L’appel à l’aide du secteur associatif de la petite enfance
Quatre grands acteurs du secteur associatif, l’ADMR, la Croix-Rouge française, la Fehap et la Fnappe, viennent de rédiger un « Manifeste pour la sauvegarde des crèches associatives ». Dans cette déclaration envoyée en premier lieu aux institutionnels, ils dressent un constat alarmant de la situation des crèches associatives et énoncent une série de propositions pour les préserver et pérenniser.
Le secteur associatif, un acteur phare de l’accueil du jeune enfant
« Quand le gouvernement s’attelle à penser un service public de la petite enfance accessible à tous en créant 200 000 places supplémentaires bénéfique pour l’ensemble des familles, et où il rappelle que chaque acteur qu’il soit public, privé lucratif ou associatif a toute sa place, a-t-il seulement conscience que le secteur associatif de la petite enfance est appelé à disparaître prochainement ? », commence ainsi le manifeste de l’ADMR, la Croix-Rouge française, la Fehap et la Fnappe, laissant clairement entendre que le gouvernement ne semble pas prendre la mesure des choses. L’heure est donc grave, selon les fédérations et organisations associatives, qui ont à plusieurs reprises déjà tiré la sonnette d’alarme. Une situation d’autant plus préoccupante que les solutions d’accueil formel sont aujourd’hui insuffisantes (« un enfant sur cinq est gardé par ses parents, faute pour ces derniers d’avoir trouvé un mode d’accueil formel », est-il souligné dans la synthèse du rapport « Accueil des enfants de moins de 3 ans : relancer la dynamique » du Pacte des solidarités du HCFEA dévoilé en mars dernier. Cf Lettre Hebdo n°85), et que le nombre de places offertes diminue depuis 2017, dixit le même rapport. Or, les crèches associatives représentent une part non négligeable des places offertes aux parents dans les modes d’accueil collectif (plus de 22,8 %), rendant leur disparition inenvisageable. De plus, les auteurs du manifeste mettent en avant les vertus des structures associatives : « Les crèches garantissent une qualité de l’accueil à travers les différentes valeurs portées au sein de leur projet associatif au bénéfice des enfants et des familles : solidarité, primauté de la personne, inclusion, vivre ensemble, mixité, diversité, accompagnement des familles. Les crèches associatives, ce sont aussi des bénévoles et des professionnels engagés qui prennent en compte les besoins des enfants et la parole des parents pour favoriser leur bien-être et leur épanouissement. »
Une situation financière « intenable et insoutenable »
Si les crèches associatives sont en danger, c’est en grande partie du fait de difficultés financières, lesquelles résultent, selon les signataires du manifeste, d’une part du système de la PSU, qui « met en péril tout le secteur associatif », d’autre part du « cofinancement des communes qui ne suit pas ». « Aujourd’hui, les crèches associatives sont en déficit structurel permanent, ce qui menace à très court terme leur existence », affirment-ils. Et donnent pour exemple : « à Paris, 75 % des gestionnaires associatifs de plus de 100 berceaux et 65 % des gestionnaires associatifs de moins de 100 berceaux sont déficitaires en 2021 ». Les fédérations et organisations associatives précisent aussi, qu’au regard de l’inflation, les augmentations de la PSU n’ont pas été assez élevées, sans compter que du côté des communes, les revalorisations des subventions allouées au secteur associatif sont quasiment inexistantes. Les crèches associatives se retrouvent donc dans une situation financière « intenable et insoutenable ».
Et la pénurie de professionnels de la petite enfance qui n’arrange rien…
Outre les problématiques financières, le manque de professionnels impacte fortement le fonctionnement des structures associatives qui doivent parfois réduire leurs horaires voire fermer des places d’accueil. « Tout comme le secteur social et médico-social, la petite enfance est confrontée à un manque d’attractivité », soulignent les auteurs du manifeste et listent : « de nombreux postes vacants avec des difficultés à recruter des professionnels formés et qualifiés (peu ou pas de candidatures aux offres publiées) ; un recours de plus en plus important à l’intérim s’accompagnant d’un coût financier conséquent ; peu de candidats dans les organismes de formation. » Selon eux, tout ceci s’est amplifié en raison du « manque de reconnaissance des professionnels de la petite enfance, qui n’ont pas encore bénéficié de revalorisations salariales comme les autres secteurs des métiers de l’humain, et dont l’État renvoie à un dialogue en interbranche sans donner aucune visibilité sur les financements alloués dans le cadre de la future Convention d’Objectif et de Gestion entre l’État et la Cnaf. »
Les préconisations des auteurs du manifeste
Après les constats, l’ADMR, la Croix-Rouge française, la Fehap et la Fnappe émettent un certain nombre de propositions visant à sauvegarder le secteur associatif.
Au niveau financier :
- À court terme, sécuriser les financements en revalorisant a minima la PSU à hauteur de 12 % et les subventions des collectivités territoriales (sans prise en compte des revalorisations salariales promises par le Gouvernement)
- À moyen terme, sortir du système de la PSU en créant un financement global avec des clauses de régulation liées à l’activité effectivement réalisée, et ce pour assurer leur pérennité dans les années à venir.
- Renforcer les moyens financiers des fonds d’urgence des Caf pour accompagner celles les plus en difficultés.
Au niveau des ressources humaines :
- Revaloriser les salaires en évitant toute concurrence entre les secteurs public et privé solidaire, et en donnant de la lisibilité quant à l’engagement financier de l’État aux organisations en charge de négocier les accords au niveau de chaque branche.
- Valoriser les métiers petite enfance, et identifier les impacts de la campagne de valorisation des métiers de 2023 pour définir un plan d’action pluriannuel d’attractivité des métiers.
- Créer des parcours d’évolution professionnelle pour chaque professionnel au sein des crèches.
Et les autres associatifs ?
L’Acepp pour sa part n’a pas souhaité prendre part au manifeste. Selon Philippe Dupuy, son directeur général, le réseau ne se retrouvait en effet pas dans certains éléments du projet qui lui avait été présenté (ndlr : il n’a pas eu connaissance du manifeste final). « En 2021, nous n’avions pas autant d’associations en péril que ce qui est annoncé. Le tableau dressé est donc trop noir par rapport à ce que de notre côté nous pouvons justifier », explique Philippe Dupuy. Et précise toutefois : « En 2022, c’est vrai que nos chiffres sont plus inquiétants. » Par ailleurs, dans le pré-projet, Philippe Dupuy regrettait que « l’accent ne soit pas assez mis sur le désengagement des municipalités ». Il estime pour sa part que les communes doivent arrêter de réduire les budgets lorsque la Cnaf les augmente (revalorisation de la PSU…) et que cela doit être clairement énoncé. Il cite d’ailleurs à ce sujet et à titre d’exemple, le cas de communes qui avaient déduit les aides Covid perçues des subventions octroyées.
Cet article a été publié pour la première fois dans la Lettre Hebdo n°89-90 du 17 avril 2023
Télécharger ci-dessous le manifeste
Caroline Feufeu
PUBLIÉ LE 21 avril 2023
creches_associatives_manifeste_pour_la_sauvegarde_des_creches_associatives_2.pdf