Un homme dans un monde femmes ! Par Nathan A

Assistant maternel

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homme avec jeune enfant sur lieu d
Michel Audiard disait que les excès de passion sont toujours regrettables c'est le contraire de l'intelligence. C'est une vraie philosophie que je partage au moment d'écrire cette première chronique... Et toutes celles qui suivront d'ailleurs. Il y a quelques semaines Nadège R. terminait sa (magnifique) chronique par un enlevé " alors messieurs on vous attend ". Et bien nous voilà, enfin me voici.

Cet appel m'a donné envie d'écrire pour partager des moments de vie de mon quotidien. Alors soyons clairs, je ne me pose pas en représentant de la gent masculine. Je ne suis pas un intégriste en pleine schizophrénie misogyne non plus. Quoique, parfois je me sens agressé, mon encéphale transpire comme un tourteau en cocotte. Il tourne dans sa cage crânienne... Car apparemment, tout le monde n'est pas dans l'optique voire dans la façon de penser de ma collègue. Il faut dire qu'historiquement notre profession descend de la nourrice qui donnait le sein. En sachant cela, changer les modes de pensées ancrées depuis plusieurs décennies, plusieurs siècles, pourrait revenir à dire que l'homme descend directement de la tortue.

Quelques temps plus tard, en pleine crise sanitaire, la ministre du travail était invitée dans une antépénultième matinale pour parler du chômage partiel des assistantes maternelles. Un mot d'un autre politique pour parler du courage des assistantes maternelles. Un document de la PMI qui se conclut par signature de l'assistante maternelle que j'ai barré pour l’ixième fois. Une ministre du travail qui en remet une couche en précisant qu'elle parle d'assistantes maternelles car c'est une profession où il y a une très grande majorité de femmes. Ben voyons, c'est sûr. Une fiche d'un organisme de formation avec pour entête madame. On m'avait prévenu pourtant de cette hyper -féminisation mais ma case optimisme s'était activée. Pourtant j'ai continué à creuser toujours un peu plus. Des badges qui fleurissent sur les réseaux sociaux pour mettre sur une photo de profil un logo d'assistantes maternelles en colère. Ah bon donc moi en fait soit je suis en colère comme une fille soit je n'ai pas le droit d'être en colère... Bon bah tant pis je serai en mode colère silencieuse. Et mais que vois-je maintenant, mon correcteur orthographique s'y met aussi quand je tape assistant maternel : c'est la fois de trop. Fou de rage, je balance la tablette qui finit comme la balance de ma femme. La pauvre venait de lui balancer que nos efforts alimentaires des quinze derniers jours n'étaient pas payants. Ça balance pas mal hein ?

Autant dire qu'avec en plus le coronavirus dans le coin, je suis devenu vraiment schizophrène pour le coup, au troisième degré même. Vite, son mascara et autre soutien-gorge pour rentrer dans le moule ? Allez, restons zen, la musique adoucit les mœurs. Je le dis dans mon projet professionnel donc j'y crois. Allez, je me pose, ferme les yeux, allume la radio : punaise Michel Sardou chante Être une femme. Je sursaute : off. J'allume la télé comme certains allument le feu : ce que veulent les femmes avec Mel Gibson. Ce n’est pas possible ?! Je remets la radio : Diane Tell avec Si j'étais un homme. Je frôle la paranoïa médiatique (c'est à la mode en ce moment). J'ai l'impression que même des objets me harcèlent, comme si j'avais besoin de ça. Comme disait presque Françoise, tout est (dans le) langage.

Et pourtant quand j'arrive à l'école chercher ma grande avec 3 ou 4 enfants qui ne sont pas à moi je navigue aussi entre le waouh d'émerveillement qui demande comment fait-il pour gérer tous ces enfants... et le pouah encore quelqu'un qui cherche les allocs d'un coin de l'œil agressif sans savoir si tous ces enfants sont à moi. Heureusement le genre humain de mon coin est largement bienveillant. Mais tout le monde (homme ou femme pour le coup) n'a pas cette chance. Un fil du rasoir sensible donc, un seuil de tolérance mince qui amène l'assmat homme à être aussi équilibriste qu'une femme sous certains regards dévastateurs.
Et pourtant quand j'ai commencé, j'avais - et j'ai - toujours les mêmes interrogations, le même sentiment de savoir si j'allais être utile aux enfants (et aux parents) que j'accueille. Comment j'allais m'y prendre pour faire évoluer cet enfant ? Quel accueil pourrait me réserver les parents ? Me faire accepter tout simplement.

C'est curieux l'orthographe et l'imaginaire ancrés dans l'esprit collectif. Qui parle de caissiers ? D'éboueuses ? De conductrices de travaux ? Alors qui pourrait parler d'assistants maternels ? Et là intervient mon Jiminy Cricket. Mon optimisme inconscient. Il me rappelle que c'est finalement un peu comme un enfant qui croit qu'un bisou de sa mère peut soigner la douleur. Je garde l'espoir qu'un jour on verra une vraie parité dans l'appellation des métiers selon qui l'exerce. Et surtout dans les mentalités. Mais attention pas n'importe quelle écriture inclusive. Car d'un autre côté je reconnais que poussée à l'extrême ça a certaines limites. Une affiche témoigne de cette difficulté quand sous un distributeur de serviettes hygiéniques elle annonçait que ce service était accessible à tou(te)s les étudiant(e)s. Mais si les universités font cet effort pour un produit qui a priori n'est utilisé que par mesdames, certaines personnes pourraient aussi faire un effort. Je ne revendique pas la possibilité d'être enceint(e) mais comme disait presque Françoise tout est (presque dans le) langage.
 
Article rédigé par : Nathan A
Publié le 11 juin 2020
Mis à jour le 12 juin 2020
En tans qu'homme, les domaines la petite enfance sont des métiers passion. et justement, l'on ne si engage pas par hasard. Sur le terrain, cela amène et révèle des problématiques sociétale ou contextuel. Cette nouvelle forme de mixité et d'une profonde richesse. jean-marc (mamarc), Auxiliaire de puériculture, crèche.