Daniel Verba, sociologue : « S’occuper d’un groupe d’enfants de deux ans est extrêmement difficile ».
24 septembre 2024Au cœur de la tourmente provoquée par la sortie des Ogres de Victor Castanet, le Grand entretien de France Info questionne la capacité de notre société à prendre en charge les plus fragiles. Dans cette interview, le sociologue Daniel Verba, maître de conférences à la Sorbonne et spécialiste de la petite enfance, reconnaît que les révélations de Castanet sont « salutaires ». « Cela fait des années qu’avec mes collègues sociologues, nous alertons sur les dérives du secteur privé lucratif, notamment concernant les crèches. (…) les chercheurs ne sont pas pris au sérieux ». Le sociologue décrit le cercle vicieux qui s’est mis en place : le secteur privé s’est engouffré dans la pénurie de places d’accueil, « et propose de répondre à un besoin vital qu’il transforme en business », ainsi les parents « deviennent clients prisonniers d’un système », ce qui les pousse à ne pas être trop regardants sur la qualité du service rendu….
Pour Daniel Verba, « mieux on prend en charge nos enfants en bas âge, mieux on prépare l’avenir de notre société ». Il explique que bon nombre d’adolescents sont pris en charge par la protection de l’enfance car ils ont manqué « d’un cadre familial mais aussi d’un cadre institutionnel bienveillant ». Et que pour assurer ce cadre, il faut des professionnels bien formés, compétents et correctement rétribués… « S’occuper d’un groupe d’enfants de deux ans est extrêmement difficile, reconnaît le sociologue, étude scientifique à l’appui, on peut comprendre que certains professionnels peu formés, mal formés, puissent « péter un câble »». Il estime que patience et présence sont des compétences qui s’apprennent mais nécessitent de prendre le temps. « Or, le temps c’est de l’argent, ça se paye et ça se rémunère. C’est ce qui, justement, manque le plus dans les structures privées lucratives, explique-t-il, (…) le travail hâté est redoutable pour le secteur social parcequ’il conduit à des conséquences dramatiques ». Pour Daniel Verba, petite enfance, service de qualité et lucratif ne sont pas pour autant incompatibles mais le fait est que pour le moment, le service privé lucratif est celui qui donne le plus mauvais exemple. « Il faut reconstruire un service public de la petite enfance et un autre pour le grand âge » ! conclue-t-il.