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Accueil individuel : Paris renforce son engagement pour les assistantes maternelles et les familles

Voté par le Conseil de Paris en octobre 2025, le nouveau plan de soutien à l’accueil individuel « Valoriser l’accueil individuel, soutenir les professionnel·les, agir pour la qualité d’accueil des petits parisiens », trace la feuille de route de la Ville pour les cinq prochaines années. Face à la baisse continue du nombre d’assistantes maternelles et aux nombreux départs à la retraite attendus, Paris veut recréer un vivier de professionnelles, renforcer la qualité d’accueil et donner toute sa place à ce mode d’accueil dans la capitale. Zoom sur les axes clés du plan avec Johanne Kouassi, conseillère de Paris déléguée en charge de la petite enfance.

En 2018, Paris adoptait son premier plan de soutien à l’accueil individuel. Un plan qui a permis une bascule majeure : « Il a permis d’intégrer, de structurer et d’ancrer l’accueil individuel comme un pan à part entière de l’offre municipale », souligne Johanne Kouassi, conseillère de Paris déléguée en charge de la petite enfance. Il visait notamment à faire connaître l’accueil individuel et à accompagner au mieux les professionnelles dans l’exercice de leur métier. Le nouveau plan 2025–2030 s’inscrit dans cette continuité, mais il change d’échelle face à une réalité démographique marquée par la baisse continue du nombre d’assistantes maternelles et par de nombreux départs à la retraite attendus d’ici 2030. Il s’agit désormais de relancer l’attractivité du métier, d’en renforcer la professionnalisation et de mieux accompagner les familles.

Le nouveau plan est construit autour de quatre axes : Susciter des vocations, accompagner des parcours ; Soutenir les familles ayant fait le choix de l’accueil individuel ; Accompagner les pratiques professionnelles et favoriser la qualité d’accueil ; Offrir un espace public et des équipements adaptés aux professionnelles de l’accueil individuel et aux familles. Il rassemble de nombreuses mesures, trop peut-être, certaines sont novatrices, d’autres encore assez générales ou peu concrètes à ce stade.

L’accueil individuel reste minoritaire à Paris

Rappelons qu’historiquement, Paris a toujours privilégié et valorisé le développement de l’accueil collectif, une orientation politique forte depuis le début des années 2000, qui explique en partie la place plus restreinte de l’accueil individuel dans la capitale. Seulement 4 % des petits Parisiens étaient accueillis par une assistante maternelle agréée en 2019. La particularité de la capitale est aussi le développement important, ces dernières années, de l’accueil au domicile des parents par des auxiliaires parentales. Le recours à ce type d’accueil représente 12,3 % des enfants de moins de trois ans, avec une proportion qui atteint plus de 20 % dans certains quartiers. Même si l’accueil individuel « n’est pas le mode d’accueil majoritaire à Paris », Johanne Kouassi souligne qu’« il correspond aux besoins de nombreuses familles ». La priorité du plan tient en une formule, selon elle : « Valoriser cette fonction, la présenter pour ce qu’elle est : un métier à part entière de l’éducation, et non de la garderie. » 

Renforcer la formation continue

La Ville de Paris poursuit et renforce son offre de formation continue destinée aux assistantes maternelles agréées, un levier central du nouveau plan 2025–2030 qui fait de la montée en compétences une priorité. « Les formations, elles sont offertes et poussées », souligne Johanne Kouassi. Elles couvrent des thématiques qui reflètent les priorités parisiennes : « On travaille sur l’égalité filles-garçons, sur la qualité de l’alimentation, sur la santé environnementale aussi. », ajoute l’élue. En 2024, 700 assistantes maternelles ont suivi au moins une formation continue — un volume significatif au regard du vivier parisien. Pour l’élue, la formation continue « vise à soutenir la qualité de l’accueil tout en nourrissant la motivation des professionnelles.»

La Ville s’appuie, par ailleurs, sur un réseau d’assistantes maternelles expérimentées, déjà identifiées comme personnes ressources dans la communauté professionnelle. « Certaines participent aux formations et accompagnent leurs collègues », souligne Johanne Kouassi. Des ambassadrices qui jouent un rôle clé dans la diffusion des bonnes pratiques et la valorisation du métier. La ville souhaite élargir ces dispositifs expérimentaux permettant aux assistantes maternelles de s’impliquer directement dans les actions de soutien et de formation. L’objectif est double : favoriser les évolutions professionnelles et diffuser plus largement les savoir-faire du métier.

Favoriser les passerelles

Autre levier d’attractivité, déjà amorcé et désormais consolidé par le plan : la possibilité d’évoluer au sein de l’écosystème municipal. « On peut être assistante maternelle agréée, ensuite souhaiter travailler en crèche familiale, ensuite évoluer éventuellement en crèche collective », explique Johanne Kouassi. La Ville accompagne ces parcours en aidant les professionnelles qui souhaitent préparer des concours internes ou obtenir un diplôme d’auxiliaire de puériculture, afin de sécuriser ces transitions et d’offrir de vraies perspectives de carrière.

