Inviter la nature à l’intérieur des crèches : la réponse à un besoin naturel !

Nous passons pour la plupart d'entre nous, la quasi-totalité de notre vie à l'intérieur et faisons vivre la même chose à nos enfants et ceux des autres. Nous vivons, nous travaillons, nous séjournons, dans des boîtes ! Pourtant, qu'on le veuille ou non, nous avons en tant qu'être humain une tendance innée à être attiré par les formes du vivant et tout ce qui est naturel. Il existe un lien intrinsèque entre nous et les autres organismes vivants. Marina Lemarié, formatrice et consultante spécialisée dans l’aménagement et le bien-être en crèche signe un plaidoyer pour faire rentrer la nature dans les lieux d’accueil. Et explique que cela a un nom : la biophilie.
Un besoin naturel de nature
Après une balade dans la nature, il n’est pas rare qu’un enfant ramène une brindille, un caillou, de la mousse ou des feuilles ramassées sur le sol. Ces bouts de nature constituent bien souvent de véritables trésors pour celui qui les trouve. Posés sur une étagère, dans un bocal, ces éléments naturels deviennent des objets de décoration, à contempler de près ou de loin. Ils contribuent parfois à la réalisation d’œuvres land art , à la mise en scène autour des animaux de la ferme ou tout autre décor qui pourrait sortir de l’imaginaire des enfants comme des adultes.
Rapporter le dehors à l’intérieur est une réponse à un besoin : celui de nature ! Ce besoin remonte à plusieurs générations. Si vous regardez bien, à l’intérieur d’un château ou d’une église, des ornements en pierre ou en bois imitant des couronnes de fleurs, de lierres et tout autre végétal, ont été soigneusement façonnés à l’époque. Les imprimés que nous trouvons sur des tissus ou du papier peint illustrant des fleurs ou des feuillages datent eux aussi de nos ancêtres.
Posséder des ouvertures sur un jardin, ou des aires naturelles fait automatiquement son effet que l’on soit proche ou moins proche de Mère Nature. Touchez des matériaux nobles comme du bois ou de la pierre fait sens. Notre sensibilité sensorielle se réveille.

La biophilie ou l’amour de la nature
Savez-vous que le fait d’inviter la nature à l’intérieur possède un nom ? Je l’ai découvert il y a quelques années et depuis je m’en passionne : la biophilie. Le terme " biophilie" formé à partir de "bio", qui signifie la vie, et du suffixe "philie" qui veut dire aimer, se traduit par "amour de la nature". La biophilie est alors l’art d’inviter la nature à l'intérieur, par amour de la nature. Loin d'être anecdotique, cette caractéristique est en réalité une affinité profondément enracinée en nous. Ce lien entre nous et la nature, nous permet de déterminer notre propension à nous sentir bien, heureux, en équilibre et à être en mesure de trouver des solutions créatives aux problèmes rencontrés au quotidien.
C'est Edouard Osborne.Wilson, biologiste à la renommée internationale, fondateur de la sociobiologie, qui en 1984 aurait été le premier à parler de biophilie. Dès notre prime enfance, paraît-il, nous nous préoccupons des autres organismes vivants faune et flore. Il utilise l'image d'un insecte attiré vers une lampe allumée pour parler de notre propre attirance, en tant qu'enfant, vers le vivant.
En m'intéressant de très près à cet art d'inviter la nature à l'intérieur, j'ai découvert que nous avions tout intérêt à faire rentrer la nature dans nos crèches, tellement elle est notre alliée.

Un outil du prendre soin
La nature nous veut du bien. Plutôt que de s'en éloigner en s'enfermant, rapprochons-nous d'elle. S'en détourner en tant qu'adulte et enfant a des conséquences sur notre corps et notre mental, s'en priver c'est se faire du mal à court, moyen ou long terme.
Un grand nombre de spécialistes sensibles à la nature ont enregistré des données sur l'impact positif que les éléments naturels, invités à l'intérieur, peuvent avoir sur l'individu. Il a été ainsi démontré que le contact avec des éléments naturels, ou avec des objets ou matières imitant des matériaux naturels a un impact positif sur la santé, la concentration, la productivité et contribue à réduire grandement l’anxiété et le stress.

