Caries et gingivites chez les tout-petits : la prévention précoce compte plus qu’on ne le pense
Caries et gingivites dans l’enfance : petit souci dentaire ou véritable signal à prendre au sérieux ? Une vaste étude danoise récente apporte un nouvel éclairage. Publiée dans l’International Journal of Cardiology, les chercheurs ont suivi plus de 568 000 personnes nées entre 1963 et 1972, de leur enfance jusqu’en 2018.
Les chercheurs ont croisé les données bucco-dentaires enregistrées dans l’enfance (caries, gingivites) avec la survenue, à l’âge adulte, de maladies cardiovasculaires liées à l’athérosclérose (maladies coronariennes, infarctus, AVC ischémique). Résultat : plus les caries étaient sévères dans l’enfance, plus le risque cardiovasculaire à l’âge adulte augmentait, jusqu’à +32 % chez les hommes et +45 % chez les femmes pour les caries les plus sévères. Même constat pour la gingivite, avec des hausses de 21 % à 31 % selon le sexe. Et lorsque la santé bucco-dentaire se dégradait au fil de l’enfance, le risque grimpait encore jusqu’à +45 % chez les femmes.
Pour expliquer ce lien
Les scientifiques avancent plusieurs hypothèses. À commencer par l’inflammation chronique : une exposition précoce et prolongée à l’inflammation buccale pourrait modifier la façon dont l’organisme y réagit plus tard, favorisant les maladies cardiovasculaires. Le passage de bactéries buccales dans la circulation sanguine est une autre piste évoquée, tout comme des habitudes de vie qui s’installent dès l’enfance et perdurent à l’âge adulte. Prudence toutefois, il s’agit là d’une association statistique : l’étude ne dit pas qu’une carie chez un jeune enfant cause une maladie cardiovasculaire des décennies plus tard. Elle serait plutôt un marqueur précoce de la santé globale.
En France, quelle prévention ?
Cette étude vient renforcer ce que la prévention bucco-dentaire précoce défend déjà en France. Le carnet de santé 2025 recommande une première consultation dès 1 an puis un suivi annuel, deux brossages quotidiens et l’eau comme boisson de référence. Depuis avril 2025, le dispositif « M’T dents tous les ans ! » permet aux 3-24 ans de bénéficier chaque année d’un examen dentaire gratuit. Pourtant, seuls 36 % des enfants de 3 ans avaient vu un dentiste en 2024 (Assurance Maladie).
Quelle implication pour les professionnels de la petite enfance ?
Au quotidien, les professionnels peuvent :
• privilégier l’eau comme boisson et inciter les parents à faire de même et limiter les boissons sucrées pour leur enfant (cf. syndrome du biberon
• Sensibiliser les parents sur la santé bucco-dentaire (brossage, type de dentifrice, première visite précoce, suivi régulier…) ;
• repérer les signaux d’un problème dentaire : douleur, difficulté à manger, dents abîmées, absence de suivi et orienter les parents vers un professionnel.
Enfin, rappeler aux parents que les dents de lait sont importantes. Elles servent à mastiquer, à parler, à grandir et on doit en prendre soin même dès la naissance.
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 13 août 2026