Procès de deux employées du groupe people & baby : l’audience reportée à janvier !
L’audience de deux employées d’une crèche people & baby de Villeneuve d’Ascq, soupçonnées de maltraitances envers des enfants qu’elles accueillaient, a été reportée, ce lundi 15 mai par le Tribunal correctionnel de Lille. En cause : un supplément d’information demandé par la défense.
Le verdict aurait déjà dû tomber… Finalement, l’audience du Tribunal correctionnel de Lille, devant lequel devaient comparaître deux salariées d’une crèche people & baby de Villeneuve-d’Ascq ce lundi 15 mai, a été reportée au 11 janvier 2024. Dans cette affaire, les deux prévenues, les anciennes directrice et directrice-adjointe de la structure, étaient renvoyées devant la justice pour « privation de soins et d’alimentation » et « faits de violence physique et psychologique n’ayant pas entraîné d’incapacité temporaire de travail sur un mineur de moins de 15 ans par une personne ayant autorité sur sa victime en adoptant des gestes et des attitudes inadaptés à la prise en charge d’un enfant en bas âge ».
Dans le contexte explosif que connaît actuellement le secteur, cette audience était attendue de pied ferme. Au point où Maître Alexandre Schmitzberger, l’un des avocats des parties civiles, avait tenu à faire le point dans notre Lettre Hebdo de lundi : la procédure devait « se concentrer uniquement sur deux professionnelles qui auraient eu des comportements répréhensibles » et n’était donc « ni le procès des crèches privées, ni le procès de people & baby ».
Un supplément d’information demandé par la défense
Mais le procès n’a pas eu lieu. Et pour cause : lundi, la défense a demandé un supplément d’information, justifiant sa requête par une enquête qu’elle estimait « insuffisante ». « Nous avons fait cette demande pour entendre des parents qui n’avaient pas été entendus sur procès-verbal, mais pour qui la police s’était contentée d’un simple coup de téléphone, » expliquait hier Maître Blandine Lejeune, au micro de France 3.
Du côté des parties civiles (huit familles sont concernées), la déception était de mise… et c’est un euphémisme. « Nous avons été déçus par ce report, mais pas surpris. Il est à l’image de toutes les difficultés que nous rencontrons depuis déjà deux ans, » explique Eve, la maman lanceuse d’alerte dans cette procédure. Et de préciser : « La partie adverse a demandé le report quelques jours seulement avant le procès. Nous l’avons vécu comme un grand manque de considération, avec cette procédure qui dure aujourd’hui depuis des mois. C’est à l’image de la manière dont on traite les familles qui veulent dénoncer ces maltraitances ». Des familles qui, pour reprendre les mots de Maître Schmitzberger, doivent traverser un véritable « parcours du combattant » .
Des mois d’attente
Le cas d’Eve en atteste. Après avoir remarqué des ecchymoses sur son fils de 22 mois à son retour de la crèche, elle avait porté plainte contre X en mai 2021. « Après ma plainte, une enquête a été ouverte, puis classée sans suite. Puis le dossier a été réouvert. Puis, rien. Enfin, c’est par la presse que j’ai pris connaissance de la date du procès en début d’année et je n’ai eu accès au dossier de l’enquête qu’il y a 15 jours, quand je me suis portée partie civile, » avait-elle expliqué dans notre Lettre Hebdo. C’est notamment au regard de ce parcours difficile, et suite au décès d’une petite fille accueillie dans une crèche du même groupe à Lyon l’été dernier, qu’elle avait créé le collectif Protection Enfance Crèche (protectionenfancecreche@gmail.com) pour favoriser la pair-aidance et apporter du soutien aux familles. Un collectif qui avait tout de suite rassemblé : « J’ai reçu beaucoup d’emails de parents qui tenaient grâce à leur amour pour leur enfant, mais qui vivaient leur parcours du combattant dans un isolement extrême. Je ne m’attendais pas à cela, c’est vraiment inquiétant », continue-t-elle.
Des parties civiles soutenues par la FNEJE et le SNPPE
Face à cette situation jugée intenable, la FNEJE et le SNPPE se sont ralliés, début mai, au combat des familles. Julie Marty Pichon, présidente de la FNEJE, précisait à ce titre : « Il y a beaucoup de maltraitance dans les structures d’accueil, on le sait. Il y a des êtres humains qui ne sont pas de bons professionnels et qui commettent des actes en violation de la loi. Mais après avoir entendu le témoignage de cette maman et constaté son courage et après le rapport de l’IGAS, il fallait soutenir les familles. Si on n’embarque pas les familles, qui sont des forces citoyennes à part entière, dans notre combat pour un accueil bientraitant, comment pourra-t-on se faire entendre et protéger les enfants ? » a-t-elle rappelé tout en martelant qu’il fallait arrêter de passer sous silence les cas de maltraitances.
Dans cette lignée, les deux organismes représentatifs des professionnels avaient déjà encouragé, dans un communiqué publié le mai, « les professionnels et les parents dans la mise en exergue de faits de maltraitance afin que les politiques publiques prennent enfin la mesure des enjeux et apportent les réponses adéquates ».
« Nous ferons de ce délai, une force »
L’audience est donc reportée à l’hiver prochain, mais pour les familles, pas question de baisser les bras. « Avec cette affaire, nous (les familles, ndlr.) avons appris à nous forger une patience. Nous ne sommes plus à quelques mois près. Ce report ne nous décourage absolument pas. Nous ferons de ce délai qui nous est imparti en plus une force, un atout pour notre défense », conclut Eve.
V.D
PUBLIÉ LE 16 mai 2023