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Tribune Libre

Référentiel national : la mise au point du comité de pilotage et du comité scientifique

En juillet 2025, la France s’est dotée pour la première fois d’un référentiel de pratiques pour l’accueil des bébés et des enfants de moins de 3 ans chez les assistants maternels, au domicile de leurs parents et dans les crèches. Comment accompagner les pleurs du jeune enfant, sécuriser son sommeil, favoriser le développement du langage, réagir à ses émotions, réguler l’usage de la tétine…

Sur l’ensemble de ces questions, le référentiel définit les attendus qui doivent composer le socle commun à partir desquels travaillent les professionnels de l’accueil. Fruit du travail de plus de 200 personnes, chercheurs, professionnels de terrain, institutionnels, puis affiné dans un processus itératif auprès de plus de 2 000 professionnels et acteurs de la petite enfance, il s’appuie sur un ensemble de connaissances scientifiques actuelles sur le jeune enfant (psychologie du développement, théorie de l’attachement, sciences du comportement, neurosciences…), et se situe au croisement de la recherche et de la pratique concrète du quotidien de l’accueil.

Dans une tribune publiée le 20 août dans le Point, un collectif d’auteurs a accusé ce texte de promouvoir une « idéologie positive dévoyée » et de défaire l’autorité éducative en refusant de recourir à la sanction, à la punition et à l’isolement dans l’accueil des bébés et des enfants de moins de 3 ans.
Ces positions relèvent d’une méconnaissance du jeune enfant et de ce que les dernières décennies de recherche nous ont appris de son développement, de ses besoins et de ses droits.

L’enfant de moins de 3 ans est un être profondément immature et vulnérable : il n’est en capacité ni de se défendre ni de se réguler seul, et ne peut se construire que sous le regard bienveillant d’un adulte qui l’accompagne. L’éducation du jeune enfant n’est pas un dressage. Plus il sera sécurisé affectivement par une relation chaleureuse et empathique avec l’adulte, plus il développera ses propres capacités d’empathie et ses aptitudes à interagir de façon harmonieuse et prosociale avec les autres, dans toutes les sphères de sa vie.

Accueillir le jeune enfant, c’est l’accompagner dans son développement, l’orienter, lui donner les ressources pour se construire, lui fournir la sécurité affective et physique nécessaire pour explorer le monde.
Ceci ne signifie pas qu’il ne faille pas donner à l’enfant des cadres et des repères. Ces cadres sont nécessaires à la construction de l’enfant et le sécurisent : il est de la responsabilité de l’adulte de dire ce qui est permis et ne l’est pas. Mais ces cadres sont posés sans violence éducative, ni physique, ni psychologique. Il est fréquent par exemple que les professionnels de crèche doivent gérer des enfants qui mordent ou qui tapent. Sur le plan éducatif, il est tout à fait contreproductif dans ces situations de crier, de dire à l’enfant qu’il est méchant, de le punir ou de l’isoler.

L’adulte est là pour rappeler à l’enfant le cadre, sécuriser l’enfant qui a été mordu, mais aussi chercher à comprendre ce qui se passe chez l’enfant qui manifeste ces comportements de façon régulière et l’aider à développer d’autres modalités de régulation de ses émotions et de la frustration. C’est précisément l’expertise des professionnels de l’enfance que de chercher à comprendre ce qu’il exprime et de l’accompagner vers des comportements plus constructifs.

La punition n’apporte aucun bénéfice en termes de développement de l’enfant. Ce point a fait l’objet d’une abondante littérature scientifique. Certes, punir fait généralement cesser le comportement non désiré dans l’immédiat, mais elle ne favorise pas le développement des comportements prosociaux et des compétences émotionnelles et sociales sur le long terme, et peut au contraire renforcer les comportements antisociaux. De façon générale, les professionnels de l’accueil n’utilisent pas des approches punitives. Les auteurs de la tribune préconisent que les crèches conservent un coin pour isoler les enfants lorsqu’ils n’ont pas respecté les règles : ce type de pratiques maltraitantes n’est pas accepté ni mis en œuvre dans les crèches, fort heureusement !

Si un enfant peut être mis à l’écart du groupe pour son confort et/ou pour la sécurité des autres enfants, cela se fait de manière respectueuse et non punitive, en présence rassurante d’un adulte : un groupe d’enfants peut en effet être un environnement sur-stimulant qui augmente le stress des enfants accueillis et leur impulsivité.

Oui, il arrive qu’un enfant de moins de 3 ans se roule par terre, pleure d’une façon qui paraisse excessive par rapport à la cause … Le sentiment qu’il faut le « cadrer » en lui disant d’aller au coin ou « d’arrêter son cinéma » relève néanmoins d’une incompréhension des émotions vécues et d’une méconnaissance du développement des compétences d’autorégulation chez l’enfant. Un enfant de moins de 3 ans n’est pas en capacité de réguler seul ses émotions ou de différer dans le temps l’expression de ses besoins. Son cerveau n’est pas assez mûr pour ce type d’opérations. Il l’apprendra progressivement, et d’autant mieux qu’il aura été accompagné et régulé dans ses manifestations émotionnelles avec l’aide de l’adulte. C’est là le processus de développement normal du cerveau humain que l’on connaît depuis désormais bien longtemps.

