Impact des écrans sur le développement des enfants : informer et sensibiliser les familles le plus tôt possible
La Fondation pour l’Enfance a dévoilé hier les résultats de son 2e baromètre croisé entre parents et professionnels de santé (sages-femmes et puéricultrices) sur l’impact du numérique sur le développement des jeunes enfants au ministère de la Santé et des Solidarités. La ministre Catherine Vautrin a introduit la matinée en insistant sur le fait que ce sujet est « un enjeu majeur de santé publique et un défi pour notre société ».
En amont de la présentation des résultats du 2e baromètre croisé entre parents et professionnels de la petite enfance sur l’impact du numérique sur le développement des jeunes enfants par la Fondation pour l’Enfance, la ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités a prononcé un discours. Faisant référence à son très large portefeuille, elle a indiqué : « En quelque sorte, je suis la ministre du quotidien de nos concitoyens dans différents aspects ». Et, en tant que telle, Catherine Vautrin est donc concernée par la question de l’impact de l’exposition des enfants aux écrans qui est « très clairement aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique et un défi pour notre société », a-t-elle relevé.
Un gouvernement engagé sur la question des écrans
Une problématique qui interpelle au plus haut niveau de l’Etat : Emmanuel Macron, le 16 janvier dernier, a en effet annoncé vouloir réguler l’usage des écrans chez les jeunes enfants. Et Gabriel Attal, lors de son discours de politique générale, a pointé du doigt les écrans, qu’il a qualifiés de « catastrophe éducative et sanitaire en puissance ».
La ministre a brièvement rappelé quelques chiffres (56 minutes par jour en moyenne devant un écran pour des enfants de 2 ans…), qu’elle estime « alarmants parce que les conséquences sont déjà concrètes et parfois brutales pour les jeunes (…) et pour toute la société ». « Imaginer que nous allons bannir les écrans me semble aujourd’hui totalement impensable. Pour autant, notre chemin, c’est de mieux les identifier pour mieux combattre des usages inappropriés ou détournés, les effets néfastes sur la santé mentale et les risques associés à cette utilisation excessive », a-t-elle également souligné. Si des « réponses ont commencé à être apportées », a-t-elle poursuivi, au niveau de l’Europe ou au niveau national, via des lois ou des propositions de lois, et que « depuis 2017, sous l’impulsion du président de la République, la France est incontestablement pionnière en matière de protection des mineurs en ligne », elle juge que « qu’au vue des enjeux, il est indispensable que nous allions plus loin ensemble pour d’une part approfondir nos connaissances, améliorer le cadre de la régulation nécessaire et c’est la raison pour laquelle le président de la République a décidé de réunir en début d’année un groupe d’experts issus d’horizons divers ». Une commission, dont les conclusions sont attendues pour avril, qui a notamment pour objectif d’établir un consensus scientifique sur l’impact des écrans sur la santé des jeunes. « Ce travail a vocation à être présenté et ensuite partagé avec nos concitoyens, c’est vraiment comme l’a rappelé le président de la République l’un des défis de notre société à très court terme », a-t-elle conclu son allocution.
L’impact des écrans sur les enfants reconnu par tous
Que révèle le dernier baromètre de la Fondation pour l’Enfance réalisé par l’Ifop auprès de 602 parents d’enfants âgés de 0 à 6 ans, et 300 professionnelles de santé (200 sages-femmes et 100 infirmières puéricultrices) ? D’abord que tous ont conscience des effets des outils numériques sur le développement des enfants. Ainsi, les professionnels de santé, lorsqu’on les interroge (question ouverte) sur les facteurs affectant le plus le développement des enfants, celui qui ressort « spontanément, ce sont les écrans » (pour 50% d’entre eux), explique Marion Chasles-Parot, directrice clientèle à l’Ifop. Des impacts toutefois qui ne sont pas exclusivement négatifs, certains pros relevant des effets positifs (« jeux interactifs avec d’autres enfants »). Sur le terrain, les professionnels sont nombreux à constater des situations où les écrans sont omniprésents dans le quotidien des familles. Ainsi, 83% notent souvent des écrans allumés sans que personne ne soit devant (lors de leurs visites à domicile), 63% remarquent souvent des enfants qui jouent avec le téléphone de leurs parents ou encore 62% voient souvent des parents qui utilisent leur téléphone pendant qu’ils s’occupent de leurs enfants. Et les résultats montrent également que ¾ des pros ont envisagé un lien entre l’exposition aux écrans et des difficultés de développement chez l’enfant.
