Petite enfance : pour persévérer, mieux vaut essayer autrement
Une boîte qui refuse de s’ouvrir, un jouet impossible à attraper… C’est la situation dans laquelle des chercheurs ont placé de jeunes enfants. Généralement, face à une difficulté, le tout-petit essaie, recommence puis finit parfois par abandonner en pleurs. Comment l’aider à persévérer ? Cette étude publiée le 2 septembre 2026 dans Child Development suggère que varier les solutions pourrait aider davantage à persévérer que refaire toujours le même geste.
Des chercheurs de l’Université de Toronto se sont intéressés à la manière dont les tout-petits réagissent lorsqu’ils sont confrontés à un problème qu’ils ne parviennent pas à résoudre.
Une expérience en deux temps
Dans une première étude, ils ont ré analysé les données de 71 enfants américains âgés de 18 mois confrontés à une tâche impossible. Les enfants qui essayaient spontanément plusieurs stratégies différentes avaient tendance à davantage persévérer. Les chercheurs ont ensuite voulu savoir si le fait d’encourager cette exploration pouvait réellement modifier le comportement. Ils ont recruté dans une seconde étude 60 enfants canadiens âgés de 18 à 24 mois et les ont répartis au hasard en deux groupes. Dans le premier groupe, les enfants étaient incités à explorer différentes possibilités. Ils observaient également un adulte essayer plusieurs solutions pour résoudre un problème. Dans le second groupe, les enfants et l’adulte répétaient la même stratégie. Tous étaient ensuite confrontés à une boîte contenant un jouet. Boîte qu’il était en réalité impossible d’ouvrir.
Qu’a montré l’étude ?
Les différences entre les deux groupes sont bien visibles. Les enfants encouragés à explorer ont passé davantage de temps à essayer d’ouvrir la boîte que ceux qui avaient été incités à répéter la même stratégie. Ils ont surtout utilisé davantage de méthodes. Selon les analyses des chercheurs, c’est cette diversité des tentatives qui explique un temps plus long passé à essayer de résoudre le problème. Il ne s’agissait pas simplement de multiplier les gestes rapidement.
Les enfants du groupe « exploration » consacraient également davantage de temps à chacune de leurs tentatives. Ils manifestaient aussi davantage d’expressions positives quand ils cherchaient la solution. Enfin, face à une tâche qu’ils pouvaient cette fois réussir, les enfants qui avaient testé le plus de stratégies auparavant parvenaient plus souvent à récupérer seuls le jouet.
Pourquoi ?
Les auteurs avancent plusieurs hypothèses. Lorsqu’un enfant répète plusieurs fois la même manipulation sans réussir, chaque nouvelle tentative lui confirme que cette façon de faire ne marche pas. À l’inverse, un changement de méthode ouvre une nouvelle possibilité de réussir. Explorer permettrait aussi à l’enfant d’agir davantage par lui-même et pourrait ainsi l’inciter à poursuivre ses tentatives. Ces mécanismes n’ont toutefois pas été directement mesurés et devront être confirmés par d’autres études.
Et du côté des pros ?
Ces résultats invitent surtout les professionnels de la petite enfance à regarder autrement la persévérance des tout-petits. Persévérer ne signifie pas nécessairement répéter le même geste jusqu’à réussir. À cet âge, changer de stratégie et explorer différentes possibilités pourrait aussi aider l’enfant à ne pas abandonner face à une difficulté. Dans les situations du quotidien, cela peut conduire à laisser un peu de temps à l’enfant pour chercher sa propre solution avant d’intervenir. L’adulte peut également montrer qu’il existe plusieurs manières de s’y prendre lorsqu’une première tentative échoue. Les auteurs soulignent d’ailleurs que, dans leur expérience, les enfants ne pouvaient pas simplement reproduire les gestes de l’expérimentateur : face à la nouvelle boîte, ils devaient trouver eux-mêmes leurs stratégies.
Des résultats à nuancer
Il faut toutefois rester prudent : l’expérience s’est déroulée en laboratoire, sur de courtes durées, avec des familles nord-américaines, souvent très diplômées. Cela ne constitue pas une méthode toute clé en main mais cela va dans le sens de ce que beaucoup de professionnels observent déjà : un enfant à qui l’on permet d’explorer garde plus longtemps l’envie d’essayer.
Source : https://academic.oup.com/chidev/advance-article/doi/10.1093/chidev/aacag166/8779953
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 30 septembre 2026