Déjà à l'école...mais à la crèche le mercredi

De plus en plus d’EAJE, dans le cadre de leur accueil périscolaire proposent des formules où des enfants scolarisés en petite section de maternelle mais ayant fréquenté la crèche y reviennent le mercredi et (ou) pendant les vacances scolaires. Comment organiser cet accueil pour qu’il leur soit profitable, sans pour autant perturber l'organisation et la vie de la crèche ? Petit à l'école mais grand à la crèche... Comment ce retour vers le passé est-il vécu par ces tout-nouveaux écoliers ?

 
Certains enfants adorent, d’autres pas …
Pas de recette, pas de vérité absolue. Voilà au moins une certitude partagée par tous ceux qui à un moment ou à un autre ont organisé ce type d’accueil destiné à des enfants déjà scolarisés.  C’est la conviction notamment de Marie Hélène Hurtig, infirmière-puéricultrice, ancienne directrice de crèche à Fuveau dans les Bouches du Rhône, et aujourd’hui formatrice petite enfance.

« Pour certains enfants explique-t-elle c’est le grand bonheur de revenir à la crèche. Ils passent d’un monde à l’autre sans difficultés. Avec beaucoup d’aisance même ; ils ont intégré les règles de chaque lieu et jonglent avec elles très facilement. Pour d’autres ce sera plus difficile. Ils ne veulent pas revenir à la crèche : ils pleurent beaucoup et jouent peu. Ils ne sont pas d’accord et l’expriment. Avec le recul, il me semble que cela dépend beaucoup du tempérament de l’enfant. Et que la facilité à s’adapter ou pas est évidemment en lien avec la sécurité affective de base de chaque enfant »

 
Pourquoi certains enfants le vivent mal

Mais d’autres facteurs rentrent en jeu.  « Quand les enfants ont du mal à revenir à la crèche cela fait écho au discours qu’on leur a tenu sur l’école. » analyse Marie-Hélène Hurtig. Très compliqué en effet pour un enfant à qui on a fait la promotion de l’école pendant toutes les vacances … de lui dire que le mercredi il retournera à la crèche. Il ne comprend plus rien ! Un jour assez grand pour à aller à école où il sera petit, et le lendemain il redevient petit pour aller à la crèche où il sera un grand ! Et renchérit Catherine Hurtig-Delattre, qui, lorsqu’elle était directrice de l’école maternelle Servet à Lyon a pratiqué ce type d’accueil, « pour certains cela demande de tels efforts que l’adaptation à l’école s’en trouve ralentie ».
Enfin, note encore Marie-Hélène Hurtig, « paradoxalement plus ça se passe mal à l’école, plus l’enfant est déçu par cette école qu’on lui avait tant vantée et plus c’est difficile de retourner à la crèche où pourtant il se sent si bien mais qu’il doit quitter le lendemain … comme si c’était retourner le couteau dans la plaie ! »

Un accueil pensé et réfléchi
De son expérience et de son point de vue de formatrice Marie Hélène Hurtig en est convaincue : pour que ça marche il faut aussi que la crèche ait pensé en amont l’accueil de ces enfants-là. « L’accueil périscolaire en s’improvise pas explique-t-elle. Il faut du matériel et du mobilier pensés pour des plus grands. Il faut prévoir un accueil spécifique tenant compte de leur rythme. Et le faire évoluer au fil de l’année, car les enfants auront grandi. » ; Il est vrai qu’un tel investissement de la part du e équipe est plus facile quand un petit groupe d’enfants est concerné. Quand ce type d’accueil du mercredi ne concerne qu’un ou deux enfants c’est quasi impossible de faire du sur mesure. Et il y a « risque d’isolement et d’ennui » souligne -t-elle.
Un point de vue que confirme Delphine Cassio, directrice de la crèche municipale Lou Pitchounet à Arles (13). La structure accueille des anciens de la crèche le mercredi et durant les vacances scolaires ou même seulement pendant les vacances scolaires.

