Abonnés
Direction d’EAJE : quelle formation choisir ?
Pour gagner en compétences et en légitimité, certains professionnels amenés à exercer des fonctions de direction en lieu d’accueil de la petite enfance optent pour une formation complémentaire en management et gestion. Un cursus exigeant qui vient compléter leur formation initiale insuffisante dans ces domaines. Le point sur les formations continues qui leur sont accessibles.
Quelle que soit la formation initiale dont ils sont issus, les professionnels de la petite enfance amenés à assurer des fonctions de direction ou de co-direction ne sont pas toujours prêts et suffisamment outillés pour exercer de telles responsabilités. Et assurer des missions bien souvent bien éloignées de leur cœur de métier : management, gestion, finances, RH, coordination de projet, gestion des relations extérieures… Après une première expérience professionnelle, certains choisissent donc de se former à nouveau pour mieux revenir, armés de nouvelles compétences.
Aujourd’hui, il existe peu de formations dédiées au management et à la gestion de structure en petite enfance car difficilement rentables. Il existe cependant trois diplômes accessibles par la formation continue, conçus pour former rapidement – ou au long cours – les professionnels dans ce domaine très précis. Mais trois diplômes qui n’ont pour autant pas le même statut.
- Le Diplôme Universitaire (DU), délivré directement par l’université qui le porte. Il n’est pas officiellement reconnu par l’État.
- La Licence professionnelle est un diplôme national du Ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’Espace, de niveau bac+3 et niveau 6 au RNCP.
- Le CAFERUIS est un diplôme d’État équivalent bac+4 et niveau 6 au RNCP, délivré par le Ministère du travail, de la santé, des solidarités et des familles.
Le Diplôme d’Université « Management des structures d’accueil de la petite enfance » de l’Université de Haute-Alsace – Mulhouse
Ce diplôme est accessible aux titulaires d’un diplôme d’EJE, d’infirmier ou de sage-femme, pouvant justifier d’une expérience professionnelle auprès de jeunes enfants. Il est constitué de 182 heures de formation en présentiel ou en distanciel synchrone, uniquement en formation continue, à raison d’un module par mois. L’évaluation des connaissances est effectuée sous forme de contrôle continu. L’obtention du DU valide les unités d’enseignement 1 et 2 de la Licence Professionnelle Management et gestion des organisations, parcours Management des établissements d’accueil du jeune enfant.
« Il y a une dizaine d’années, ce diplôme est né d’une volonté de combler le déficit de compétences des directrices en poste qui n’avaient pas eu, dans leur formation initiale, de modules sur le management ou la gestion financière d’une structure », précise Stéphanie Gogo, chef de projet du Serfa de l’Université de Haute-Alsace. Aujourd’hui, ce DU vise à apporter sur un laps de temps très court, des connaissances et des techniques en management d’équipe et communication ; en droit pour maîtriser l’environnement juridique et sécuritaire relatif au secteur de la petite enfance ; à connaître et exploiter les outils de gestion comptables et financiers. L’équipe pédagogique est constituée d’enseignants-chercheurs de l’Université́ de Haute-Alsace, d’enseignants de l’École Supérieure de Praxis Sociale de Mulhouse et de professionnels issus du domaine de la petite enfance.
Cédrine Stabler est aujourd’hui responsable de trois microcrèches dans la région Grand-Est. Educatrice spécialisée de formation, elle a obtenu son DU il y a quelques années « pour avoir plus de légitimité personnelle » en reprenant la direction d’une crèche associative. « La formation m’a confortée dans mon positionnement, c’était très enrichissant, explique-t-elle. Le module sur le droit du travail m’a énormément apporté, ce sont des choses qu’on n’apprend pas en école d’EJE ou d’infirmière ! La gestion de réunion m’a apporté de bons outils, et le module « Contraintes financières » m’a donné envie de gérer mes propres structures par la suite. « Gestion RH » m’a permis de prendre du recul sur ma façon de travailler pour mieux appréhender mon rapport avec mes équipes. Pour moi, il est essentiel d’avoir une expérience de terrain avant d’accéder à des fonctions de direction et suivre ce type de formation ». Elle ajoute que « le format une semaine par mois est idéal lorsqu’on est déjà en poste. Je ne vous cache pas que c’est une semaine intense mais c’est primordial ! ».
Admission sur dossier de candidature et/ ou entretien avec un membre de l’équipe pédagogique. Inscription possible jusqu’à 15 jours avant le début de la formation, en mars.
