Lyon veut verdir ses crèches !

Lors des dernières élections municipales, la Ville de Lyon a changé de majorité. Les écologistes sont désormais aux commandes. La mairie a de nouvelles ambitions pour les modes d’accueil de la ville : donner un coup de pouce à l’accueil collectif et remettre la nature au cœur du quotidien des jeunes enfants.
« La précédente majorité, rappelle d’emblée Steven Vasselin, 6ème maire adjoint à la petite enfance, avait laissé la place aux crèches privées et à la marge aux crèches associatives. Nous, nous avons la volonté de créer 1000 places de crèches municipales    et associatives durant notre mandature. La ville veut et va redevenir une force motrice de la politique petite enfance ».  Mais la ville n’a pas qu’un objectif quantitatif, elle souhaite aussi « verdir » ses crèches, reconnecter les enfants à la nature et « convertir » leurs parents à l’écologie.

Des lieux d’accueil végétalisés
Première étape : végétaliser les espaces extérieurs des crèches. Ce sera une charge financière pour la ville puisque ce projet va concerner non seulement les crèches municipales mais aussi les crèches associatives. Et cela débutera dès 2021. Au programme : sols naturels avec de la terre, de l’herbe, des bacs à sable, des arbres … « Fini les revêtements de caoutchouc faits avec des pneus recyclés », se réjouit Steven Vasselin. Et bonne nouvelle, la PMI est partante.

Des enfants reconnectés à la nature
Les crèches (une cinquantaine) qui ne bénéficient pas d'espaces extérieurs auront la possibilité de faire des sorties dans des fermes pédagogiques, des parcs ou squares à proximité car le mot d’ordre est clair : tous dehors, le plus possible et quel que soit le temps ! La vraie priorité de la ville, c’est de reconnecter les enfants à la nature. Parce que c’est utile à leur santé (très bon pour les défenses immunitaires de vivre au grand air !) mais aussi leur éveil, leur motricité etc. « Et c’est aussi un moyen de développer leur conscience écologique », ajoute Steven Vasselin. En leur montrant toutes les richesses, tous les bienfaits de la nature, une nature précieuse qu’il faut préserver et apprendre à protéger.
Il est vrai qu’on le sait désormais, preuve en est ce qui se passe dans les pays du Nord, qu’il n’y a aucun inconvénient à faire sortir les enfants par tous les temps ; encore faut-il qu’ils soient bien couverts ! « La ville, annonce fièrement le maire adjoint à la petite enfance, va fournir aux crèches qu’elle gère ou subventionne bottes et salopettes tout-terrain dès à présent, puisque cette dépense est inscrite au budget 2021».
Sans compter aussi que les activités extérieures induisent des activités non genrées favorisant la mixité. Lutter contre les stéréotypes de genre, un autre combat de la toute nouvelle municipalité lyonnaise.

Des pros formés
Pour que ce « tous dehors par tous les temps » marche… Il faut que les pros soient eux -mêmes convaincus que nouer des liens très forts avec la nature est essentiel pour le jeune enfant. C’est pourquoi la municipalité va financer des formations « à la nature » réalisées avec une formatrice danoise selon les méthodes qui ont fait leurs preuves dans les pays scandinaves alors même que le climat n'y est pas particulièrement clément. Le format envisagé : une à deux demi-journées dans chaque crèche commençant par une phase d’observation au sein de la crèche.

Circuits courts, alimentation bio, récup et couches lavables
En complément de cette démarche « nature » qui n'est pas isolée, la ville veut encourager tout ce qui peut « impulser un éveil assez structurel d’une conscience écologique » : l’alimentation bio et locale, l’économie circulaire, les couches lavables etc.
« Nous souhaitons, par exemple, explique Steven Vasselin, que les crèches municipales puissent aller se ravitailler dans le marché public pour acheter local. Pour l’heure, elles n’en n’ont pas le droit. C’est important qu’elles puissent, comme les structures associatives par exemple, aller acheter certains produits (légumes, fruits) au marché ». « Notre ambition conclut-il c’est 100% bio et 50% local ».
Autre cheval de bataille du tout nouveau maire adjoint : l’économie circulaire. « Nous allons privilégier le fait que les familles puissent se donner des choses entre elles en instaurant des boîtes à dons. Nous souhaitons aussi organiser des ateliers avec les parents pour favoriser les jeux et jouets « faits mains » à partir d’objets recyclés », précise-t-il encore.
Il s’agit aussi d’encourager les pros à faire eux-mêmes les produits d’entretien à partir de vinaigre blanc et savon noir. Dès janvier des crèches pilotes testeront des lingettes réalisées à partir de marc de café pour nettoyer toutes les surfaces. Et d’ailleurs chaque nouveau projet sera testé par des crèches pilotes volontaires avant d’être généralisé.

Impliquer les familles
Mais toute cette petite révolution verte ne se fera pas sans les familles. Il y a une volonté affichée de les associer et par ricochet de les faire elles aussi adopter des habitudes de vie plus écolos. D’où cette idée de boîtes à dons et d’ateliers. Mais Steven Vasselin va plus loin. A l’instar de ce qui prévaut dans les crèches parentales, il souhaiterait « généraliser le recours aux familles non seulement pour mettre en œuvre certains projets comme la végétalisation mais aussi pour des activités quotidiennes de la crèche ». Pourquoi ne pas leur demander de consacrer 3 ou 4h par mois à des tâches variées en fonction des talents, compétences et goûts de chacun : couture, jardinage, bricolage…
Une participation obligatoire ? « Ils y seront fortement invités admet Steven Vasselin. Nous allons essayer de mettre cela en œuvre dès 2021. Pour cela on s’appuiera sur les parents délégués. Et il précise que ces projets sont en accord et soutenus par la PMI ».
Enfin assez naturellement, la démarche écologique de la ville pour la petite enfance ne serait pas complète si la question des couches n’était pas posée.  Un projet de couches lavables est d’ailleurs à l’étude. Mais la réflexion porte aussi sur « les contenants » et particulièrement la vaisselle utilisée pour les repas : inox ou bambou…

S’inspirer d’initiatives existantes
La ville ne part pas de rien. Des associations ont déjà mis en place des initiatives et projets proches de ce qu’elle souhaite faire. C’est le cas par exemple de l’association gestion développement de service (AGDS) qui gère des crèches, centres de loisirs et RAM.  Pour Cécile Guinamard, sa directrice générale, ce que la Ville envisage correspond totalement aux valeurs de l’association qui depuis près de 4 ans avec son projet « la ferme AGDS » travaille autour notamment de l’alimentation et des circuits courts. « Nous avons intégré l’alimentation dans un projet de développement durable mais aussi le projet pédagogique des EAJE que nous gérons. Nous animons sur ce sujet des ateliers avec les parents par exemple ». Mais les crèches D’AGDS pratiquent aussi la gestion des déchets (avec des compost ou lubri compost), utilisent des produits d’hygiène et de soins labellisés Ecocert et ont fait du recyclage un des points forts de leurs activités.
De son côté, ALFA3A, association gérant 5 EAJE lyonnais, engagés dans un processus de labellisation avec Label Vie (anciennement Ecolo crèche) a ancré toute sa démarche autour du développement durable « car les jeunes enfants sont l’avenir », sera aussi une source d’inspiration pour la municipalité.
Car l’idée est bien aussi de « recenser les bonne pratiques et initiatives qui existent déjà. On ne part pas de rien ! », souligne le maire-adjoint à la petite enfance.
 
Article rédigé par : Catherine Lelièvre
Publié le 11 décembre 2020
Mis à jour le 17 février 2021