Il se frappe, il se mord… que faire face à un enfant agressif envers lui-même ?
Certains enfants peuvent se faire mal de façon volontaire en se cognant la tête ou en se mordant. Ce comportement peut être inquiétant pour les professionnels de la petite enfance qui les accueillent. Comment réagir ? Éclairage avec la psychologue Héloïse Junier.
Les morsures entre enfants font partie des sujets n°1 des réunions d’équipes, car en effet elles sont particulièrement récurrentes dans le milieu collectif entre 6 mois et 2 ans. Quand un enfant mord, il cherche le plus souvent à communiquer avec l’autre ou à se décharger d’une émotion trop forte. « Cette impulsivité motrice peut être liée à une montée de stress ou à une émotion de colère, explique Héloïse Junier, psychologue. Celle-ci entraîne des gestes extraordinaires envers les autres, envers l’environnement ou encore envers lui-même.»
L’auto-agressivité, c’est quoi ?
Dans certains cas, un enfant peut en effet se frapper quand il est frustré. Ce comportement, même s’il est plus fréquent à la maison – les enfants y sont toujours beaucoup plus en colère – peut survenir également en collectivité. Il s’agit alors d’auto-agressivité, le tout-petit se frappe, se mord parfois jusqu’au sang. « J’ai vu des enfants en crèche qui se tapaient violemment la tête contre le sol, ils avaient des bleus sur le front. C’est impressionnant vu de l’extérieur », observe Héloïse Junier. Certains s’attaquent directement à leur propre corps quand ils sont en colère et d’autres vont le faire après avoir détruit leur environnement.
Comment expliquer un tel comportement ?
Il faut savoir que certains enfants naissent avec un tempérament plus réactif au stress que la moyenne. Dans ce cas, « ils auront tendance à faire des colères très fortes et plus fréquentes qui s’expriment en hétéro-agressivité ou en auto-agressivité, mais on ne sait pas ce qui implique l’un ou l’autre. », précise la psychologue. Une chose est sûre, cet acte semble leur procurer une forme de bien-être. « L’hypothèse est que l’émotion ressentie est tellement forte que se faire du mal à soi serait plus soulageant que de vivre cette émotion sans mouvements impulsifs associés ».
Comment aider un enfant qui se tape ?
La priorité dans ce type de situation est que l’enfant sorte de sa colère sans s’être blessé. Dans la mesure du possible, il est préférable de s’isoler dans un coin tranquille avec lui. Quand il y a de l’auto-agressivité, « pour éviter que l’enfant ne se blesse, vous n’avez pas d’autre choix que de le contenir fermement et en empathie dans vos bras, même s’il résiste, prévient la psychologue. L’objectif n’est absolument pas de le punir mais de le protéger contre lui-même ». Il est vrai que c’est plus simple pour les petits qui sont encore maîtrisables physiquement.
Vous tenez les bras du petit enfant avec votre main droite puis vous bloquez ses jambes avec votre bras gauche et ensuite vous maintenez un regard avec lui. « Ainsi vous observez comment son comportement évolue, et dès que vous sentez qu’il revient dans la relation, vous lui parlez de façon bienveillante pour comprendre ce qui s’est passé. Vous pouvez également lui proposer un câlin, selon ses besoins »
Dans tous les cas, le plus important évidemment est de garder son calme. Héloïse Junier conseille : « Quand une colère arrive, je conseille au professionnel de réfléchir à un mantra, une phrase qui lui fait du bien et qu’il peut se répéter dans la tête, comme par exemple : « Il ne fait pas exprès”, “ça va passer”, « il n’a que 2 ans », « ce n’est pas contre moi », « cette colère est plus difficile à vivre pour lui que pour moi », afin de garder un comportement rationnel face à l’émotion de l’enfant.»
Héloïse Junier est l’autrice de nombreux livres, dont « Les émotions de l’enfant, 7 jours pour mieux les comprendre », (Les Arènes).
PUBLIÉ LE 15 décembre 2024
MIS À JOUR LE 16 décembre 2024