Le référentiel de qualité d’accueil réaffirme les valeurs qui guident au quotidien des milliers de professionnels qui œuvrent à l’accueil des bébés et des enfants de moins de 3 ans, et qui fondent le service public de la petite enfance. La violence n’y a pas sa place. C’est en accompagnant, en encourageant, en sécurisant, en donnant aux enfants les ressources et les repères pour construire leur identité et leur estime de soi que l’on aidera les individus à grandir, à trouver leur équilibre individuel et à entretenir des relations sociales harmonieuses.

Pour les pilotes de l’élaboration du référentiel national : Dr Nicole Bohic, membre de l’Inspection générale des affaires sociales Jean-Baptiste Frossard, membre de l’Inspection générale des affaires sociales, Directeur de projet service public de la petite enfance

Pour le comité scientifiqueAnne-Marie Fontaine, Docteure en psychologie du développement, ex-ingénieure de recherche au CNRS, et enseignante-chercheuse (Université Paris 10), Catherine Gueguen, Docteure en médecine qualifiée en pédiatrie, formatrice, auteure et conférencière, Héloïse Junier, Psychologue en crèches, docteure en psychologie du développement de l’Université Paris Cité, formatrice pour les professionnels de la petite enfance, Pierre Moisset, Sociologue, consultant spécialisé sur les politiques sociales et familiales, chercheur associé au laboratoire IFROSS Lyon 3,  Josette Serres, Docteure en psychologie du développement (Université Paris 5), ex-ingénieure de recherche au CNRS,  Rebecca Shankland, Professeure de psychologie du développement, Université Lyon 2, laboratoire DIPHE, membre de l’Institut Universitaire de France,  Jaqueline Wendland, Professeure de psychologie clinique et psychopathologie en périnatalité, petite enfance et parentalité, Laboratoire LPPS, Université Paris Cité. Psychologue clinicienne, Unité Petite Enfance et Parentalité Vivaldi, CHU Pitié-Salpêtrière

PUBLIÉ LE 28 août 2025

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8 réponses à “Référentiel national : la mise au point du comité de pilotage et du comité scientifique”

  1. Julie Vaucher dit :

    Je suis EJE et j’accompagne depuis 25 ans des professionnels de crèche. J’observe, je lis, je m’informe, je croise mes réflexions, mes analyses, mes recherches. Je m’interroge, je mets en pratique… Et j’adhère totalement à cette mise au point en réponse à la tribune du Point à propos du référentiel.
    Je m’insurge totalement à toute punition et au time out qui est une forme de soumission et une forme de violence répréhensible. Les bébés ( car il s’agit encore de bébés) ne gèrent pas leur émotions, leurs réflexes, ne savent pas comment entrer en relation, nous devons donc leur apprendre et leur donner l’exemple.
    Bien sûr, les punir peut les empêcher d’avoir le comportement que nous souhaitons faire cesser, mais à quel prix ? Au prix d’un renforcement de certain malaise, d’un refoulement qui va se répéter, d’une innocence qui va peut-être se révéler en rebellions et certainement pas en une forme d’intelligence et de culture de la bienveillance.
    IL EST TOTALEMENT IRRESPONSABLE DE DIRE AUX PROFESSIONNELS QU’ILS PEUVENT PUNIR LES BÉBÉS ! Et que c’est ce qu’ils doivent faire.

  2. karine judin dit :

    Bonjour,

    Ils sont sympas les 200 professionnels qui ont pondu ce référentiel MAIS parce qu’il y a un grand MAIS, ce référentiel n’a été fait que pour les crèches. A aucun moment ou si peu, ces 200 personnes n’ont tenu compte de la spécificité de l’accueil à domicile et personnellement encore plus éloigné des gardes d’enfants au domicile des parents.
    En tant qu’assistante maternelle, nous ne pouvons pas laisser les parents rentrer chez nous tous les jours, ce n’est pas gérable et nos maisons ne sont pas équipées pour cela, nous nous devons de respecter nos familles. Nous n’avons pas non plus à mettre en relation les parents, ce n’est pas notre rôle

    • Marie-Pierre Martin dit :

      J’accueille les parents chez moi, tous les jours, je discute avec eux , de leurs enfants ou bien d’autre choses, cela me permet de les connaître et de comprendre leur enfant. Je suis incapable de laisser quelqu’un dans le couloir. C’est un métier de dévotion que vous le vouliez ou pas, si vous n’êtes pas capable d’avoir de l’intérêt pour vos famille qui vous ont CHOISIS pour vous occuper de ce qu’ils ont de plus cher au monde, alors il faut changer de boulot. Ce qui me fait sourire maintenant, c’est que la PMI m’a toujours reproché cela parce que ce n’etait pas professionnel, et voilà que maintenant, on vous le demande. Alors voilà, ma maison n’est pas nickel, je ne passe pas la serpillière tous les jours, les parents entrent avec leurs godasses, les enfants arrivent en rigolant, et partent en pleurant, et je sais que mon travail est respecté. Bien à vous chers et chères collègues.

