Le regard des autres. Par Nathan A

Assistant maternel

caprice jeune enfant
Heureusement que j'ai commencé ma première chronique comme je l'ai commencée sinon on m'aurait retrouvé aux quatre coins d'Paris, éparpillé par petits bouts façon puzzle... Heureusement aussi que je n'ai pas utilisé de mots clivants comme cododo, vaccins ou encore allaitement... Ouf je ne finirai pas tout de suite dynamité, dispersé ou ventilé pour finir mon clin d'œil aux tontons flingueurs.

Dans mon métier d'assistant maternel, il y a des éléments qui peuvent m'enthousiasmer, d'autres me questionner voire cristalliser le mauvais poil de mon cerveau reptilien. Je ne pense pas dire quelque chose d'extraordinaire puisque tout le monde ressent ce genre de sentiments. Mais le regard des autres sur une maman qui se débat comme elle peut avec son enfant. Mais le regard des autres sur un papa qui gronde son enfant. Celui-là m'horripile au plus haut point. Ah, comme c'est facile de juger de l'extérieur, de jeter son grain de sel pour suivre intimement, à la sauvette ou en caméra discrète l'évolution de la situation. Il ne manquerait que du pop-corn en distributeur dans les squares pour certains. Quitte à rajouter de l'angoisse, de l'huile sur le feu et de l'indiscrétion à un échange qui ne concerne que les parents et l'enfant.
Alors soyons clairs,  on est tous passé par là. Alors soyons clairs je compatis à 100 % avec ces parents qui se confient, qui doutent, qui ont peur du regard de l'autre, mieux je les soutiens.

C'est mon rôle d'assistant maternel d'accompagner les parents. Pour être franc, j'ai juste envie de bombarder de fleurs ces pelotons d'exécution qui fusillent du regard. Cette sortie au restaurant où l’on profite plus de la peur de l'inventivité enfantine à en mettre partout que du plaisir à être en famille, le grand classique où l'enfant va se rouler par terre lors des commissions parce qu'il n'a pas ce qu'il veut. Ce moment où le petit joue avec ce grand frère qu'il adulait il y a 5 minutes quand ils étaient seuls (évidemment) et à qui il serait prêt à dévisser le tête (ou presque) pile au moment le plus inopportun (comme par hasard, ou presque) quand quelqu'un arrive. Si, si ne cherchez pas trop loin dans votre mémoire, des exemples il y en a plein.

Mais nous sommes dans une société du paraître. On cultive avec soin un potager de l'instant T comme d'autres jardinent à Versailles alors que le sillon éducatif de l'enfant c'est l'inverse. Mais trop tard dans ce monde où l'image renvoyée est primordiale. On ne vit plus, on copie ce que le regard des autres nous impose. On n'éduque plus, on colle à une vie par procuration : LA vie familiale parfaite à qui il n'arrive jamais rien. Sans conflit, sans excès, où tout va toujours bien. Celle qui est vendue en mode je vais bien, tout va bien. Vous voyez le tableau ? Bah c'est un peu comme une couverture de top model sans Photoshop, aussi réel qu'une Atlantide au milieu de l'océan.

De toute façon quoi qu'on fasse il y aura toujours quelqu'un pour avoir quelque chose à redire et nous mettre le trouillomètre à 0. Famille, amis, inconnus, tout est bon pour (se faire) juger, (se) comparer, l'empathie au degré 0.

Prenons la fameuse crise dans le supermarché : quelle est la première chose à laquelle pense un parent qui y est confronté ? Oui, oui vous l'avez pensé, même inconsciemment. Allez mon petit, fais ta colère, tu as le droit de t'exprimer même si tout le monde nous regarde. C'est c'la oui. Vous pouvez revenir à la case réalité de votre cerveau s'il vous plaît ? Ça c'est ce qui vous arrive au moment où plein de culpabilité vous vous dites mince j'aurais tellement voulu lui dire ça. Malheureusement ce qui est venu tout de suite c'est plutôt pêle-mêle :  est-ce que quelqu'un regarde ? Est-ce que quelqu'un fait un live vidéo sur l'oiseau bleu ? Est-ce qu'il est encore possible d'étouffer ça pour ne pas se faire remarquer ? Mince je crois apercevoir mon voisin. Mince la belle-mère. Mince lui je le connais au bout du rayon ? Aujourd'hui le plus fervent athée serait capable de brûler un cierge pour implorer un dieu de ne pas être confronté à cette situation. On marche sur la tête en somme.

