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En crèche, pourquoi certains comportements d’enfants dérangent … alors qu’ils ne devraient pas ! 

Refus de partager, isolement, opposition lors des regroupements… Et si ces comportements, souvent perçus comme des difficultés, correspondaient en réalité à des étapes clés du développement de l’enfant ? Les comprendre permet d’ajuster son accompagnement, d’offrir un cadre sécurisant au tout-petit et de le soutenir dans ses découvertes. L’éclairage d’Anne-Cécile Aligné, éducatrice de jeunes enfants (EJE) et formatrice petite enfance.

L’enfant qui refuse systématiquement les regroupements

C’est une situation bien connue des professionnels de la petite enfance : au moment du regroupement, l’enfant refuse de venir, s’éloigne ou reste absorbé dans son jeu. Un comportement qui peut déstabiliser, d’autant que ces temps collectifs rythment la journée et soutiennent la dynamique du groupe. Pourtant, ce refus n’a rien d’anormal chez le tout-petit : « Son immaturité neurologique impacte sa capacité à réguler son attention, ses émotions et son engagement dans le collectif, explique Anne-Cécile Aligné, éducatrice de jeunes enfants (EJE) et formatrice petite enfance. D’autant plus que les enfants n’évoluent pas tous au même rythme : pour certains, s’inscrire dans un temps de groupe peut s’avérer difficile, voire impossible. Ce refus survient souvent lorsque l’on interrompt un jeu. Si le tout-petit est fortement engagé dans son activité, il tolère difficilement d’en être détourné. Le passage imposé vers un temps collectif peut alors générer de la frustration et entraîner une opposition ».

Par ailleurs, participer à un regroupement suppose aussi de maintenir son attention, de maîtriser ses mouvements, d’accepter la proximité des autres et de s’adapter au cadre. Pour certains enfants, cela peut représenter un effort considérable.

Quelle posture adopter ?

L’experte recommande de ne surtout pas contraindre l’enfant. L’enjeu est de l’accompagner progressivement, de le rassurer s’il n’est pas en confiance, de l’écouter et de lui proposer d’observer à distance s’il reste en retrait. Il arrive aussi que le temps de regroupement ne soit pas adapté à ses besoins du moment : trop long, mal placé dans la journée, ou encore proposé alors que l’enfant a faim ou est fatigué. « D’où l’importance de l’observer pour ajuster sa posture professionnelle, prévient Anne-Cécile Aligné. Si l’enfant n’a pas envie de participer, mieux vaut ne pas le forcer. Lorsqu’il est en train de jouer, on peut par exemple lui proposer de venir avec son jeu pour faciliter la transition. Enfin, certains ont besoin d’un appui plus sécurisant : les inviter à s’asseoir sur les genoux de l’adulte permet de rester à proximité du groupe tout en bénéficiant d’une attention individualisée, souvent rassurante », souligne-t-elle.

L’enfant qui préfère jouer tout seul

Cette mise à l’écart peut rapidement inquiéter ou être interprétée comme un signe de difficulté. Pourtant, elle ne traduit pas nécessairement un problème et s’inscrit souvent dans le développement de l’enfant. En effet, avant d’entrer pleinement dans le jeu avec les autres, le jeune enfant passe par des phases de jeu solitaire. Ces moments lui permettent d’explorer, d’expérimenter et de se concentrer à son propre rythme, sans les contraintes du collectif. S’isoler peut aussi être une manière de réguler ses émotions. À noter que ces comportements peuvent aussi être liés au tempérament de l’enfant. Certains, plus réservés ou introvertis, ont naturellement besoin de davantage de temps et d’espace avant d’aller vers les autres.

Quelle posture adopter ?

L’enjeu consiste surtout à soutenir les premières formes de lien sans précipiter les interactions. Proposer des activités à deux, aménager des espaces de jeu favorisant les rencontres spontanées : en somme, « créer de petits ponts progressifs vers le collectif », indique Anne-Cécile Aligné. L’important est de lui laisser le temps nécessaire pour qu’il le fasse naturellement.

L’enfant qui recherche constamment la présence de l’adulte

« Normalement, on considère qu’un enfant accueilli depuis un certain temps est suffisamment sécurisé pour pouvoir explorer. Mais le fait qu’il reste proche de l’adulte n’indique pas qu’il ne va pas bien ou qu’il est dépendant : cela signifie simplement qu’il a besoin d’être rassuré à tout moment », estime la spécialiste. L’enfant cherche à se sécuriser, à se calmer, à prendre confiance, afin de pouvoir repartir explorer en toute sécurité. L’adulte joue alors le rôle de base rassurante. La sollicitation de l’adulte — par un appel, un regard ou une recherche de proximité — permet à l’enfant de vérifier que quelqu’un est là pour lui.

Quelle posture adopter ?

Il est essentiel que l’adulte soit disponible et réponde à l’enfant avec empathie, en lui montrant que sa demande a été entendue et qu’il est présent, même s’il n’intervient pas immédiatement. Pendant les moments de transition, il est important de nommer ce qui se passe : par exemple : « Quand on aura fini les chansons, on fera ça ensemble. » Cela aide l’enfant à comprendre le déroulement des activités et à se situer dans le temps. Encourager l’autonomie fait également partie de cette posture : proposer des responsabilités adaptées, montrer l’espace ou laisser l’enfant commencer un jeu seul tout en lui indiquant que l’adulte sera là s’il a besoin d’aide.

L’enfant qui refuse de partager

C’est une situation très classique à laquelle la plupart des pros de la petite enfance sont régulièrement confrontés. Mais ce n’est pour autant pas toujours simple de savoir comment réagir. Le cerveau de l’enfant est encore immature. « À cet âge, l’enfant vit dans l’immédiateté : il est plongé dans son jeu et ne perçoit pas encore le désir ou le point de vue de l’autre, rappelle Anne-Cécile Aligné. Ce que les adultes considèrent comme de la coopération ou du respect de l’autre reste abstrait pour lui. Ce refus de partager peut générer des conflits, souvent autour des objets de jeu, qui constituent la principale source d’interactions négatives entre enfants, surtout en groupe ». Supporter la frustration ou attendre son tour demande des compétences de régulation émotionnelle encore peu développées chez les moins de trois ans. Il ne s’agit donc pas d’un manque de bonne volonté.

Quelle posture adopter ?

Il est primordial de ne pas forcer l’enfant à partager, car cela risquerait d’accentuer sa frustration et son sentiment d’insécurité. La spécialiste recommande également de reconnaître et de nommer les émotions du tout-petit. Par exemple, on peut lui dire : « Tu n’as pas envie de prêter, ce n’est pas grave ». Cela l’aide à se sentir compris et soutenu. Enfin, il est important de valoriser ses premiers efforts pour l’encourager à recommencer.

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Julie Giorgetta

PUBLIÉ LE 08 avril 2026

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Une réponse à “En crèche, pourquoi certains comportements d’enfants dérangent … alors qu’ils ne devraient pas ! ”

  1. Violette SICARD dit :

    Bonjour, cet article est criant de vérité mais le personnel est très mal formé et applique des méthodes reçues de leurs parents. Les multiples réunions que je fais concernant le développement psycho affectif de l’enfant est souvent perçu comme une mode qui passera….. le peu de temps accordé 10h/an pour une RSAI me laisse peu de temps pour aborder ces thèmes cruciaux…. Les établissements PE souffrent énormément de formation et de conscience professionnelle ! Bien cordialement

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