Sommeil des tout-petits : se coucher tôt fait-il grandir ?
Coucher un jeune enfant plus tôt boosterait-il sa croissance ? Une vaste étude japonaise menée auprès de plus de 49 000 enfants montre une association entre un coucher avant 22 heures à l’âge de 18 mois et une croissance staturale légèrement supérieure jusqu’à 3 ans.
La croissance des jeunes enfants pourrait-elle être liée à leurs habitudes de sommeil ? Des chercheurs japonais se sont intéressés à la durée du sommeil, à l’heure du coucher et aux réveils nocturnes de jeunes enfants ainsi qu’à leur lien avec la croissance. Leur étude, publiée le 24 septembre 2026 dans Frontiers in Public Health, s’appuie sur une vaste cohorte nationale.
Plus de 49 000 enfants suivis pendant leurs trois premières années
L’analyse a porté sur 49 208 enfants. À 18 mois, les parents ont renseigné les périodes pendant lesquelles leur enfant avait dormi au cours des 24 heures précédentes (de minuit à minuit le lendemain), en indiquant si l’enfant était endormi ou éveillé à chaque intervalle de 30 minutes. Les chercheurs ont étudié trois caractéristiques : la durée du sommeil nocturne- défini comme le sommeil survenant entre 20h00 et 7h59 le lendemain- , l’heure du coucher et le nombre de réveils. Les enfants ont été répartis entre ceux couchés entre 20 h et 21 h 59 et ceux couchés à partir de 22 h. À 18 mois, 81,2 % étaient dans le premier groupe et 18,8 % dans le second. Leur taille a ensuite été mesurée à 18 mois, 2 ans, 2 ans et demi et 3 ans.
Une croissance légèrement plus importante avant 22 heures
Après avoir notamment pris en compte la taille des parents, le sexe de l’enfant et plusieurs caractéristiques socio-économiques de la famille, les chercheurs observent une croissance légèrement plus importante entre 18 mois et 3 ans chez les enfants couchés avant 22 heures. Le gain reste toutefois très faible : sur ces 18 mois, ces enfants ont grandi en moyenne d’environ 0,13 cm de plus que ceux couchés à partir de 22 heures. À 18 mois, ils étaient pourtant légèrement plus petits en moyenne. À 3 ans, cette différence de taille entre les deux groupes n’était plus statistiquement significative.
Les auteurs appellent donc à la prudence. Une partie de l’évolution observée pourrait notamment s’expliquer par un phénomène statistique de retour vers la moyenne. Surtout, cette étude observationnelle montre une association et ne permet pas d’affirmer que coucher un enfant plus tôt le fait davantage grandir.
La durée du sommeil donne des résultats moins nets
L’étude apporte un autre résultat intéressant. Les chercheurs n’observent pas de différence significative de croissance entre les enfants dormant au moins 10 heures la nuit et ceux dormant moins de 10 heures lorsque la durée du sommeil est étudiée par catégories. Les résultats varient cependant selon la manière dont la durée du sommeil est analysée. Lorsqu’elle est considérée heure par heure, une durée nocturne plus longue est associée à une croissance légèrement supérieure en centimètres. Les auteurs restent donc prudents sur le rôle de la durée du sommeil. Le nombre de réveils nocturnes ne joue pas non plus
L’horloge biologique pourrait-elle jouer un rôle ?
Pour expliquer l’association avec l’heure du coucher, les chercheurs évoquent notamment le rythme de sécrétion de l’hormone de croissance, dont un pic important survient généralement peu après l’endormissement et pendant le sommeil profond. Un coucher plus précoce pourrait également être mieux synchronisé avec le rythme biologique de l’enfant. Des hypothèses non prises en compte dans l’étude car ni l’hormone de croissance, ni la mélatonine, ni les différents stades du sommeil n’ont été mesurés.
En France, les recommandations ne fixent pas d’heure précise de coucher pour les tout-petits. Elles insistent plutôt sur des horaires réguliers, le respect des besoins de sommeil de chaque enfant et la mise en place d’un rituel calme au moment du coucher. Pour les pros de la petite enfance, ces résultats apportent un éclairage supplémentaire sur le sommeil des tout-petits. Au-delà du nombre d’heures de sommeil, l’horaire pourrait lui aussi être associé à certains aspects du développement.
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 27 septembre 2026