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Comment recadrer une professionnelle sans qu’elle se sente mise en accusation ?

Par Marie Defrance

EJE, formatrice, experte en management

« Je rencontre actuellement rencontre une difficulté avec une professionnelle de mon équipe. Cela fait plusieurs fois que j’observe que, pendant les temps de change, Léa réalise les soins très rapidement.Certains changes se déroulent presque sans interaction, avec peu de paroles adressées à l’enfant ou de disponibilité relationnelle. J’ai déjà essayé de faire des rappels en réunion sur l’importance des temps de soins dans le développement de l’enfant et sur la qualité relationnelle attendue dans notre projet pédagogique, mais je constate qu’elle ne change pas ses habitudes. Aujourd’hui, je sens qu’un recadrage plus direct devient nécessaire. Pourtant, j’ai peur qu’elle le vive comme une critique personnelle. Léa est investie dans la vie de la crèche et appréciée par une partie de l’équipe, donc je redoute aussi les tensions que cela pourrait créer. »

Sophie, directrice de crèche municipale

La réponse de Marie Defrance

Sophie, ce que vous décrivez est probablement l’un des endroits les plus inconfortables du poste de direction : devoir dire quelque chose qui risque de déplaire… tout en sachant que ne rien dire finit aussi par produire des effets.

Parce qu’au fond, beaucoup de directrices ne retardent pas les recadrages par manque de compétences. Elles les retardent parce qu’elles ont peur d’abîmer la relation, de créer du conflit ou d’être perçues comme injustes.
Alors, elles reformulent doucement en réunion, rappellent les grands principes pédagogiques, espèrent que les choses vont évoluer seules… pendant que l’inconfort lui continue à grandir.

Mais attention, le silence managérial n’est jamais neutre.
Lorsqu’une pratique qui ne correspond pas au cadre attendu n’est jamais réellement nommée, l’équipe enregistre malgré elle un message très clair : finalement, c’est toléré. Et pendant ce temps-là, les enfants continuent de vivre les effets de ces micro-glissements relationnels.

Car un temps de change n’est jamais un simple acte technique. Pour un tout petit, c’est un moment de sécurité affective, de langage, de disponibilité émotionnelle et d’individualisation.
Quand un soin est réalisé rapidement pendant que les adultes échangent surtout entre eux, cela ne produit pas uniquement un « écart de pratique ». Cela transforme aussi la qualité relationnelle vécue par l’enfant.

Et c’est précisément là qu’il est important que vous puissiez vous appuyer quelque chose de très clair, vous n’êtes pas en train de défendre « votre manière de travailler ». Vous êtes garante d’un cadre relationnel qui participe directement au développement des enfants accueillis.

La plupart des professionnelles ne résistent pas réellement au cadre. Elles résistent surtout au sentiment d’être jugées ou réduites à leurs erreurs.

C’est pourquoi la manière dont vous allez parler avec Léa va être essentielle. Pas dans l’urgence. Pas devant l’équipe. Pas avec des généralités. Mais à partir de faits observables, précis et reliés aux besoins des enfants.
Par exemple : « Léa, j’aimerais revenir avec toi sur plusieurs temps de change que j’ai observés récemment. J’ai remarqué qu’il y avait souvent peu d’interactions adressées aux enfants pendant les soins, avec davantage d’échanges entre adultes. Je sais que le rythme est soutenu et que les journées sont fatigantes, mais ces moments restent des temps relationnels très importants pour les tout-petits et j’ai besoin qu’on soit particulièrement vigilantes à cela.»

Cette manière de parler change énormément de choses. Parce qu’elle ne réduit pas Léa à une « mauvaise professionnelle ».
Elle rend simplement visible un écart entre une pratique observée et le cadre attendu.

Marie Defrance

PUBLIÉ LE 02 juin 2026

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