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Rencontre avec une « PMI qui dit oui »

Lors d’échanges suivant une table ronde sur le SPPE où les PMI avaient été mises sur la sellette, Nathalie Beaugeard, infirmière -puéricultrice, chef du service agrément de la PMI de Charente-Maritime avait pris la parole et commencé par ces mots : « Moi, je suis une PMI qui dit oui ». Une affirmation, sonnant comme un manifeste qui nous a incité à prendre contact avec elle pour comprendre ce qu’est une PMI qui dit oui !

Nathalie Beaugeard, travaille en PMI depuis 26 ans. Aujourd’hui, elle est chef du service agrément de la PMI de Charente-Maritime. Son équipe, rattachée à la PMI-Modes d’accueil, comprend son adjointe, douze chargées d’agrément et cinq administratives. « C’est un service dévolu et expert. Sous la responsabilité du médecin départemental de la PMI, nous animons aussi toutes les formations d’assistantes maternelles, car le département a fait le choix de ne pas faire appel à un opérateur extérieur ». Une belle équipe dédiée aux 3000 assistantes maternelles du département, un département mi-urbain mi-rural.

Dire oui, c’est un avant tout un état d’esprit

D’emblée Nathalie Beaugeard prévient : « Nous ne disons pas oui à tout bien sûr ! Je dis non parfois notamment quand cela ne colle pas avec la réglementation. Mais être une PMI qui dit oui, c’est avant tout un état d’esprit, une posture. Je considère que nous sommes là pour régler les problèmes, aider à trouver des solutions même si tout ne rentre pas exactement dans les cases ! Il faut être créatif, dans l’écoute et la concertation ».
Concertation voilà le maître-mot du service de Nathalie Beaugeard. L’idée : se mettre à plusieurs pour dénouer les situations. « La réforme Norma (NDLR : Réforme des services aux familles) a été un vrai séisme pour nombre de PMI. Norma a ouvert des possibles. Par exemple, désormais dans un agrément, il ne doit pas y avoir de restriction d’âge, ni, même si c’est un premier agrément, de restriction de nombre d’enfants (NDLR : sauf conditions matérielles particulières). Un agrément de quatre enfants doit être possible même pour une assistante maternelle débutante. Mine de rien, cela a bouleversé les pratiques et il a fallu accompagner les équipes. J’ai initié une méthode fondée sur la concertation afin que les décisions ne tombent pas comme un couperet bien que l’agrément soit une mission régalienne. Pour reprendre cette idée qu’il n’y a plus de notion d’âge. Il est facile de décider après discussion avec l’assistante maternelle, qu’elle accueillera au moins un enfant marcheur puisqu’elle habite au troisième étage sans ascenseur… ».
Autre exemple : les dérogations. « Certains départements refusent d’appliquer les dérogations prévues par la loi. Ce n’est pas le cas chez nous. Mais il est vrai que cela demande du travail, de la communication, une ouverture d’esprit… », reconnait-elle.

Priorité à un accompagnement de proximité

Pour une PMI, la difficulté, c’est toujours de jongler entre ce que Nathalie Beaugeard appelle sa fonction régalienne – les garanties de l’agrément et le contrôle – et ses missions d’accompagnement. « Nous, dit-elle, c’est clair, nous plaçons en premier l’accompagnement, le conseil et l’orientation quand il y en a besoin. Toutes les assistantes maternelles ont le numéro du téléphone mobile de leur chargée d’agrément. Nous privilégions les contacts de proximité et quand nous prenons des décisions, nous les justifions en droit en fait. Encore une fois, c’est une posture. »
Elle poursuit : « Chez nous, il y a au moins une visite au domicile tous les deux ans, des échanges de mails et des coups de téléphone autant que nécessaire. Les chargées d’agrément connaissent les assistantes maternelles. On a d’ailleurs un référentiel de suivi assez exigeant qui précise tous ces points, indique-t-elle. Nous travaillons aussi étroitement avec le RPE et les chargées d’agrément s’y rendent régulièrement pour y rencontrer les assistantes maternelles et les enfants ».

Nathalie Beaugeard, soutenue par sa hiérarchie, a décidé, en tant que manager, d’interpréter NORMA avec une nouvelle philosophie. Pendant cinq ans, elle a accompagné les équipes et rencontré pas mal de résistance… Cela faisait peur. « Mais, analyse-t-elle, j’ai souhaité ne pas tomber dans ce piège qui consiste à penser que les assistantes maternelles essaient de nous cacher des choses. Nombre de PMI sont encore dans cet état d’esprit parce qu’il est vrai que quand on fait une visite à domicile, on est dans le récit. Il y a un biais. On ne voit pas l’assistante maternelle en action, elles nous racontent ce qu’elles veulent de leur travail. Moi, je considère qu’il faut être dans le lâcher prise, ne pas être perpétuellement sur la défensive et le doute, et être dans un accueil inconditionnel de ce qu’elles disent ».

