Sophie Marinopoulos : « l’ennui fait grandir l’enfant »
10 juillet 2025La psychanalyste Sophie Marinopoulos signe une tribune passionnante sur les vertus oubliées de l’ennui. Elle s’inquiète de voir que l’ennui, a laissé place à « une fixation parentale et sociale » sur la nécessité de perpétuellement occuper les enfants, de leur « faire-faire » sans cesse, pour ne plus les entendre. Qui traduit elle-même une certaine « angoisse de se retrouver seul face à un espace-temps qui demande de se réaliser par soi-même ».
« Fabriquer une génération future allergique à l’ennui est un risque tel qu’il est à considérer de toute urgence », assure-t-elle. Car éluder l’ennui, « c’est en finir avec la complexité de la pensée, c’est fabriquer des citoyens peu en contact avec eux-mêmes (…) fragilisés dans leur empathie et leur compréhension du monde ». Pour la psychanalyste, ce n’est pas anodin, dans l’augmentation des troubles de l’attention et des symptômes d’agitation chez les enfants. Elle estime que l’ennui est « un kit de survie » dans le temps long de l’enfance. Il fait grandir l’enfant, tandis que l’agitation entrave sa croissance. « L’enfant qui s’ennuie emmagasine des expériences fondatrices pour son être, porté par des temps de découvertes dans lesquelles il est acteur ».
Sophie Marinopoulos alerte : « En courant après nos vies au lieu de les vivre, en acceptant notre société du « plein » – actions, competence, efficacité, utilité – nous prenons le risque d’être de plus en plus expropriés de notre capacité de penser l’ennui et ses composantes : ralentir, se poser, créer… ». Et nous encourage, à l’heure des grandes vacances, à retrouver l’ennui, la valeur du temps long…