Mam et crèches familiales : deux modèles à consolider

Le nouveau plan met l’accent sur le soutien aux crèches familiales et aux maisons d’assistantes maternelles (Mam), avec la volonté de consolider ces deux formes d’accueil qui font leurs preuves. Johanne Kouassi rappelle que « les crèches familiales sont un mode d’accueil qui est vraiment très apprécié des familles qui le connaissent », ajoutant qu’il s’agit d’un dispositif « qui a permis aussi de sécuriser les assistantes maternelles agréées dans leur activité » et de leur offrir « des temps en collectivité qui leur permettent aussi un suivi et une formation ». La Ville ne prévoit pas d’ouvertures supplémentaires, ni d’extension du dispositif — seulement une volonté ferme de pérenniser les 26 crèches familiales déjà en activité. Plus récentes, les Mam représentent un modèle complémentaire que la Ville souhaite encourager. Paris en compte aujourd’hui trois, et bientôt quatre. Elles accueillent aujourd’hui au total une quarantaine d’enfants.

Mieux soutenir les familles qui font le choix de l’accueil individuel

Autre axe important du plan : Paris va poursuivre les actions déjà engagées pour mieux faire connaître l’accueil individuel auprès des familles. Cette stratégie s’appuie notamment sur les Relais Information Familles (RIF), le service d’agrément et d’accompagnement des assistantes maternelles (SAMF), et les sites publics de référence (paris.fr, monenfant.fr, Pajemploi). « C’est vraiment l’enjeu de nos réunions tous modes d’accueil instaurées par le premier plan », explique Johanne Kouassi. Ces rencontres, organisées par les mairies d’arrondissement, permettent aux parents d’échanger avec les services municipaux et de découvrir l’ensemble des solutions d’accueil, y compris l’accueil individuel. Le service d’agrément joue désormais un rôle essentiel dans cet accompagnement. « Aujourd’hui, des parents qui ont envie d’avoir recours à une assistante maternelle sont accompagnés notamment par le service d’agrément, qui est désormais présent dans les réunions tous modes d’accueil », précise l’élue. « C’est important d’avoir, à un moment, ces personnes ressources capables d’expliquer comment ça fonctionne et de démystifier tout l’aspect administratif. »

Élargir le plan aux auxiliaires parentales

Pour la première fois, la Ville choisit d’intégrer pleinement les auxiliaires parentales à sa politique d’accueil individuel, en leur ouvrant l’accès aux formations municipales, aux relais petite enfance (RPE) et aux créneaux dédiés dans les équipements publics. Même si la Ville de Paris n’a pas compétence pour assurer le contrôle de ces professionnelles, elle se doit de les soutenir en tant qu’autorité organisatrice du service public de la petite enfance (SPPE), précise le plan.

Mais Johanne Kouassi rappelle aussitôt les limites de cette ouverture et pointe la responsabilité des agences privées de garde d’enfants, souvent peu encadrées. « Il faudrait vraiment un cadre réglementaire qui les oblige à former leur personnel, parce que le niveau de sécurité actuel est loin d’être satisfaisant. » Elle pointe l’inégalité de traitement entre professionnelles : « Il y a un écart béant entre des assistantes maternelles agréées, dont le domicile et les pratiques sont encadrés, et des auxiliaires parentales dont personne ne contrôle ni la qualification ni les conditions d’exercice. » En attendant une évolution nationale, la Ville mise donc sur l’information et la sensibilisation des parents employeurs : « Nous voulons leur dire qu’ils ont tout intérêt à ce que leur auxiliaire parentale se forme. »

Une politique urbaine favorable à l’accueil individuel

Jusqu’ici, la Ville de Paris n’avait jamais abordé l’accueil individuel sous l’angle de l’aménagement de l’espace public. Pour Johanne Kouassi, cet axe marque l’évolution la plus novatrice du plan 2025–2030. Dans la continuité des politiques de « ville à hauteur d’enfant » – rues aux écoles, piétonnisation des abords de crèches, ouverture de lieux pour les tout-petits – Paris veut désormais offrir des espaces adaptés aux assistantes maternelles et aux enfants qu’elles accueillent.

Ces lieux, comme les médiathèques, ludothèques, Maisons des 1000 premiers jours, sont amenés à devenir des espaces de rencontre, de partage et parfois de formation informelle. « On veut aussi que, dans l’accueil individuel, il existe des lieux où les enfants puissent vivre des temps de collectivité », souligne l’élue. L’objectif du plan est désormais de renforcer ces dispositifs, de mieux les structurer et de les rendre plus visibles. Cela passe par des supports très concrets : des panneaux ou affiches d’information. « Il y a des plages horaires qui sont prévues ou dédiées, parfois, aux assistantes maternelles. Et ça, c’est assez nouveau », souligne Johanne Kouassi.  L’enjeu est double : rompre l’isolement de certaines professionnelles travaillant à domicile et favoriser la qualité éducative de l’accueil en créant des passerelles avec les acteurs municipaux (ludothécaires, bibliothécaires etc.).

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Candice Satara

PUBLIÉ LE 27 octobre 2025

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