Associer les assistantes maternelles et surtout ne pas les infantiliser

Les assistantes maternelles disent de Nathalie Beaugeard, qu’elle est « cadrante et humaine », ce qui reflète assez bien sa posture. Pour elle, le cadre donne de la sécurité. Mais le cadre ne signifie pas rigidité et ne doit jamais aboutir à une répression aveugle ou un jugement à l’emporte-pièce. Le cadre est nécessaire, mais il doit s’accompagner de créativité. Des exemples ? « Dans notre département, dans les jardins, il y a beaucoup d’agaves et de lauriers, des plantes toxiques. Je ne les fais pas arracher, mais je propose des solutions pour limiter les risques. Je n’interdis ni les poules, ni les pigeons. Mais évidemment quand il y a eu une alerte de grippe aviaire, j’ai demandé que les pigeons soient déplacés. Cela a été parfaitement compris. Et d’ailleurs depuis les pigeons sont revenus ».

Dialoguer avec les assistantes maternelles, au lieu de leur imposer et de les infantiliser, c’est la ligne tenue par ce service de PMI. Et ça marche ! Nathalie Beaugeard raconte : « Pour les nouveaux agréments et les renouvellements, nous avons mis en place une évaluation des risques d’accidents domestiques chez les assistantes maternelles et dans les MAM. C’est une grille d’évaluation du logement qui mesure le risque, que nous donnons à l’assistante maternelle pour qu’elle la remplisse. C’est donc une auto-évaluation. On lui fait confiance et on lui permet de prendre elle-même conscience des risques éventuels. Bien sûr, lors de la visite du logement, nous vérifions aussi ». Il a aussi été décidé qu’en dehors de toute procédure d’agrément ou de renouvellement d’agrément, cette grille d’évaluation sera transmise aux assistantes maternelles en activité. Comme une petite piqure de rappel en quelque sorte. Et Nathalie Beaugeard résume ainsi sa position : « J’applique la loi et le droit français avec l’idée que les assistantes maternelles sont responsables ». Cette nouvelle philosophie du travail auprès des assistantes maternelles implique que la PMI accepte de prendre des risques, qu’elle ne soit pas dans la maitrise totale et absolue.

Entretiens de recadrage et contentieux

Ce changement de posture initié par Nathalie Beaugeard, suite à Norma porte-t-il ses fruits ? Qu’est-ce qui a changé véritablement pour l’équipe de PMI et pour les assistantes maternelles ? Pour la chef du service agrément, premier point : il y a beaucoup moins de contentieux et de précontentieux qu’auparavant. Deuxième point : « Nous avons instauré un véritable droit à la défense pour les assistantes maternelles quand il y a des réclamations de parents, des enquêtes administratives ou des suspections diverses et variées. Nous refusons de les juger coupables a priori, d’être dans l’action /réaction. Tout en restant vigilants bien-entendu. »

Les contentieux bien sûr, il y a en a encore… notamment autour des fins de contrats où les parents rusent, cherchent parfois la moindre petite anicroche, pour ne pas payer ou payer moins. Et puis, il y a des petites vengeances de Clochemerle aussi.

D’autres cas plus délicats enfin. « Récemment, explique Nathalie Beaugeard, un médecin a fait un signalement Crip pour un enfant accueilli chez une assistante maternelle, avec un bras cassé. Nous n’avons pas de plainte des parents. Mais suite à ce signalement, nous devons faire une enquête administrative. Dans ce cadre, nous appliquons le droit français, nous écoutons les deux récits celui de l’assistante maternelle et celui du médecin. Nous allons essayer de retracer les circonstances de l’accident. Nous alerterons l’assistance maternelle sur le risque que cette enquête peut faire peser sur son agrément, mais nous lui donnerons un droit à la défense. Nous ne voulons pas du règne de la peur » […] « Nous ne sommes pas dans l’action /réaction qui entraine tant de casse humaine ! Nous protégeons avant tous les enfants, mais nous sommes dans la pondération ».

Ce qui implique parfois la nécessité d’avoir recours à ce que Nathalie Bergeaud appelle des entretiens de recadrage. Des entretiens qui ne débouchent pas sur des sanctions (parfois sur des avertissements cependant) mais qui permettent de faire le point et de réfléchir sur certaines pratiques. Avec toujours l’idée d’essayer de trouver des solutions pour redresser le cap ensemble. Ce fut le cas par exemple après le COVID quand certains parents s’étaient plaints que l’assistante maternelle les recevait toujours sur le pas de la porte… Nathalie Beaugeard a eu un entretien avec la professionnelle, elle n’a rien imposé, mais lui a juste demandé de réfléchir… Et ça a suffi à ce que, d’elle-même, elle modifie son accueil des parents.

Soutenir la PMI : un choix fort du département

Marie-Christine Bureau, Conseillère départementale en charge de la petite enfance, de la prévention et de la protection de l’enfance au Département de la Charente-Maritime souligne : « La PMI en Charente-Maritime, c’est un axe fort de la politique familiale et de protection de l’enfance du Département. Avec, entre autres, un bilan de santé réalisé dès l’école maternelle pour tous les écoliers charentais-maritimes et 11 000 places d’accueil chez les 3 100 assistantes maternelles agréées par nos services. Une offre essentielle pour le bien-être des familles et des enfants. »

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Catherine Lelièvre

PUBLIÉ LE 13 mai 2026

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2 réponses à “Rencontre avec une « PMI qui dit oui »”

  1. JULIE PASQUIET dit :

    Bonjour, comment l’équipe s’organise t elle entre l’agrément et la formation car la loi indique que l’un et l’autre ne doivent l’oasis être fait par les mêmes personnes ? Merci!

  2. JULIE PASQUIET dit :

    Ne doivent pas

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