Frais de formation : 3500€ – Formation éligible au CPF
La Licence Professionnelle Management des EAJE de l’Université de Haute-Alsace – Serfa – Mulhouse
Accessible uniquement par la formation continue aux professionnels de la petite enfance titulaires d’un diplôme de niveau bac+2, cette licence professionnelle comprend 371,5 heures de formation dont 287,5 heures en centre et 84 heures en distanciel asynchrone, à raison d’une semaine par mois ; un projet tuteuré qui donnera lieu à un mémoire et une soutenance. Et un stage d’une durée de 420h avec rapport. Les étudiants salariés sont dispensés de stage, mais doivent rédiger un rapport concernant leur activité professionnelle.
« Après le DU, la licence professionnelle a été créée pour répondre à un besoin particulier, rappelle Stéphanie Gogo. A l’époque, le décret de 2010 venait d’exiger que les fonctions de direction soient assurées par des professionnels ayant a minima un titre de niveau 2. Les professionnels avaient donc besoin de compléter leur formation ». Le programme de la licence professionnelle est donc plus étoffé que celui du DU. Il propose des connaissances et des techniques en communication pour définir la politique d’un EAJE ; en management et gestion de projet ; précise la règlementation du secteur de la petite enfance ; forme aux outils de gestion comptables et financiers ; et même en stratégie marketing et de commercialisation… Et « comme la licence professionnelle est un diplôme national, le ministère de l’Enseignement supérieur impose des modules complémentaires : le numérique, une langue vivante, un stage en entreprise, un projet tuteuré… que n’impose pas le DU, plus libre », souligne Stéphanie Gogo.
Elle le constate, depuis quelques années, « le public se tourne davantage vers le DU, dans la mesure ou les professionnels concernés ont déjà un bac+3 par leur formation initiale. Ils n’ont plus besoin de ce grade de licence mais seulement des compétences, explique-t-elle. Mais comme la licence professionnelle a été mutualisée avec une autre licence assez proche (Ndlr : la licence professionnelle management de projet dans le domaine éducatif, social ou socioculturel) elle peut accueillir les stagiaires de la formation continue qui seraient intéressés, même s’il y avait peu de candidatures.
Admission sur dossier de candidature et/ ou entretien avec un membre de l’équipe pédagogique. Inscription possible jusqu’à 15 jours avant le début de la formation, en septembre.
Frais de formation : 5600 € – Formation éligible au CPF
La Licence Professionnelle Gestion des Structures Sanitaires et Sociales parcours Responsable de Structures Enfance Petite Enfance (GSSS RSEPE) – Aix Marseille Université – Aix-en-Provence
« Cette formation a été créée par le monde professionnel : ce sont des directrices elles-mêmes qui, parachutées à des postes de direction et ne l’ont pas très bien vécu, ont créé une formation, se souvient Aurélie Charlemaine, professeure associée et responsable de la Licence Pro GSSS RSEPE. A l’époque un DU, puis devant l’engouement et les besoins croissants il est devenu une licence professionnelle, pour trouver plus de légitimité, un programme plus dense, que les retours d’expérience des étudiants nous permettent d’améliorer ». Très sélective, la formation ne propose qu’une vingtaine de places, accessibles par la formation continue, l’alternance mais également la formation initiale. Elle s’adresse à des profils bac+2 ayant une expérience dans le secteur de l’enfance ou de la petite enfance, mais en priorité aux diplômés EJE, puéricultrice, sage-femme et métiers du secteur sanitaire et social avec un projet professionnel bien défini. La formation attire donc des profils variés, « Nous recevons 400 à 500 dossiers chaque année mais il y a peu de demandes pertinentes », assure Aurélie Charlemaine. « Nos cibles prioritaires sont les puéricultrices et les EJE. Elles n’ont aucune difficulté à trouver du travail, mais quand elles sont happées par le monde professionnel, elles ne sont pas toujours prêtes et suffisamment outillées pour être en direction. Alors elles reviennent faire cette licence après leurs études. On a aussi quelques profils issus de BUT carrières sociales, des éducateurs, qui sont dans d’autres structures petite enfance que la crèche (LAEP, RPE et structures d’accueil des enfants en situation de handicap, accueil collectif de mineurs). Certains choisissent également de suivre cette licence pro au sortir de leur formation initiale : il y a un enjeu économique, quand on n’est pas encore sorti du système scolaire, on bénéficie d’un droit d’entrée quasiment nul ! »
La formation de 10 mois comprend 225 heures de cours magistraux, 225 heures de travaux dirigés, un projet tuteuré et 12 semaines de stage (420 heures minimum) qui donne lieu à un rapport. En formation continue, la situation de travail peut valoir un stage à condition que les missions soient en accord avec les attentes du diplôme. Le stage est alors remplacé par un rapport d’activité. L’équipe pédagogique est composée d’intervenants professionnels et d’enseignants-chercheurs, pour faire évoluer la licence en lien avec le monde professionnel. Aujourd’hui ce diplôme vient répondre à la complexité croissante de la fonction de responsable de structure enfance et petite enfance, en apportant des connaissances et techniques complémentaires nécessaires visant à communiquer avec les familles et partenaires extérieurs ; veiller au bien-être physique et psychologique de l’enfant ; gérer administrativement et financièrement la structure ; manager une équipe et piloter l’environnement institutionnel et juridique d’une structure d’accueil de l’enfant.