    • Sophie De Oliveira dit :

      Comme Marie-Pierre j’ai fait le choix d’ouvrir ma maison aux parents, ce n’est pas une critique envers ceux qui ne le font pas, moi j’y vois un côté pratique : ils toquent, ils entrent, ils me rejoignent dans la salle de vie, ainsi je n’interrompt pas un goûter, je ne me retrouve pas embêté le temps du change, et les enfants accueillent leurs parents et leur montrent leur jeux…

  3. farfachose_175765 dit :

    Je travaille depuis presque un quart de siècle en EAJE et si je partage peu ou prou l’essentiel des positions évoquées sans partir dans les outrances possibles des deux camps en présence, la lecture de l’ensemble du référentiel me laisse un arrière gout de « y a qua..faut que » puisqu’il constitue une liste certes instructive, qu’on apprécie ou pas mais qu’il élude (et c’est logique , ce n’est pas le but visé) un point essentiel pour tous dans le secteur: c’est bien beau tout ça mais il faut des moyens matériels et humains …et là, eh ben … comme d’habitude , plus personne… se donner des objectifs c’est louable et dans l’interet de l’enfant essentiel, mais si pour les atteindre vous ne comptez que sur le dévouement des gens ,….

  4. hellza24_166635 dit :

    Je suis heureuse de voir enfin ce référentiel, et son contenu. Merci à toutes les personnes qui ont travaillé pour qu’il voit le jour. Je m’étonne à peine de voir qu’il suscite quelques remous du côté de ceux qui font rimer « respect » avec « obéissance ». Mon expérience professionnelle en crèche et mon expérience de mère, bien que très différentes, m’ont démontré qu’une éducation sans punition et attentive aux besoins de l’enfant aide à l’épanouissement d’enfants bien dans leur peau et respectueux. N’en déplaisent aux râleurs crispés sur leurs méthodes dépassées. Cela fait des dizaines d’années que des pédagogues nous montrent la voie. Beaucoup d’équipes et de pros sur le terrain l’ont déjà compris.

  5. Marie arnault dit :

    Éducatrice de jeunes enfants bientôt à la retraite, je travaille en direction de crèche depuis 15 ans. Cette mise au point était nécessaire, même si elle caricature à mon sens le propos adverse. Le débat me paraît à moi aussi outrancier de part et d’autre. Au travers des éclats de rire, moments de complicités, jeux partagés et joies des activités, chansons etc…, les équipes en crèche sont confrontées aux cris, morsures, coups, tirage de cheveux, bousculades. Pour accompagner les petits, elles répètent inlassablement et patiemment ce qui n’est pas permis et pourquoi ça ne l’est pas, et essaient par les mots de faire appel à l’ intelligence de l’enfant et son empathie naissante qui va progressivement lui faire comprendre ce « pourquoi » Elles n’isolent jamais, fort heureusement un enfant mais peuvent si le comportement se répète lui proposer de se calmer avec son doudou dans une coquille qui est dans la section. Je suis aussi convaincue que les groupes sont trop importants, 1 pro pour 8 enfants qui marchent!!! Tout est fait pour que mettre en difficulté et les enfants, et les professionnels. Oui, ça coûte cher les crèches, mais il faudrait un pro pour 4 bébés et un pro pour 5 ou 6 grand pas plus, et on éviterait ainsi l’usure des professionnels et bien des griffures, morsures…

  6. Comptinesetbarboteudes dit :

    Je suis professionnelle depuis 25 ans et à ‘l’origine de la création d’une seule micro-crèche qui est ouverte depuis 15 ans. En 2010, lassée de travailler dans des « usines à bébés » , le projet innovant à l’époque, m’a séduit car il m’apparaissait être l’opportunité d’offrir un accueil plus individualisé pour les enfants et leurs famille et porter des valeurs qui me semblaient essentielles.

    Les grosses entités lucratives qui sont actuellement dans le collimateur des institutions ont fait , hélas, la « pluie et le beau temps  » pendant des années et beaucoup de tort aux autres structures encore nombreuses qui, fort heureusement sont dans la bienveillance et dont le seul but n’est pas de « faire de l’argent » au détriment des équipes, des enfants et des familles.

    Le référentiel est une bonne chose car il donne un cadre de pratiques qui devra être appliqué dans toutes les structures et par les assistantes maternelle mais je reste persuadée que l’enfant doit pouvoir se construire grâce à un cadre adapté à son âge et ses capacités car cela permet également de se sentir rassuré. Il est de toute manière voué à évoluer.

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