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Jouer dehors : un outil pédagogique essentiel !

On parle beaucoup aujourd’hui de jouer dehors, mais jouer dehors ne se résume pas simplement à être à l’extérieur, c’est aussi permettre à l’enfant de vivre dans un environnement où il va apprendre. La qualité de l’environnement proposé devient alors déterminante. Mais que faut-il réellement offrir un extérieur pour qu’ils jouent parfaitement leur rôle ? Le point de vue de Marina Lemarié*, formatrice et consultante spécialisée dans l’aménagement au naturel des espaces de la petite enfance.

En observant les pratiques, je constate que, dans de nombreuses cours de crèche ou d’école, le sol est désespérément plat et artificiel. Si la crèche dispose d’un espace vert, l’équipe peut parfois se retrouver ennuyée, car dehors peut être rapidement considéré comme un croque-mitaine pour les tout-petits ! Les parents n’acceptant pas trop les petits bobos et les vêtements salis ou abîmés.

Un environnement sécurisé, normé et rassurant pour les adultes

Or, comment apprendre à lever le pied, à tenir en équilibre, à ajuster son pas et son rythme de marche ? Comment découvrir que grimper demande-t-il un effort ? Un effort qui permet de gérer son souffle. Selon le ministère de la Santé, l’activité physique contribue à la prévention de nombreuses maladies chroniques (maladies cardio-vasculaires, diabète de type 2, cancers, maladies psychiatriques…).
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), quant à elle, parle de sédentarité de plus en plus préoccupante et de plus en plus précoce. La sédentarité est le fait de passer un temps trop long assis ou allongé, hors sommeil, qui va impacter négativement la santé.
Est-ce que la crèche est épargnée ? Pas vraiment, car, outre le fait que l’on dise que les jeunes enfants ne tiennent pas assis, si nous les observons bien, ils sont assis pour écouter l’histoire, pour manger, très souvent pour faire des activités (sur table) et surtout, ils passent davantage de temps à l’intérieur que dehors. Et lorsqu’ils sont dans la cour ou le jardin, leur environnement est trop souvent lisse.

Le relief : une école du mouvement

Les paysages bruts, comme les champs, les parcs, ou encore les terrains permettent d’améliorer la force physique, le sens de l’équilibre et la coordination de l’enfant.
En crèche, les différences de niveaux avec des buttes, des rondins de bois, de marches et des pentes douces, mais aussi de petits nids de poule devraient permettre à l’enfant d’adopter des stratégies, d’ajuster sa posture, de se réceptionner, de devenir plus agile.
Sans bosses, ni marche, ni trou, comment se dépenser, anticiper et s’adapter ?
Au Danemark, les enfants ont davantage confiance en eux, par le développement de capacités propres. Mais les terrains de découvertes plein air de certaines crèches et certains jardins d’enfants sont aussi faits de tranchées avec des échelles et des poutres en bois à franchir.
Ainsi, sur le plan neurologique, l’enfant mobilise progressivement ses fonctions exécutives : planification, contrôle inhibiteur, adaptation et prise de décision.

Se cacher et observer : l’importance des petits espaces de retrait

Dans les aménagements extérieurs que je propose en crèche, on trouve un tunnel à traverser à quatre pattes, une petite haie végétale pour se faufiler entre deux arbustes. L’enfant apprend alors à se baisser, à ramper et utiliser la force des bras. Il disparaît un instant pour réapparaître. Un très bon moyen pour intégrer la permanence de l’objet et le concept de « capacité d’être seul » décrit par Donald Winnicott, pédiatre et psychanalyste britannique dans les années cinquante.

Ce qui fait également écho à ce que Françoise Dolto avait mis en place dans les Maisons Vertes : une maisonnette au cœur de l’espace, pour permettre à l’enfant d’expérimenter la distance avec l’autre, la séparation, la sécurité affective et la donc la possibilité de voir sans forcément être visible.

La cuisine à boue : imiter, expérimenter, se salir et donc apprendre

La cuisine à boue bien connue sous le terme anglais « Mud Kitchen » est presque emblématique aujourd’hui dans les espaces extérieurs en EAJE. Pourquoi un tel succès ?
Tout comme à l’intérieur, elle permet d’imiter l’adulte et de manipuler. Mais dehors, cette cuisine permet bien plus encore ! Les enfants ont alors la liberté d’expérimenter sans la contrainte de rester propre. Ainsi, l’eau, la terre, les feuilles, les brindilles deviennent de vrais supports d’imitation pour confectionner de « bons petits plats », partir dans l’imaginaire « on dirait que ce serait du thé » et la créativité en inventant de nouvelles recettes.

Oui, ils se salissent ! Mais qu’est-ce qui est le plus important ? Qu’ils restent tout propres et sans une égratignure ? Où qu’ils aient appris à développer des facultés qu’ils les rendent plus autonomes et que leur estime de soi ait été renforcée ?

La végétation : bien plus qu’un décor

Chaque bout de bois, caillou, insecte… les aident à développer leurs facultés mentales et leurs compétences en les faisant entrer en contact avec leur environnement.
Dans les pays scandinaves, l’environnement végétal est la meilleure méthode pour apprendre de la science et les phénomènes de cause, effet et cohérence. Par exemple, les feuilles d’un arbre bougent s’il y a du vent, la neige recouvre le sol qui devient blanc et froid, l’ouverture d’une fleur annonce le printemps, et cetera.

La végétation n’est alors pas un simple habillage esthétique « pour faire joli ». Elle permet de faire des découvertes scientifiques, mais aussi sensorielles, d’appréhender la notion de devant – derrière, petit-grand, haut-bas mais aussi les ombres avec les jeux de lumière. Elle ancre l’enfant dans le réel et le vivant. Il observe, fait des liens et comprend le monde petit à petit.

Penser l’extérieur comme un espace pédagogique à part entière

Aménager un espace extérieur est aussi important que l’aménagement intérieur, même si, aujourd’hui encore, on donne la priorité à l’intérieur. Car bien souvent, on préfère savoir nos enfants dedans « à l’abri ». Des projets notamment d’aires de jeu et quelques écoles émergent toutefois en France sur le modèle de nos voisins nordiques et c’est tant mieux. Le plus grand chemin qui reste à faire est peut-être celui d’autoriser l’enfant à exploiter ces nouveaux espaces en toute liberté.

Imaginer des espaces de crèches, d’école ou encore des aires de jeu qui offrent aux enfants la possibilité d’apprendre par eux-mêmes, c’est accepter une part de risque mesuré, c’est faire confiance aux compétences de l’enfant. C’est changer de regard. J’accompagne les EAJE dans leur projet d’aménagement extérieur par une réflexion adaptée à chaque lieu, chaque équipe et chaque projet en lien avec la réglementation. Parce que jouer dehors, ça se pense et ça s’apprend aussi.

* A l’origine de Biocrèchephilie. Auteure du livre ″ On est fait pour ça ! ″

Marina Lemarié

PUBLIÉ LE 19 février 2026

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Une réponse à “Jouer dehors : un outil pédagogique essentiel !”

  1. Catherine Loualoup dit :

    Enfin du bon sens et une vision de l’extérieur autre que la classique sortie pleins d’injonctios  » attentiontu vas te salir, tu vas te fairemal…. ! Merci pour cet article !! J’ai moi-même expérimenté enfant une approche pédagogique inédite pour l’époque, une école montessori perdue au milieu des bois, qui était notre terrain de jeux, d’exploration, de recherches, de créativité favorite et a laissé une trace indélébile dans mon esprit et souvenirs. Laissons les enfants explorer l’extérieur, la nature surtout de manière plus libre.

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