Car à mon sens, il y a deux sortes de personnes qui osent ce genre de regards : ceux qui n'ont pas eu d'enfants et ceux qui ont oublié qu'ils ont été parent. Vous savez, ce proverbe qui dit " au début on a des principes sur l'éducation et puis après on a des enfants ". Alors que celui (ou celle) qui n'a jamais osé penser savoir mieux faire que cet adulte incapable en difficulté me jette la première pierre, nous sommes malheureusement tous passés par la première catégorie. Le tout est de savoir vite sortir de ce manque de bienveillance, d'humilité et de compassion. Il y a aussi cette petite mamie qui s'approchant de la scène du crime - tout innocemment, ou pas - pour vous demander si vous avez besoin d'aide ? Finalement je pense qu'il y a cette dernière catégorie dans laquelle on devrait tous finir. Celle qui comprend dans son for intérieur : ouf, oui ça existe. Comme ce passant qui vous rapporte votre portefeuille plein à craquer trouvé en pleine rue. Non pas qu'ils soient heureux de vos " malheurs " mais soulagés que ça arrive aussi aux autres. C'est humain.

Mais alors que faire dans ce supermarché ? Alors que vous aviez tout prévu, tout anticipé, tout planifié pour que tout se passe bien. Céder au moindre caprice et passer pour un parent facile sans autorité devant la société ? Laisser ce stress nous envahir pour exploser entre deux rayons face à son enfant qui hurle et passer pour un parent indigne, justement tout juste digne à être dénoncé au 119 ? Vaste choix cornélien face à cette situation de crise qui aurait pu faire un best-seller shakespearien. D'ailleurs combien de pages essayent de vous en convaincre. Faut faire ci, faut faire ça ou surtout pas comme vous pensiez faire parce que vous avez lu le contraire deux jours plus tard. Vous me suivez toujours ? Mais le tout en oubliant parfois (trop) souvent une chose : celui qui connait le mieux ses enfants c'est le parent lui-même. Ce n'est pas insulter les professionnels de la petite enfance que de dire ça mais c'est un concept oublié un peu trop facilement.
Dans les deux sens d'ailleurs car à force d'être abreuvés jusqu'à plus soif, des parents préfèrent parfois se dédouaner de l'évolution de l'enfant. Trop de conseils tuent le conseil. Trop d'infos tuent l'info. Savoir (bien) s'occuper de sa progéniture finit par apparaître comme un Everest insurmontable. Déjà que c'est une belle colline décourageante avant même de commencer. Chéri, va vite chercher le dernier magazine pour savoir s'il ne contredit pas le précédent ?

Non ne rêvez pas je n'ai pas de solutions prépayées, ce n'est pas le but de cette chronique. Il y en a plein que chacun a expérimenté selon son contexte et sa vie familiale.
Rassurez-vous, ni le parent, ni le professionnel que je suis n'a la science infuse. Parfois, le parent doute, le professionnel n'a pas toujours la réponse... Et inversement. Parfois le professionnel questionne le papa et vice-versa. Quoi de plus humain de se poser la question ? Pour avancer, apprendre, ne pas persévérer dans un échec. Mais surtout garder sa confiance en soi. C'est vital. Parent, faites-vous confiance. Gardez confiance dans ce que vous faites (toujours pour le bien de l'enfant bien sûr), peu importe les regards (négatifs) qui vous scrutent. Peu importe ce que l'autre (qui ne connaît souvent rien de vous ni de votre vie) pense de votre façon de vivre justement. Une base, un pilier, un socle à stabiliser en permanence, sans doute le plus difficile sur la durée. Avoir confiance en soi, dans ce que l'on fait, dans son rôle de parents imparfaits avec des failles, des incertitudes, des erreurs. Prendre des éléments qui nous correspondent à droite à gauche selon ses convictions et se forger un socle familial en acceptant que celui de son voisin sera forcément différent. Et c'est quoi le problème ? Françoise disait bien qu'on ne naissait pas parents mais qu'on le devenait.
Article rédigé par : Nathan A
Publié le 07 juillet 2020
Mis à jour le 07 juillet 2020