Assistantes maternelles : comment favoriser l’accès aux livres malgré les contraintes budgétaires ?
L’importance du livre dans le développement de l’enfant n’est plus à démontrer. Mais pour les assistantes maternelles, renouveler le stock de livres pour les jeunes enfants peut devenir un véritable casse-tête financier. Entre les dépenses liées au renouvellement du matériel, les consommables (peinture, pâte à modeler) et le coût des nouveaux achats de livres, elles sont souvent contraintes de faire des choix.
Depuis des décennies, les professionnels de la petite enfance, influencés par les travaux de psychanalystes comme Marie Bonnafé, soulignent l’impact positif de la littérature jeunesse sur les enfants, même avant qu’ils ne sachent parler. Car le moment de lecture ne se limite pas à une simple transmission de contenu : c’est un moment de partage et de sécurité propice au renforcement du lien avec l’adulte. De plus, le livre contribue également à l’éveil culturel, comme le précise le principe numéro 5 de la Charte nationale pour l’accueil du jeune enfant.
Le renouvellement des livres représente un coût important
L’assistante maternelle, en tant qu’acteur clé dans le développement des jeunes enfants, devrait pouvoir proposer des livres variés et en bon état. Cependant, l’inflation et la précarité croissante dans le secteur menacent aujourd’hui le livre. La hausse des coûts de la vie, combinée aux indemnités d’entretien parfois peu élevées versées par les familles aux assistantes maternelles, rend de plus en plus difficile l’achat de nouveaux ouvrages. Alors que l’on encourage les professionnels de la petite enfance à promouvoir la place du livre dès le plus jeune âge, ces derniers se retrouvent souvent démunis face aux coûts grandissants. Le livre se retrouve par conséquent, moins souvent entre les mains du jeune enfant.
Le livre : un objet de plaisir et d’apprentissage
Les enfants engagent tous leurs sens dans cette découverte : ils le manipulent, le touchent, et parfois, le mettent à la bouche (ne dit-on pas que l’on dévore un livre ?), ce qui, en plus de faire partie de la découverte, est enrichissant pour leur développement sur bien des aspects. Mais cette utilisation intensive rend les livres vulnérables à l’usure, c’est un fait. Cela fait partie des aléas de la découverte.
Les vide-greniers, autrefois une solution économique, voient aujourd’hui leurs rayons de littérature jeunesse se raréfier, ou leurs prix grimper à cause de la demande accrue. De cette façon, des réticences (légitimes) apparaissent conduisant à une diminution des occasions pour les jeunes enfants d’avoir un livre entre les mains, alors même que ces moments sont de plus en plus rares et restent pourtant essentiels à leur développement.
Les médiathèques, une solution imparfaite
On pourrait penser que les médiathèques sont une solution simple et économique pour compenser l’absence de livres à domicile. Cependant, pour une assistante maternelle, se rendre à la médiathèque avec plusieurs enfants relève parfois du défi organisationnel. Lorsque des enfants très jeunes, avec des besoins spécifiques en matière de sieste et de repas, sont accueillis, le déplacement en médiathèque n’est pas toujours réaliste. De plus, la responsabilité de restituer les livres en parfait état peut freiner l’envie d’emprunter, sachant que les tout-petits manipulent souvent les objets de façon très active.
L’idée d’emprunter des livres en dehors des heures de travail se heurte également à un autre problème : la difficulté de concilier vie professionnelle et vie personnelle.
Les assistantes maternelles, exerçant bien souvent sur des plages horaires étendues, pourraient se décourager face à cette « tâche » supplémentaire.
Le troc de livres, quant à lui, se présente comme une alternative intéressante pour contourner ces difficultés. De plus en plus d’initiatives locales, comme des boîtes à livres (dans lesquelles les livres ne sont souvent pas en très bon état…) ou des échanges organisés entre familles, permettent de renouveler les bibliothèques sans frais supplémentaires. Ces pratiques favorisent non seulement l’accès à la lecture pour les enfants, mais créent également un sentiment de communauté et de partage. Ainsi, malgré les contraintes budgétaires, ces réseaux d’échange offrent une opportunité de mettre des livres entre les mains des plus jeunes, tout en encourageant une culture de la lecture accessible à tous.
Des solutions pour revaloriser la place du livre
Pour remédier à cette situation et maintenir l’accès aux livres chez les assistantes maternelles, plusieurs pistes peuvent être envisagées :
- La mise en place d’une aide financière départementale dédiée : comme cela existe pour d’autres équipements, un soutien pourrait être accordé spécifiquement pour l’achat et le renouvellement de livres. Cela garantirait aux assistantes maternelles la possibilité de proposer des ouvrages de qualité. Car les indemnités d’entretien sont souvent déjà bien impactées par les dépenses courantes ou renouvellement de matériel.
- Favoriser les dons de livres : une politique de dons ou de troc de livres pourrait être mise en place localement, en collaboration avec des médiathèques ou des associations. Cela permettrait aux professionnels de renouveler leurs collections à moindre coût.
- Organisation de bourses aux livres : des bourses aux livres spécifiques pour les assistantes maternelles, avec des tarifs préférentiels sur les ouvrages jeunesse, pourraient être organisées au niveau communal ou départemental.
- Accords avec les éditeurs ou librairies locales : des partenariats avec des librairies ou des éditeurs de littérature jeunesse pourraient être instaurés pour proposer des remises ou des offres spéciales aux professionnels de la petite enfance.
Les pouvoirs publics doivent reconnaître cette problématique et agir en conséquence pour permettre à ces professionnels d’offrir un environnement culturellement riche et stimulant aux jeunes enfants. La question se pose : comment un professionnel peut-il prendre plaisir à lire et à partager cet amour des livres si le matériel reste inchangé, répétitif ou par peur que son matériel soit abimé et dans l’incapacité de le renouveler ? À une époque où le secteur de la petite enfance connaît une pénurie croissante, peut-on se permettre de laisser encore plus de professionnels se décourager ? Faut-il réellement les priver d’outils indispensables, si essentiels au développement des jeunes enfants ?
Agathe Seube est éducatrice de jeunes enfants, ancienne assistante maternelle, et auteure de « Mon carnet de bord d’assistant.e maternel.le : Pour une année zen et bien organisée », éditions Vuibert.
Agathe Seube
PUBLIÉ LE 25 septembre 2024
MIS À JOUR LE 14 octobre 2024