3 questions sur la pratique du portage dans les lieux d’accueil

Pratiquer le portage au sein d’une crèche, d’une MAM ou encore chez l’assistante maternelle offre de nombreux avantages et bienfaits tant pour les enfants que pour les professionnel.le.s. Pour autant, cela éveille toujours un certain nombre de questions. Des questions qui sont légitimes. Emilie Lozano, fondatrice de l’organisme « Formation et Perfectionnement au Portage des Bébés » et elle-même formatrice, répond ici aux trois questions de pros les plus courantes.
Porter les enfants ne risque-t-il pas de me faire mal au dos ou de me fatiguer ?
Pratiquer le portage ou se former au portage ne signifie pas « porter pour porter ». Il est essentiel de le voir comme un ensemble de techniques et d’outils supplémentaires qui sera utilisé pour répondre à un besoin. Ainsi, il n’est pas question de porter plus que dans les bras, mais plutôt de le faire mieux et plus confortablement pour les professionnel.le.s comme pour les enfants.

Lorsqu’on parle de portage physiologique, on ne s’intéresse pas uniquement au respect de la physiologie de l’enfant mais également à celle du porteur. Ainsi, mettre en place le « portage » dans un lieu d’accueil, c’est l’occasion de réfléchir aux techniques utilisées pour prendre et déposer un enfant, pour le porter ou le transporter. Ces échanges permettent d’observer les différentes implications que cela a pour le professionnel et son corps.

Connaître les bonnes techniques et savoir utiliser un bon moyen de portage aide à préserver le corps du professionnel.le régulièrement mis à rude épreuve dans les métiers de la petite enfance.

La proximité offerte par le portage ne risque-t-elle pas de déranger les parents ? 
Comme expliqué précédemment, il ne s’agit pas de porter plus mais de porter mieux. Ainsi, l’utilisation d’un moyen de portage aura pour effet de remplacer les mains du porteur par un outil, sans nécessairement impliquer une plus grande proximité. Suivre une formation peut notamment aider à faire le choix du bon moyen de portage pour la structure : permettant le portage sur le coté, sur le dos, offrant une contenance modérée… L’écharpe de portage, souvent assimilée au portage physiologique, est loin d’être la seule option. 

La majorité des parents porteurs sont plutôt favorables à ce que cette pratique soit prolongée au sein du lieu d’accueil de leur enfant. En effet, cela offre une continuité supplémentaire au bébé entre ce qui est pratiqué à la maison et sur le lieu d’accueil, favorisant ainsi une adaptation moins déstabilisante pour l’enfant. En outre, ayant conscience des bienfaits du portage, ils souhaitent généralement que leur enfant puisse en bénéficier, même s’ils ne sont pas là pour le faire eux-mêmes.

Il est important de préciser qu’il est inévitable et positif pour son développement émotionnel et social qu’un enfant développe un lien d’attachement avec les personnes qui s’occupent de lui. Il est en revanche impossible qu’un enfant bien traité chez lui ne confonde ou change de figure d’attachement principale au profit d’un.e professionnel.le, quel que soit la qualité de l’attachement construit avec ce dernier.

Un.e professionnel.le ne portera pas pour cajoler un bébé mais pour répondre au besoin qu’il exprime. Pour autant, il est possible que, pour des raisons personnelles, certaines familles se trouvent mal à l’aise vis à vis de cette pratique. Cette possibilité ne doit pas être écartée et il est essentiel de l’entendre et de la prendre en compte. Il est donc important que la pratique du portage soit intégrée au projet pédagogique et puisse être expliquée lors des entretiens avec la famille. Il sera ainsi possible de répondre aux questions des parents et de recueillir leur souhait que leur enfant ne soit porté qu’à bras.

Les enfants non portés ne risquent-ils pas d’être « jaloux » de celui qui l’est ?
Pour commencer, les bébés sont déjà portés au quotidien par les professionnel.le.s qui les accueillent. Le moyen de portage vient simplement remplacer les bras. Ainsi, si le portage à bras est déjà conflictuel, le portage en moyen de portage le sera tout autant. En revanche, si ce comportement n’est pas observé à bras, il n’y a aucune raison qu’il le soit en moyen de portage.

Mettre en place le portage, c’est avoir accès à des outils pour mieux répondre à un besoin de l’enfant. En effet, le contact et la proximité sont de besoins physiologiques de l’enfant. Fort heureusement, de la même façon que certains enfants ont besoin de manger plus ou de dormir plus que d’autres, tous les enfants n’auront pas le même besoin de contact. Un enfant ayant moins besoin de manger ou de dormir est-il « jaloux » de celui qui mange plus ou dort plus ? Un enfant qui a rempli son réservoir de contact et de proximité aura plutôt tendance à varier ses activités ou à assouvir un autre besoin qu’à exprimer de la « jalousie » envers un autre enfant.
Article rédigé par : Emilie Lozano
Publié le 21 juillet 2022
Mis à jour le 22 juillet 2022