3 sociologues analysent les freins à la reconnaissance des assistantes maternelles
13 février 2024Dans le cadre du projet de médiation scientifique « Que fait-on du travail ? » mené par le Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques de Sciences Po, trois sociologues et chercheurs – Geneviève Cresson, François-Xavier Devetter et Julie Lazès, également auteurs d’une étude CNAF sur les conditions de travail et d’emploi des assistantes maternelles employées par les parents parue en 2023, décrivent « les freins structurels à la reconnaissance de la profession d’assistante maternelle ». Ils l’affirment : « Le métier d’assistantes maternelles, comme l’ensemble du secteur de la petite enfance, devrait constituer ainsi un pilier des politiques d’investissement social. Pourtant, cet emploi n’est pas reconnu à la hauteur des enjeux, et ne fait pas l’objet d’une véritable politique publique complète et cohérente, tout au plus d’aménagements successifs et ponctuels des conditions d’accueil ou de rétribution ». Dans cet article édifiant, ils décrivent la disponibilité horaire très élevée de ces professionnelles, un cadre réglementaire complexe, des temps de travail non rémunérés, l’exigence des parents-employeurs, des pénibilités invisibles, un isolement marqué, « des mécanismes de rémunération atypiques qui conduisent à des salaires inférieurs au smic »… L’analyse montre que toutes ces contraintes « ont augmenté de manière significative et plus rapidement que dans les autres professions de services » du fait de l’intensification du travail et d’une certaine prise de conscience progressive de la pénibilité de certaines pratiques, liées à l’activité des assistantes maternelles.
Les auteurs identifient donc « trois manques majeurs », qui permettraient « d’améliorer ce métier, le rendre plus attractif et résoudre les problèmes de diminution des effectifs » : la spécificité d’une relation contractuelle, que peut apporter la crèche familiale pourtant en perte de vitesse ; le besoin de « ressources collectives » pour réaliser ce travail « dans de bonnes conditions, tant pour les enfants que pour les salariées », que l’on commence à observer grâce aux RPE mais qui demanderait « des soutiens publics plus larges pour se développer sur l’ensemble du territoire ». Enfin, les auteurs affirment que les modes de fixation du salaire et du décompte du temps de travail sont de véritables freins à la valorisation et à la professionnalisation des ass’mat’ : « On ne peut que regretter que les politiques publiques soient plus soucieuses du contrôle des assistantes maternelles que de leur réelle promotion et professionnalisation », déplorent-ils.