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Le cerveau des bébés menacé par certains polluants

Une récente étude française menée à partir de la cohorte ELFE révèle que l’exposition prénatale et au durant  la petite enfance à certains composés chimiques –les esters organophosphorés –(EOP) est liée à une baisse des capacités cognitives non verbales des enfants à 3 ans et demi. Ces résultats préoccupants interrogent parents comme  professionnels de la petite enfance sur les sources d’exposition et les mesures de prévention à mettre en place.

Les EOP sont utilisés dans les plastifiants, les retardateurs de flamme, les textiles ou encore les équipements électroniques. Ces substances, persistantes dans l’environnement, se retrouvent fréquemment à l’intérieur des habitations,  la poussière, les objets du quotidien( comme les matelas) ou dans l’air intérieur. Leur omniprésence en fait une source d’exposition constante pour les femmes enceintes et les jeunes enfants.

Une étude menée sur 381enfants de 3,5 ans

L’étude française s’appuie sur les données de la cohorte ELFE (« Etude longitudinale française depuis l’enfance ») avec un échantillon représentatif de 381 couples mères-enfant. L’exposition aux EOP a été mesurée via des analyses de cheveux chez les mères à la naissance (pour évaluer l’exposition in utero) et chez les enfants à 3 ans et demi. Les chercheurs précisent que les cheveux humains sont une matrice non invasive présentant de nombreux avantages pratiques et la capacité au niveau de leur structure interne à stocker les produits chimiques présents dans la circulation sanguine.

Les performances cognitives ont été évaluées à l’aide du test Picture Similarities Test (PST). Ce test évalue plusieurs compétences : la résolution de problèmes non verbaux (raisonnement inductif), la perception et l’analyse visuelle, l’attribution de sens à une image, le développement et la vérification d’hypothèses, ainsi que la médiation verbale.

Quels polluants posent problème ?

L’étude a mis en évidence des liens spécifiques entre certains EOP et une diminution des performances cognitives :

  • Le tri-n-butyl phosphate (TBP) : une exposition prénatale élevée est associée à une baisse moyenne de 4,5 points au test cognitif.
  • Le tris(2-butoxyethyl) phosphate (TBEP) : détecté à la naissance chez la mère, il est associé à une chute de 7,4 points.
  • L’éthyl diphényl phosphate (EHDPP) et le triphénylphosphate (TPHP) : une exposition postnatale élevée est liée à des scores réduits, notamment jusqu’à -10 % pour le TPHP.

Conseils pratiques pour limiter l’exposition

Pour les professionnels de la petite enfance comme pour les familles, plusieurs gestes simples peuvent réduire l’exposition aux EOP :

  • Aérer les pièces quotidiennement, même en hiver.
  • Limiter les objets contenant des plastiques souples ou traités (mobilier, jouets, tapis).
  • Privilégier les matériaux naturels et non traités (bois brut, tissus bio, etc.).
  • Passer régulièrement l’aspirateur avec un filtre HEPA et nettoyer les surfaces pour réduire la poussière intérieure, vectrice de polluants.
  • Choisir des matelas, textiles et mobiliers sans retardateurs de flamme (étiquetage à vérifier ou demande aux fabricants).
  • Éviter les aérosols ou désodorisants parfumés, souvent vecteurs de composés chimiques.

Vers une vigilance accrue

Face à ces résultats, les chercheurs appellent à la mise en place d’études plus approfondies pour mieux comprendre l’impact à long terme des EOP sur le développement de l’enfant. En attendant, la prévention reste essentielle, en particulier dans les environnements accueillant les jeunes enfants.

Source : Science direct

Isabelle Hallot

PUBLIÉ LE 04 juillet 2025

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