Faut-il multiplier les jouets pour stimuler le développement du bébé ?
Une étude récente menée auprès de 63 enfants âgés de 11 à 30 mois s’est intéressée au lien entre la richesse de leur environnement de jeu et leurs compétences de jeu et de communication. Les résultats suggèrent qu’un environnement proposant une plus grande diversité de jouets est associé à de meilleures compétences. Mais avoir davantage de jouets ne suffit pas : ce n’est pas la quantité qui compte et les jouets, à eux seuls, ne semblent pas faire la différence.
Les chercheuses ont inclus 63 enfants âgés de 11 à 30 mois et leurs mères dans leur étude. Elles ont évalué la richesse de l’environnement de jeu à la maison en tenant compte du nombre et de la diversité des jouets et du matériel disponibles. Les compétences de jeu et de communication des enfants ont également été évaluées. Les chercheuses ont aussi étudié le tempérament des enfants, leurs compétences socioémotionnelles et la manière dont leur mère les accompagnait pendant les interactions. Les enfants qui disposaient d’un environnement de jeu plus diversifié présentaient de meilleures compétences de jeu et de communication. Mais l’analyse montre que plusieurs facteurs intervenaient dans cette relation.
Les jouets ne suffisent pas
Attention à ne pas confondre diversité et quantité : ce n’est pas le nombre de jouets qui améliore directement les compétences des enfants. La richesse de l’environnement de jeu est en réalité liée à d’autres facteurs, comme le tempérament de l’enfant, ses compétences socioémotionnelles et la qualité des interventions de la mère pendant le jeu. Ce sont ces éléments, ensemble, qui semblent influencer les compétences de jeu et de communication. Le matériel disponible n’est donc qu’une pièce du puzzle : il ne peut pas être isolé de la manière dont l’enfant joue et interagit avec l’adulte.
La qualité des interactions compte
Les chercheuses se sont intéressées à la manière dont les mères accompagnaient leur enfant pendant le jeu. Elles ont notamment observé les comportements des mères qui favorisent les apprentissages. La qualité de ces interventions était associée aux compétences de jeu et de communication des enfants. L’adulte peut en effet aider l’enfant à explorer un objet, attirer son attention sur certains éléments, mettre des mots sur ce qu’il fait ou répondre à ses initiatives.
Le résultat ne signifie pas que l’adulte doit intervenir constamment. Il montre plutôt que l’environnement de jeu s’inscrit dans des interactions qui peuvent contribuer aux expériences d’apprentissage du tout-petit.
Tous les enfants n’utilisent pas les jouets de la même façon
Le tempérament de l’enfant intervient également dans les relations observées.
Les chercheuses ont notamment étudié une dimension du tempérament correspondant au plaisir ressenti lors d’activités calmes et peu stimulantes. Cette caractéristique était associée à la richesse de l’environnement de jeu et aux compétences socioémotionnelles de l’enfant. Deux enfants disposant d’un matériel comparable peuvent donc ne pas l’explorer de la même manière. L’un peut passer beaucoup de temps à manipuler un objet tandis qu’un autre s’en détourne rapidement pour rechercher une autre activité ou une interaction avec l’adulte.
Faut-il proposer beaucoup de jouets ?
L’étude ne permet pas de conclure qu’il faut multiplier les jouets pour favoriser le développement. Elle montre plutôt qu’un environnement offrant une diversité de possibilités de jeu est associé à de meilleures compétences de jeu et de communication. La quantité de matériel ne constitue donc pas à elle seule un indicateur de qualité.
Un même objet peut être utilisé de plusieurs façons
La richesse d’un environnement ne dépend pas uniquement du nombre de jouets disponibles. Elle tient aussi aux possibilités d’utilisation qu’ils offrent.
Un même objet peut être manipulé de différentes manières selon l’âge et les capacités de l’enfant. Un professionnel peut observer ce que l’enfant cherche spontanément à faire et adapter ensuite sa présence ou ses propositions.
Cette approche permet également d’éviter de transformer le jeu en activité dirigée. Le tout-petit conserve ainsi une place active dans son exploration.
Pour les professionnels, la question n’est pas seulement celle des jouets
Pour les professionnels de la petite enfance, cela peut conduire à s’interroger davantage sur les possibilités offertes par le matériel que sur son nombre. Des objets permettant de manipuler, empiler, encastrer, déplacer, construire ou faire semblant peuvent ainsi proposer des expériences différentes. Cette étude invite finalement à dépasser la question de la quantité de matériel. Pour un tout-petit, un environnement intéressant est aussi celui qui lui permet d’explorer, de recommencer, de varier ses expériences et d’interagir avec les adultes qui l’accompagnent. Les jouets peuvent soutenir ces expériences, mais ils prennent leur sens dans l’ensemble de l’environnement proposé à l’enfant.
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 18 août 2026