Réforme des diplômes du travail social : « la fin du diplôme d’État des EJE », dénonce la FNEJE
Alors que les arrêtés réformant les diplômes d’État du travail social viennent d’être publiés au JO, la Fédération nationale des éducateurs et éducatrices de jeunes enfants (FNEJE) tire la sonnette d’alarme. Pour l’organisation, cette réforme, adoptée sans concertation, signe la disparition pure et simple du diplôme d’État des EJE tel qu’il existait depuis plus de cinquante ans.
Rappel, la réforme avait pour objectif de rendre les métiers du travail social plus attractifs et de faciliter les passerelles entre les différentes professions du secteur. L’administration expliquait vouloir distinguer trois types de compétences : d’abord les compétences transversales, communes et transférables à l’ensemble des secteurs professionnels ; ensuite les compétences partagées entre les travailleurs sociaux, applicables dans différents contextes d’intervention sociale et médico-sociale ; enfin, les compétences propres à chaque métier. Mais le résultat est loin d’être à la hauteur des attentes : la réforme, censée valoriser les métiers du social, suscite au contraire une profonde inquiétude parmi les professionnels qui déplorent le passage en force d’ un texte fondamental pour l’avenir du métier.
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Des blocs de formation qui effacent la petite enfance
Dans un communiqué publié ce 17 octobre, la FNEJE reprend point par point les motifs de désaccord. À commencer par la formation pratique qui passe de 60 à 55 semaines de stage. Mais c’est sur les blocs de formation que le ton monte encore d’un cran. « L’intitulé de l’activité de ce BC2 est le même quel que soit le diplôme préparé. Sur 4 compétences, seule la première est spécifique à notre métier, déplore la FNEJE. Quant aux indicateurs de compétences, ils sont centrés principalement sur la famille et non sur l’action éducative envers le jeune enfant. On peut donc en déduire que sur ce BC2, on perd ⅔ de nos compétences spécifiques.» Résultat, sur les 1 000 heures actuellement consacrées à l’accueil du jeune enfant et de sa famille, seulement 672 heures resteront dédiées à ce champ.
Des compétences élargies mais diluées
La FNEJE reconnaît l’intérêt d’une meilleure intégration des EJE dans le champ du travail social, mais alerte sur la « confusion et la dilution des compétences spécifiques » que provoque une approche trop généraliste. Le préambule du texte mentionne certes que « la spécificité du public accompagné sera prise en compte par les établissements de formation », mais la fédération s’interroge sur la réelle portée de cette phrase.
Allègements, dispenses et injustices
Après un long combat collectif, la FNEJE se félicite d’une avancée : les titulaires d’un diplôme du travail social (éducateur spécialisé, assistant de service social, CESF, éducateur technique spécialisé) ne bénéficieront que d’allègements et non de dispenses complètes pour certaines unités de formation. Mais une « injustice incompréhensible » demeure : les titulaires d’une licence de sociologie ou de psychologie pourront, eux, être dispensés du bloc 4. « Comment peut-on privilégier en expertise du travail social des titulaires de licence à des professionnel·les déjà diplômé·es en travail social et ayant plusieurs années d’expérience, s’interroge la fédération. C’est à se demander si on cherche vraiment à favoriser la reconnaissance de nos métiers ? »
La disparition du mémoire
Enfin la FNEJE s’inquiète de la disparition du mémoire de recherche, remplacé par un dossier d’analyse du parcours de formation et de réflexion sur le métier (25 à 30 pages, contre 40 à 45 pour un mémoire). Un choix qui traduit une perte de confiance dans la capacité réflexive des futurs professionnels. « Que faut-il en penser ? Que l’on estime que les futur·es professionnel·les du travail social n’auront plus de capacités d’analyse et de réflexion pour se soumettre à l’exercice exigeant d’un mémoire professionnel ? » Surtout, les épreuves de certification seront désormais définies par chaque centre de formation, sans cadre national strict, tandis que l’épreuve conclusive ne bénéficiera que d’un « cadrage national des attendus ».
« L’État vient de mettre fin aux diplômes d’État du travail social de niveau 6 », affirme la FNEJE, qui y voit une rupture historique.
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Candice Satara
PUBLIÉ LE 17 octobre 2025