1. Être libre de circuler et de bouger car c’est comme ça que mon cerveau apprend.
Donner la possibilité à l’enfant de se déplacer autant qu’il le veut, quand il le veut, comme il le veut, sans restriction. Laisser l’enfant se mouvoir librement, sans intervention direct de l’adulte et à son rythme lui permettre de découvrir avec son corps, ses possibilités d’action, mais aussi ses limites. La liberté de mouvement c’est voir au-delà des muscles, et penser au câblage cérébral. Explications et applications par Marie Defrance, EJE.
Ce que nous dit la science
Le moteur ne concerne pas que la capacité et les aptitudes à se mouvoir, mais également la qualité de développement du cerveau. Le mouvement est la base de notre vie ; le moteur est la base de l’apprentissage. C’est l’expérimentation motrice qui permet de câbler le cerveau de l’enfant. Ces expériences actives des zones neuronales ; chaque mouvement entraîne une planification et une réorganisation cérébrale.
La perception chez l’enfant va déclencher l’action. La motricité libre va permettre d’apporter une réponse à ce besoin.
L’enfant, pour comprendre son environnement, a besoin de le découvrir par des expériences corporelles qui doivent être dénuées de consignes et d’interdits pour qu’il puisse traiter les informations sensoriellement.
Permettre à l’enfant d’exercer sa motricité tout au long de la journée, quand il en ressent le besoin et pas seulement lorsque l’adulte le décide ou met en place une activité motrice est nécessaire pour que l’enfant se développe dans de bonnes conditions.
C’est par son corps que l’enfant va découvrir et interagir avec son environnement. Ses déplacements, son énergie sont nécessaires à cet apprentissage.
Un enfant a besoin d’être libre de ses mouvements pour se développer, il a besoin d’éprouver ses capacités et expérimenter de nouvelles sensations, d’acquérir une plus grande aisance corporelle et une plus grande confiance en lui !
Les applications concrètes
Tous les espaces sont des espaces moteurs pour l’enfant, il ne peut faire aucune différence entre un temps de motricité et un autre temps, sa motricité ne s’arrête pas ! Il doit pouvoir circuler car son cerveau apprend par le moteur, il ne faut donc pas restreindre ses possibilités motrices.
L’objectif de la crèche n’est pas d’avoir la maitrise de cette énergie motrice, ni de demander aux enfants de se calmer, de s’asseoir, de rester assis.
Il est nécessaire de permettre aux enfants de courir et notamment pour les plus petits car ils maintiennent leur équilibre par la vitesse. Ne pas dire à un enfant «arrête de courir, tu vas tomber» alors qu’il en a besoin
Il est nécessaire de permettre à l’enfant de se mettre debout lorsqu’il est assis trop longtemps car le maintien de son dos et le contrôle de sa tonicité ne lui sont pas possibles
À tout moment de la journée, tout le matériel doit être à disposition de l’enfant pour qu’il puisse explorer et expérimenter à sa guise.
Il est important de ne pas donner de consignes d’utilisation, si vous trouvez que l’utilisation du matériel devient insécure pour l’enfant et/ou ses pairs, conserver l’action et proposer un autre matériel
L’enfant doit pouvoir détourner les jeux, combiner différents types de jeux, déplacer les jeux dans l’espace.
Les zones de jeux ne doivent pas être collées au mur car les enfants ont besoin de circuler tout autour et ne doivent pas tourner le dos à l’adulte pour jouer. Ils ne doivent pas perdre l’adulte de vue pour favoriser sa sécurité
Il est important pour l’enfant de favoriser ses expériences par un engagement actif, c’est-à-dire faciliter le maintien de son attention par de bonnes conditions d’exploration.
Questionner les pratiques professionnelles
• Un enfant installé dans un transat
L’enfant, pour développer sa motricité, doit développer sa latéralité ; c’est à dire les mouvements de côté. Ses mouvements sont nécessaires pour apprendre à se retourner, s’asseoir et pouvoir, par la suite, faire du quatre pattes. Installé dans un transat, l’enfant ne peut réaliser que des mouvements de haut en bas. Cette position n’accompagne pas favorablement le développement de sa motricité.
• Un enfant à qui l’on interdit de grimper le toboggan à l’envers
La motricité et la vision sont étroitement liées. L’enfant est dans un système de pensée automatique. Son cerveau n’est pas encore prêt pour un système de pensée réfléchie et logicomathématique : il voit la pente du toboggan et il y va ! C’est ce mécanisme qui va nourrir sa curiosité.
Il ne peut pas faire appel au système d’inhibition car son lobe frontal est immature, il ne peut donc pas contrôler ses actions : il ne peut pas réfreiner ou contrôler son envie/besoin de grimper la pente.
• Un enfant qui n’a pas accès aux jeux car les jeux sont en hauteur
Avoir un libre accès aux jeux c’est être en capacité de se servir seul sans demander à l’adulte et ne pas patienter pour y avoir accès, cela répond au besoin de l’enfant de pouvoir agir pour comprendre, de s’exercer, de répéter les expériences
• Un enfant à qui on impose de s’asseoir pour lire une histoire
C’est en acceptant que le livre soit utilisé par l’enfant comme un jeu. L’enfant doit pouvoir l’ouvrir, le regarder à l’envers, le déplacer dans un autre espace, l’utiliser en le détournant pour en faire autre chose.
Marie Defrance
PUBLIÉ LE 27 mars 2023
MIS À JOUR LE 09 juin 2023