Infirmière, Pauline Pernet a suivi cette licence professionnelle à la demande de la PMI, pour pouvoir devenir directrice d’une crèche associative, faute d’une expérience suffisante en petite enfance. « La formation étant assez exigeante, j’ai choisi de me consacrer pleinement à cette année d’étude pour ne pas mettre en difficulté mon équipe que j’aurais délaissée une semaine sur deux », explique-t-elle. De son cursus, elle retire également une plus grande légitimité à occuper ce poste de direction. « La formation est très complète. Peu importe le parcours dont on est issu, il y aura toujours une complémentarité à trouver. La connaissance de l’enfant, la sociologie m’ont apporté une grande ouverture d’esprit. Le module management et gestion financière ont été essentiels. ».
Les étudiants en formation continue peuvent candidater tout au long de l’année en prenant contact avec le secrétariat de la formation. Les étudiants en formation initiale doivent déposer un dossier de candidature dans l’application e-candidat.
Formation éligible au CPF. Frais de formation : 5896 €
Le Certificat d’Aptitude aux fonctions d’encadrement et de responsable d’unité d’intervention sociale (CAFERUIS)
Le CAFERUIS offre une approche plus globale, adressée aux professionnels diplômés et expérimentés de l’intervention sociale et de l’action médico-sociale. En petite enfance, ce sont principalement des profils EJE qui y ont recours. Mais il semble cependant que les professionnels de la petite enfance ne se sentent pas toujours légitimes à prétendre au CAFERUIS, nourrissant un certain complexe..
Ce cursus leur est pourtant accessible en formation continue, en VAE ou en contrat d’apprentissage, auprès des centres de formation ou écoles agréées. La formation théorique de 400 heures – complétée par un stage pratique de 210 à 420 heures – est exigeante, organisée autour de quatre blocs de compétences – la conception et conduite de projets ; l’expertise technique ; le management d’équipe ; la gestion administrative et budgétaire, avec une competence transversale de communication – que le stagiaire de la formation continue peut suivre sur une durée d’un à deux ans selon les centres de formation. Selon Clémence Dumont, responsable pédagogique CAFERUIS au CRFPE (Lille), opter pour le CAFERUIS permet d’élargir son horizon, d’avoir une vision plus transversale des métiers et ouvre à d’autres perspectives d’évolution.
Depuis la dernière réforme de 2022, le système permet une grande souplesse dans l’accessibilité à la formation notamment pour les candidats déjà en poste. Chacun peut effectuer sa formation à son rythme par blocs de compétences voire même de combiner formation en présentiel et VAE pour mieux concilier activité professionnelle et formation.
EJE de formation, Clémence Dumont a obtenu son CAFERUIS par voie de VAE. Elle témoigne : « Responsable d’une crèche parentale, j’ai acquis ces compétences spécifiques en gestion et management sur le terrain et par des formations courtes chaque année. Mais il y avait un manque, j’avais besoin de me rassurer. Passer le CAFERUIS en VAE en étant bien accompagnée m’a permis de transposer mes compétences. Cependant, venir en formation en présentiel est d’une grande richesse dans les échanges et les rencontres ».
Celia Wetterhold EJE et directrice de crèche expérimentée chez Les Petits Chaperons Rouges, a choisi de s’engager dans la formation au CAFERUIS pour renforcer ses compétences managériales. « Mon parcours d’EJE m’avait permis d’acquérir une solide expertise dans le domaine de la petite enfance, mais je ressentais un réel besoin de structurer ma posture de cadre, notamment en management d’équipe et en pilotage de structure. Plus qu’un DU ou qu’une licence professionnelle, le CAFERUIS s’inscrit pleinement dans le champ du médico-social et propose une approche globale du métier de cadre.
Parmi les apports majeurs de la formation, je retiens particulièrement la maîtrise du cadre réglementaire, ainsi que la prise de conscience de l’importance d’une démarche qualité. Cette formation demande un investissement important, d’autant plus qu’elle est suivie en parallèle d’une activité professionnelle. Les travaux écrits, les dossiers à produire et les épreuves nécessitent une organisation rigoureuse et une réelle implication. Un engagement largement récompensé par la montée en compétences qu’elle permet ».
Formation éligible au CPF
Laurence Yème
PUBLIÉ LE 19 mars 2026