« Cette année explique la directrice nous avons 6 enfants le mercredi. C’est un bon petit groupe. Il y a une dynamique entre eux et ils ont plaisir à se retrouver ». Pour Lou Pitchounet, qui ne pratique pas ce type d’accueil au-delà de 4 ans, une seule règle : répondre aux besoins spécifiques de ces « grands ». « Cette année c’est très positif note-t-elle. Pour le moment on les laisse vivre leur vie. On les laisse souffler. Ils sont dans le jeu libre et le plaisir. Ils sont autonomes et n’ont pas forcément besoin d’un adulte en permane derrière eux. ». Mais après cette phase où ils profitent pleinement de leur espace de liberté, l’équipe observera comment le groupe évolue pour lui proposer des activités spécifiques. « On a une salle avec du matériel qui n’est pas en libre accès pour certaines activités. On verra car on observe beaucoup l’évolution de leurs besoins tout au long de l’année.  Et d’ailleurs si en milieu d’année on sent que certains ont fait le tour de la crèche, on prévient les parents » précise Delphine Cassio. Des sorties avec une professionnelle « référente » du petit groupe sont aussi au programme.


Une bonne concertation entre école et crèche

« Pour que la formule soit optimale, il faut bonne concertation entre école, crèche et parents. Et que les équipes des deux établissements s’en emparent vraiment » remarque Catherine Hurtig-Delattre.

Elle a vécu un dispositif passerelle complet qui lui semblé « formidable ». Les plus jeunes enfants de l’école, ceux qui n’avaient pas encore trois ans à la rentrée, venaient à l’école tous les matins et tous les après-midis ils allaient à la crèche où ils déjeunaient. Le mercredi aussi. A partir de janvier ils fréquentaient l’école toute la journée et ne rêvenaient à la crèche que le mercredi. « Une formule idéale. C’était clair pour l’enfant, pour les parents et pour les professionnels. L’’adaptation à l’école se faisait en douceur ? Il n’y avait aucune concurrence entre les professionnels des deux structures » affirme Catherine Hurtig-Delattre. Pas de rivalité entre les professeurs des écoles et les professionnels de crèche. C’est un point important en effet souligne Marie-Hélène Hurtig.

« Les enfants sont très perméables à ce qu’ils ressentent et perméables à d’éventuelles rivalités entre les deux institutions. Deux discours différents selon qu’il est à l’école ou à la crèche avec parfois des jugements à l’emporte -pièce de l’une envers l’autre et vice versa. L’enfant est alors pris dans une sorte de conflit de loyauté. »


Est-ce une solution idéale ?
Même quand tout se passe bien pour l’enfant, qu’il s’adapte et que la crèche répond à ses besoins, les professionnels ne sont pas certains que ce soit la réponse idéale.  « Ce que nous faisons fonctionne, nous avons à cœur de proposer à ces enfants un accueil spécifique … assure Delphine Cassio, n’empêche il me semble que ce serait mieux s’ils pouvaient être accueillis dans un autre lieu qui leur soit entièrement dédié, spécialement conçu pour des enfants de cet âge. ».
Pour Catherine Hurtig-Delattre, l’accueil du mercredi -réduit à une journée- exige vraiment beaucoup des petits. Elle pense plus facile celui des vacances scolaires où le temps s’écoule sur une ou deux semaines.

Enfin Marie-Hélène Hurtig souligne « Si une direction voit ces enfants comme des bouche trous, si cet accueil périscolaire est organisé dans le seul but de satisfaire le taux de remplissage de la crèche (selon la logique de la PSU) alors effectivement cela n’a pas de sens. Et personne n’y trouve son compte. »

Conclusion :  ce type d’accueil doit être porté par la direction pour que l’équipe s’en empare.
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 08 octobre 2018
Mis à jour le 22 octobre 2018