Crèche : et si l’âge des autres enfants importait moins qu’on ne le pense ?
La présence d’enfants d’âges différents dans un même groupe est fréquente en crèche. Mais cette organisation influence-t-elle réellement la manière dont les enfants participent aux activités et interagissent avec les adultes et les autres enfants ? Une étude suisse publiée en 2026 apporte une réponse nuancée.
Des chercheuses suisses ont étudié la participation de 54 enfants âgés d’environ trois ans accueillis dans neuf groupes de quatre structures de la partie germanophone de la Suisse. Ces groupes réunissaient des enfants d’âges différents. Certains avaient moins de 18 mois, tandis que d’autres avaient plus de quatre ans. Les chercheuses ont observé les enfants à deux reprises pendant leur temps d’accueil. Au total, 407 séquences d’observation de dix minutes ont été analysées. Les observations portaient notamment sur les interactions avec les professionnels, les relations avec les autres enfants et la participation aux activités.
L’âge des autres enfants ne semble pas déterminant
Les chercheuses voulaient savoir si la composition du groupe au moment de chaque observation pouvait être associée à la qualité de la participation des enfants de trois ans. Elles ont notamment pris en compte l’écart d’âge entre les enfants présents, leur âge médian ainsi que le nombre de bébés et d’enfants de plus de quatre ans.
Aucune association significative n’a été retrouvée. Autrement dit, la présence de nombreux enfants plus jeunes ou plus âgés ne semblait ni favoriser ni diminuer la participation des enfants de trois ans dans leurs interactions avec les professionnels, avec les autres enfants ou dans les activités proposées. Ce résultat ne signifie pas que l’âge des autres enfants n’a jamais d’importance. Il indique que, dans les groupes d’âges mélangés étudiés en Suisse, l’âge des petits présents à un moment donné n’expliquait pas à lui seul les différences de participation observées.
Le type d’activité semble davantage compter
Les chercheuses ont en revanche retrouvé des associations avec le contexte dans lequel l’enfant évoluait. La participation aux échanges avec les professionnels était plus importante lors des activités guidées par l’adulte et lorsque les enfants étaient en petit groupe. Les interactions avec les autres enfants étaient davantage observées lors des activités à choix libre. Les enfants étaient également davantage impliqués dans les tâches lors des activités à choix libre et pendant les repas.
Ces résultats suggèrent que la manière dont le temps d’accueil est organisé pourrait être plus importante que la composition du groupe selon l’âge. Pour les professionnels, cela invite notamment à regarder ce qui se passe concrètement durant les différents temps de la journée, plutôt qu’à considérer le mélange des âges comme un facteur déterminant en soi.
La taille du groupe et le nombre de professionnels présents
La taille du groupe était aussi associée à la participation des enfants. Le nombre de professionnels présents au moment de l’observation apparaissait, lui aussi, comme un facteur lié aux interactions des enfants de trois ans. La stabilité du groupe était enfin associée à leur participation. Les autrices soulignent que des relations régulières avec les mêmes enfants peuvent prendre une importance croissante à mesure que les enfants grandissent et construisent leurs relations avec les autres enfants. Ces résultats rejoignent une question importante pour les structures d’accueil : au-delà de l’âge des enfants réunis dans un même groupe, quels sont les éléments de l’organisation quotidienne qui permettent réellement aux enfants de participer aux activités et d’interagir avec les autres ?
Une étude qui ne permet pas de conclure pour tous les âges
Les résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence. L’étude concerne uniquement des enfants de trois ans accueillis dans des structures suisses fonctionnant avec des groupes d’âges mélangés. Elle ne permet donc pas de déterminer si les mêmes observations seraient retrouvées chez les bébés ou chez les enfants d’âge différent.
Les autrices estiment ainsi que davantage de recherches sont nécessaires pour comprendre comment la composition des groupes d’âges peut influencer le développement social et les apprentissages des jeunes enfants.
Isabelle Hallot
PUBLIÉ LE 20 août 2026