner ?
Sandra Onysko : Il faudrait une réforme qui se rapproche de la PSU! C’est le seul moyen d’éviter des modes d’accueil à deux vitesses. Si l’accueil individuel n’est pas considéré comme un accueil par défaut, il est néanmoins toujours à part. Par exemple, la charte nationale de soutien à la parentalité va se décliner par des actions financées par les caf… sauf pour les assistantes maternelles car elles ne peuvent pas être aidées. Elles sont exclues du système car elles ne rentrent pas dans les cases, c’est trop compliqué. Idem par exemple pour les enfants déplacés d’Ukraine, nous ne sommes pas dans le dispositif d’accueil puisqu’elles ne sont pas financées par la PSU et que les familles n’ont pas accès au Cmg. C’est écrit noir sur blanc.
Finalement plus qu’une réforme du Cmg, il faudrait supprimer le Cmg pour inventer un autre système calqué sur la PSU. C’est-àdire trouver un système où au lieu d'aider les familles, on finance directement les assistantes maternelles. Une petite révolution mais ce serait tout à fait possible. C'est ce qui est finalement amorcé avec le système Paje emploi +, qui verse directement le Cmg à l'assistante maternelle comme elle verse la PSU pour les crèches Harmoniser les restes à charge c’est une chose, mais cela n’enlèvera pas la crainte qu’ont les assmat de ne pas être payées par les familles quand celles-ci sont en situation de pauvreté. Et cela ne sera jamais vraiment équitable puisque certaines dépenses liées au mode de garde individuel (indemnités de congés payés ou de rupture de contrat) ne sont pas prises en compte par le Cmg et resteront toujours à la charge des parents. Ce qui est encore un élément de discussion pour les parents d’avoir recours à une assistante maternelle. Et ce qui constitue un élément insécurisant pour les assistantes maternelles accueillant des familles précaires… ce qui leur est dû leur sera-t-il versé? Le système actuel ne favorise donc pas la mixité sociale dans l’accueil individuel.

Ce que devrait faire et ne pas faire les Relais petite Enfance (RPE), les PMI et éventuellement des services mandataires
Il faudrait que les RPE soient délestés de leur rôle de conseil « administratif-juridique » et que les animatrices puissent se concentrer sur l’accompagnement des assistantes maternelles au sein du relais bien sûr mais aussi, aller, si celles-ci le désirent, jusqu’à leur domicile. Un accompagnement personnalisé centré sur l’éducatif. L’accompagnement « santé » pourrait lui être réalisé par des puéricultrices libérales. Qui les paierait? Attendons de savoir qui paiera le référent santé des crèches… Les PMI garderaient leur rôle de contrôle.
Et pour l’aide pour des calculs de congés et autres indemnités, il pourrait être créé des services de mandataires que choisiraient
librement les assistantes maternelles et les familles. Il en existe quelques-uns mais s’ils étaient généralisés, ils seraient mieux réglementés. Le coût de ce service pourrait être partagé entre l’assistante maternelle et le parent employeur.

Professionnalisation et plan de carrière: tout est à (re)construire à partir d’un diplôme complet
Nous attendons beaucoup du comité de filière petite enfance. Et nous souhaitons que les assistantes maternelles puissent avoir accès à de vrais et entiers diplômes. Et pour commencer qu’elles soient titulaires du CAP-AEPE, de tout ce CAP, pas seulement de deux parties. A partir de ce diplôme, elles pourront évoluer et, via une VAE par exemple, devenir auxiliaires de puériculture si elles le souhaitent. Et exercer en collectivité. Un premier diplôme, c’est le seul moyen pour elles de pouvoir prétendre à une progression professionnelle, une carrière. Dans un premier temps, il faudrait au moins multiplier par 2 le temps de formation initiale, puis leur permettre de passer toutes les unités du CAP-AEPE alors qu’elles ont commencé à travailler. Une sorte de montée en compétence progressive. Objectif: à la fin des 5 ans de leur premier agrément, qu’elles soient titulaires
du CAP-AEPE. 
Par ailleurs justement, pour permettre des passerelles entre accueil individuel et collectif, nous souhaiterions lors de la préparation du CAP-AEPE que les stages en crèches soient facilités pour les assistantes maternelles.

Une grande campagne de promotion du métier d’assistante maternelle ?
Oui, il faut promouvoir, expliquer, valoriser l’accueil d’un enfant chez une assistante maternelle. Mais pour convaincre il faut avoir des choses à dire. Et pour montrer que le métier est dépoussiéré aux familles, il faut justement pouvoir dire que ces professionnelles ont un diplôme, que c’est un accueil de qualité, réglementé. Il faut faire sortir ce métier de l’invisibilité. Mais tout cela il faudra le faire dans un deuxième temps.
Article rédigé par : Propos recueillis par Catherine Lelièvre
Publié le 11 avril 2022
Mis à jour le 08 juin 2022