S’abonner
Espace
Abonnés

Pas de bébés à la consigne : le bilan d’une semaine de mobilisation

La semaine dernière fut dense, et c’est peu de le dire, pour Pas de bébés à la consigne. Elle a commencé par un coup dur puisque, pour rappel, le 17 octobre, l’Ufnafaam a annoncé son départ du collectif (nous n’y reviendrons pas ici car nous consacrons déjà un article sur le sujet : L’Ufnafaam quitte Pas de bébés à la consigne). Elle s’est poursuivie par un échange positif, le 18 octobre, avec la ministre des Solidarités et des Familles. Et s’est terminée, le 19 octobre, par une mobilisation en deçà d’octobre 2022, semble-t-il, la faute peut-être à une actualité particulièrement anxiogène. On fait le point.

Entretien du 18 octobre avec Aurore Bergé : une ministre à l’écoute

Un rendez-vous très attendu par le collectif puisque cela faisait 3 ans qu’il n’avait pas été reçu… La dernière rencontre en date, c’était avec Adrien Taquet en septembre 2020. Pour sa part, Jean-Christophe Combe n’avait jamais répondu par la positive aux sollicitations de Pas de bébés à la consigne. Aurore Bergé, quant à elle, même si elle a dû décaler l’entretien initialement prévu le 16 octobre, a tenu à échanger de vive voix avec le collectif, se distinguant ainsi de son prédécesseur.

Qu’en ressort-il ? Julie Marty-Pichon et Emilie Philippe, qui faisaient partie de la délégation reçue, partagent le même sentiment : une ministre tout d’abord à l’écoute. « La rencontre s’est passée dans un climat cordial et serein. Son écoute fut active et attentive. Et, il faut le souligner, car cela nous est déjà arrivé, nous n’avons pas été pris de haut », explique Emilie Philippe. Une ministre également ouverte. « Aurore Bergé donne l’impression de ne pas vouloir aller à l’affrontement, mais de négocier. Elle a même accepté un peu de contradiction, car j’ai parlé de la réforme », indique Julie Marty-Pichon. Et poursuit : « Elle partage nos constats sur la pénurie de professionnels, l’attractivité, la qualité, les conditions d’accueil des enfants. »

Une entrevue positive donc, même si le collectif, sans surprise, n’a pas obtenu les précisions qu’il aurait aimé avoir quant aux points évoqués. « Nous savions bien que la ministre n’allait pas faire des annonces, reconnaît Emilie Philippe, mais elle est revenue sur la question du taux d’encadrement d’un adulte pour 5 qu’elle souhaite rendre effectif ». Très réaliste, le collectif a évoqué une mise en œuvre d’ici la fin de la Cog. « Nous voulons que la date soit écrite dans un texte réglementaire pour que ce ne soit pas des promesses en l’air », insiste, pour sa part, Julie Marty-Pichon. Par ailleurs, souligne Emilie Philippe, « concernant l’accueil en surnombre et la taille des groupes, la ministre partage là aussi nos constats, mais elle a mis en avant le fait qu’en termes d’architecture et de logistique, la taille des groupes risquait d’être compliquée à mettre en œuvre en fonction des structures. »

Les autres thèmes abordés : la qualification et la formation des professionnels (le niveau de diplôme minimum doit être de niveau IV pour Pas de bébés à la consigne) et les revalorisations des salaires. « Au niveau de la fonction publique, il semble que des choses puissent s’envisager à court terme, comme notamment le fait que le passage en catégorie A des EAJE et en catégorie B des auxiliaires soit aligné sur des grilles types. Pour le privé, elle a réinsisté sur sa demande que tous les salariés soient couverts par une convention collective et qu’elles soient revues de manière à être le plus favorable possible aux salariés », détaille Emilie Philippe.

Enfin, et cela a été apprécié par le collectif, la ministre leur a proposé de se revoir prochainement, pour faire des points d’étape.

A noter : la suppression de l’article 10 du projet de loi plein emploi n’a pas été discutée. « La ministre en a parlé rapidement dans son introduction, mais nous n’avons pas eu le temps d’en reparler. Et ce n’était pas notre souhait d’aller sur ce sujet qui est très politique », justifie Emilie Philippe.

Mobilisation nationale du 19 octobre : moins de manifestants qu’en octobre 2022

A Paris, le rendez-vous était à 10h, place des Droits de l’Enfant (14e arr.). Le cortège s’est rendu jusqu’au ministère des Solidarités où des membres du collectif ont pris la parole, ainsi que Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, ou encore Pablo Sanchez Centellas, un des représentants de la Fédération syndicale européenne des services publics. « Il a évoqué la situation compliquée du secteur de la petite enfance de nos voisins européens et où il y a aussi des appels à manifester. Avec Sophie Binet, (il y avait une manifestation de directeurs d’hôpitaux et d’Ehpad qui arrivait au même endroit que nous), cela a permis de faire du lien entre les professions du social et du médical qui sont mises à mal », précise Emilie Philippe.

Et les pros, furent-ils au rendez-vous ? Côté grève, a priori oui, puisque de nombreuses structures étaient fermées totalement ou partiellement. Ce fut le cas à Versailles où Annick Bouquet, maire-adjoint chargée de la Petite Enfance, notait une mobilisation sans précédent dans les crèches municipales et associatives de la ville. Côté rassemblements, ce fut moins le cas. Selon les premières estimations, ils étaient environ un millier à Paris, 450 à Toulouse, 300 à Bordeaux, une centaine à Metz… Les professionnels de la petite enfance étaient donc moins nombreux à battre le pavé jeudi dernier que le 6 octobre 2022 (il y avait eu environ 5 000 pros à la manifestation parisienne !), mais il faut dire que la période n’est malheureusement pas idoine, comme le fait remarquer Emilie Philippe : « Nous avons reçu plusieurs dizaines de messages de personnes qui demandaient si avec les attentats, c’était bien maintenu. Elles avaient peur de venir manifester, donc il est fort probable aussi que le contexte actuel qui peut être anxiogène ait freiné un certain nombre de personnes à venir manifester ». 

A noter : après le rassemblement parisien, des membres du collectif ont été auditionnés par l’Igas et l’Igf dans le cadre de la mission sur le financement des micro-crèches Paje. Un échange très riche et intéressant, selon Emilie Philippe.

Lire ci-dessous la déclaration de pas de bébés à la consigne suite à la rencontre avec Aurore Bergé et à la grève

Au multi-accueil Les Poteries, le projet SaperliPOPette ramène les parents au cœur de la crèche

Se débarrasser des punaises de lit sur un lieu d’accueil du jeune enfant : les consignes ministérielles

MEJE : quand le modèle des MAM attire les EJE en souffrance

Laure Roulin, animatrice d’APP : « Sensibiliser les directions de crèches aux groupes d’analyse de pratiques, c’est favoriser un management vertueux »

Vous avez envie de lire la suite ?

Abonnez-vous dès maintenant

Caroline Feufeu

PUBLIÉ LE 20 octobre 2023

Ajouter aux favoris