Les lieux équipés de lumière naturelle, de bois, d'eau, de plantes, de paysages illustrant la nature, de sons de la nature, de formes et de matières naturelles, ont bel et bien un impact positif sur l’individu. Ainsi le bois, à lui seul, agit positivement sur notre système nerveux et notre système endocrinien. Une recherche effectuée sur le système nerveux, a observée des niveaux plus faibles de la tension artérielle, du rythme cardiaque en présence d'éléments naturels, en l’occurrence le bois. Le plus intéressant est que ces réactions sont universelles, et quelques soit l’âge.

Des études révèlent que dans les espaces pourvus d'éléments naturels, les niveaux de créativité, de motivation et de bien-être des personnes sont nettement supérieurs à ceux qui en sont privés. Les personnes interrogées se trouvent être dynamisées naturellement par leur environnement et attestent développer des facultés d'attention et de concentration. La simple présence d’éléments naturels dans l’environnement de travail contribue à amortir les effets négatifs du stress, ayant un impact positif sur le bien-être des individus.

Tenez-vous bien, il existe un lien indiscutable entre les espaces de travail aménagés en considérant la biophilie et les arrêts de travail. Les entreprises au ″ goût naturel ″ enregistrent moins de turn-over, d'arrêts maladie et de départs définitifs. Une étude, réalisée par une société américaine, engagée dans l'amélioration de l'environnement et la biophilie, auprès de plus de trois cent enfants âgés de neuf ans, a démontré que la nature les aidait à diminuer leur niveau de stress et les aidait à se socialiser. Ils apprendraient et assimileraient aussi plus rapidement.
Quels que soient les individus, enfants comme adultes, les observations montrent que les personnes sont beaucoup plus détendues et calmes quand la nature est présente sous différentes formes. Des cadres avec des éléments naturels comme la montagne, des couchers de soleil ou des paysages de campagnes accrochés aux murs plutôt que des murs unis ou peints en blanc suffisent à agir sur les comportements humains.

 Intégrer la nature en crèche
Imaginez en crèche, les bienfaits pour les enfants comme pour les professionnels et les parents qui entrent et sortent, de ces espaces collectifs trop souvent artificiels. Intégrer la nature dans les espaces collectifs de la petite enfance n’est pas une fantaisie ni un luxe, mais un solide investissement basé sur des recherches scientifiques. Si l’on rajoute à cet investissement, un engagement éducatif et pédagogique, la biophilie a vraiment sa carte à jouer en crèche. Inutile de planter une forêt en plein milieu de la crèche ou d'adopter le tablier du jardinier dix heures par jour. Puisque les effets positifs se mesurent par des éléments naturels invités à prendre place à l'intérieur comme à l'extérieur, il est tout à fait possible d'inventer des espaces qui s'imprègnent d'expériences sensorielles positives. Il me semble indispensable, à l'heure à laquelle nous vivons et dans le contexte de pandémie dans lequel nous sommes tous, de poser les bases d’une réflexion plus approfondie sur les liens entre la collectivité de jeunes enfants et la nature. Inviter la nature à l’intérieur c’est rendre possible la connexion enfants-nature et les éloigner de la jungle du plastique, bien que ce produit issu du pétrole aux composés chimiques soit facile à désinfecter. Faire entrer la nature à l’intérieur, ne veut surtout pas dire d’éviter de sortir les enfants. Bien contraire, c’est de penser le naturel jusque dans la cour ! C’est laisser de côté ce qui est artificiel pour laisser davantage de place au vivant. ″Le vivant rend les enfants vivants !
En sélectionnant minutieusement chaque élément naturel ou toutes similitudes à la nature, en faisant jouer à la fois nos talents d’observation et de créativité nous pouvons grandement contribuer à améliorer les espaces intérieurs de crèche et le bien-être des occupants, petits et grands.
Il me semble indispensable, à l'heure à laquelle nous vivons, de poser les bases d’une réflexion plus approfondie sur les liens entre la collectivité de jeunes enfants et la nature pour une véritable reconnexion !
 
Article rédigé par : Marina Lemarié
Publié le 12 février 2021
Mis à jour le 25 juin 2021