« La maison des sept nains ». Par Françoise Näser

Assistante maternelle, auteure

Disney
Blanche Neige et els Seot nains . disney
Il y a de cela quelques années, nouvellement arrivée dans un nouveau quartier, je n’avais pu que constater que ma voisine et collègue accueillait au vu et au sus de tous, un grand nombre d’enfants. Puisque tout semblait rouler, et ce, bien avant mon arrivée, je me suis toujours refusée à compter le nombre de voitures qui passaient devant chez moi à toute heure du jour. C’est à l’occasion d’une visite de la Pmi que la puéricultrice de secteur m’avait fait remarquer en riant : « dites-donc, chez votre voisine, c’est la maison des 7 nains ! », confirmation que tout le monde était au courant, même la Mère Grand, et même le Méchant loup !

Le nombre d’enfants présents au domicile de l’assistante maternelle fait débat depuis aussi longtemps que je me souvienne, surtout depuis la généralisation de la quatrième place d’agrément (pourtant difficile à obtenir selon les régions et souvent accompagnée de restrictions d’âge) et chacun y va de son avis sur le sujet. Les textes officiels sont flous, à dessein peut-être, permettant toutes les interprétations. Pour les enfants de moins de 3 ans de l’assistante maternelle, les choses sont claires, mais pour ceux de 3 à 18 ans, c’est là que cela se complique. Pourtant, entre un enfant de 3 ans et un jeune adulte de 18 ans, il y a un monde, une génération ! On avait cru à une avancée, une victoire diront certaines, avec la promulgation du Cerfa n°13394*04  qui précise bleu sur blanc que les propres enfants de l’assistante maternelle entre 3 et 18 ans ne sont pas compris dans le nombre total d’enfants présents au domicile. Et pourtant …

Si tout le monde a un avis sur la question, c’est sans doute parce que l’accueil individuel reste encore et toujours très méconnu. « Comment font-elles ? » se demande-t-on. Mais oui, comment font ces super nounous qui accueillent quatre enfants, en plus des leurs ? Même si lesdits enfants sont souvent autonomes, au collège ou au lycée, tout de même c’est impressionnant. Ces collègues, elles ont toute notre admiration, n’est-ce pas : l’énergie déployée, l’organisation millimétrée, les semaines bien remplies, comment font-elles ! Quid de la qualité d’accueil ? Qualité d’accueil qui reste entièrement à définir concernant l’accueil individuel, car on ne saurait plaquer sur notre métier les valeurs et les principes de l’accueil collectif. L’accueil chez une assistante maternelle est un accueil familial, à nul autre pareil, et qui mériterait un label de qualité à lui tout seul. Mais la disponibilité ? Eh bien, j’ai envie de dire comme mes collègues : mais venez donc voir chez nous !

Avant de faire des propositions pour limiter le nombre d’enfants présents au domicile de l’assistante maternelle, pour en avoir le cœur net, sortez de vos bureaux et venez donc voir de quoi sont capables ces professionnelles de terrain. Vous serez peut-être surpris ! Professionnelles de la petite enfance à part entière, on pourrait aussi penser que nous sommes de grandes filles (et quelques grands garçons), que nous avons le sens des responsabilités et que nous savons ce que nous faisons, n’en déplaisent à tous ceux qui s’inquiètent « qu'une assistante maternelle seule à son domicile prenne éventuellement en charge simultanément 4 bébés de 3 mois ». J’ai tout de même envie de dire à tous ceux qui se drapent dans leur vertu en portant sur nous un regard des plus condescendant qu’il n’y a guère d’inquiétude à avoir à ce sujet. Pour accueillir 4 nourrissons, il faudrait déjà que l’assistante maternelle s’en sente capable (et bien peu le sont, croyez-moi, car nous avons aussi le sens des réalités, ainsi qu’une bonne dose de bon sens !), que son contexte familial le permette, qu’elle soit équipée pour cela et que la Pmi donne son accord. Au final, quelle est donc la vraie question derrière tout cela ? Sur l’assistante maternelle qui accueille 4 enfants (ou plus par dérogation) pèse finalement toujours un soupçon de vénalité. Une assistante maternelle qui souhaite vivre de son métier et gagner un salaire correct le ferait donc forcément au détriment de la qualité d’accueil et du bien-être des enfants accueillis. Un peu Simplet, non ?

 
Publié le 03 janvier 2021
Mis à jour le 03 janvier 2021