Et les parents ? La grande majorité d’entre eux (96%) a conscience que l’usage des écrans impacte le développement des enfants. Plus précisément : 64% des familles interrogées ont relevé des conséquences négatives de l’utilisation des écrans par les enfants et 56% ont noté de tels effets liés à leur propre usage des écrans. A noter que lorsqu’il s’agit de pratiques numériques excessives de la part des parents, 98% des pros pensent qu’elles peuvent être néfastes à la relation parent-enfant. Parmi les effets négatifs perçus par les familles, dans le top 3 : les troubles du comportement (52%), de l’attention (36%), les problèmes de sommeil (33%). Des chiffres en augmentation par rapport au baromètre 2023.
Un usage des écrans par les enfants encadré
En pratique, deux tiers des parents disent encadrer l’utilisation des outils numériques par leurs tout-petits (à certains moments de la journée et pendant un temps limité), tandis que 10% leur donnent un accès illimité. A noter que 40% affirment quand même être dépassés par l’évolution du numérique. « Les messages de prévention sont assez bien passés (ne pas laisser les enfants sans surveillance, sans règle), note Marion Chasles-Parot, mais beaucoup relativisent l’impact que peuvent avoir les écrans sur leur enfant ». Par exemple : si ce n’est pas avant le coucher, c’est moins grave (70%) ou encore si j’échange avec mon enfant sur ce qu’il a vu, les dangers seront moins importants (70%). Selon Marion Chasles-Parot, ces règles rassurent les parents et leur font dire que finalement ce n’est pas très grave.
Limiter l’exposition indirecte des enfants : des parents plutôt volontaires
« Les parents témoignent d’une bonne volonté », estime aussi Marion Chasles-Parot, pour mettre en place des actions afin de limiter l’exposition indirecte des enfants aux écrans. Car, fait-elle remarquer, ils ne sont que 5% à ne vouloir rien faire. Parmi les initiatives privilégiées : des activités en famille sans écran (56%), ne pas allumer la télévision lors des repas (51%) ou encore ne pas utiliser son téléphone en présence de son enfant (47%). En revanche, ils ne sont pas prêts à désactiver les notifications (19%) et à éteindre leur téléphone à la maison (15%).
Des recommandations perçues différemment par les pros et les familles
90% des pros connaissent les recommandations des experts (HAS…) concernant l’usage des écrans, qu’ils estiment claires (pour 91 %) et facilement applicables (pour 75%). Les parents, pour leur part, s’ils trouvent les messages clairs (71%), ils les jugent « trop éloignés de la réalité » (66%), « trop généraux » (64%) et « basés sur les opinions de chacun plutôt que sur des démonstrations scientifiques fiables » (56%).
Un manque d’informations du côté des parents
Selon 72% des professionnels interrogés, les parents ne sont pas suffisamment informés sur les étapes du développement du jeune enfant et 68% qu’ils ne le sont pas quant aux « impacts et usages du numérique » sur celui-ci. Lors de rencontres avec des parents ou futurs parents, 80% des pros ont pu aborder l’impact des écrans. Parmi ceux qui ne l’abordent pas régulièrement (ils sont 51%) : 64% expliquent que c’est par manque de temps et 40% parce qu’ils considèrent que ce n’est pas à eux de le faire. Pour que les familles soient mieux informées sur l’usage des écrans, pour les pros, il convient de « renforcer les campagnes d’information et de sensibilisation de l’impact du numérique sur le développement des enfants » (76%), proposer des ateliers (60%), mais aussi des « outils clés en main pour réduire l’usage excessif des écrans ».
« La Fondation pour l’Enfance appelle à faire du numérique un véritable sujet de santé publique afin de susciter une prise de conscience généralisée. Celle-ci doit passer par la diffusion de messages précis et non-culpabilisants sur les bonnes pratiques à adopter pour favoriser un usage raisonné des écrans. La Fondation pour l’Enfance appelle également les entreprises à s’engager dans la prévention et l’accompagnement de leurs salariés sur la question des usages numériques en famille », peut-on lire en conclusion du communiqué.
Voir le communiqué sur le 2e baromètre de la Fondation pour l’Enfance
CF
PUBLIÉ LE 02 février 2024
MIS À JOUR LE 10 juin 2024