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Assistants familiaux : « Recruter sans sécuriser le métier équivaut à vouloir remplir un seau percé », alerte l’UFNAFAAM

Le projet de loi sur la protection de l’enfance veut renforcer l’accueil familial. Mais pour les professionnels, il ne répond pas aux difficultés du métier. L’Union fédérative nationale des associations de familles d’accueil et assistants maternels (UFNAFAAM) alerte sur l’article 4, consacré aux assistants familiaux.

Dans un avis publié le 5 mai , l’UFNAFAAM pointe un écart criant entre les objectifs affichés du projet de loi sur la protection de l’enfance et les moyens. L’article 4, le seul consacré aux assistants familiaux, vise principalement à simplifier l’accès à la profession. Agrément conditionnel, diversification des profils, développement de l’accueil relais : autant de mesures destinées à répondre à la pénurie de familles d’accueil. Cet article 4 « traite surtout le vivier de recrutement, beaucoup moins les conditions permettant à ce modèle de tenir dans la durée, même si cet article répond partiellement à la demande de droit au répit des assistants familiaux. »

Une crise de fond ignorée

Or l’UFNAFAAM insiste sur ce point : la crise actuelle est une crise de soutenabilité du métier. Les départs précoces et l’usure professionnelle fragilisent durablement le système d’accueil. Dans ce contexte, la stratégie du projet de loi qui « raisonne surtout en termes de « stock de places » et de canaux de recrutement », apparaît insuffisante. « Recruter sans sécuriser le métier équivaut à vouloir remplir un seau percé », alerte l’association.

Des propositions pour ajuster l’article 4

Sur l’article 4, l’UFNAFAAM formule plusieurs ajustements précis. Le projet de loi prévoit de transférer la délivrance de l’agrément au président du conseil départemental, afin d’adapter l’évaluation aux profils d’enfants accueillis. Cette évolution, déjà expérimentée localement, peut améliorer la coordination mais soulève des réserves. L’UFNAFAAM alerte notamment sur « l’absence de référentiel qui fasse loi », qui risque d’accentuer les disparités territoriales et de fragiliser les exigences d’agrément. Elle recommande également de rendre obligatoire la participation de professionnels en activité dans les procédures d’évaluation, estimant que leur regard est indispensable. Dans le projet de loi, cette consultation est à titre facultatif. L’association propose par ailleurs de supprimer la possibilité de limiter les agréments à certains profils d’enfants, jugée contraire à l’objectif de stabilité des parcours, et de ne conserver que l’agrément conditionnel.

Enfin, si elle soutient le principe de l’accueil relais, l’association pointe un risque majeur lié à la formation allégée des accueillants relais, alors même que les enfants confiés présentent souvent des besoins complexes. Par ailleurs, l’UFNAFAAM s’interroge sur l’effectivité du dispositif, dans un contexte de pénurie de familles d’accueil : sans un engagement fort des départements, le droit au repos risque de rester théorique. Elle souligne également la fragilité économique du modèle proposé, fondé sur une rémunération à l’acte, susceptible de rendre le dispositif peu attractif

Une meilleure prise en compte des réalités du métier

Au-delà des aspects techniques du projet de loi, l’UFNAFAAM insiste sur la nécessité d’intégrer les profondes transformations du métier d’assistant familial. Rappelons que le placement chez les assistants familiaux reste majoritaire pour les jeunes enfants. D’abord, l’UFNAFAAM rappelle la complexité croissante des situations accueillies. Ensuite, l’évolution des profils professionnels, avec des carrières plus courtes et une pyramide des âges défavorable, qui fragilisent la stabilité des placements. Enfin, la montée en compétences apparaît indispensable face à ces transformations. Face aux difficultés d’accès aux soins et au manque de professionnels de santé, l’UFNAFAAM souligne que la qualité des accueils repose de plus en plus sur les compétences des assistants familiaux. Ceux-ci doivent être en mesure de gérer des situations complexes et de s’adapter à des besoins multiples.

Comme le souligne le texte, « la qualité et la stabilité des accueils dépendront de plus en plus de la capacité des assistants familiaux à comprendre, repérer, contenir et orienter des situations complexes ». Ce qui implique de « penser l’accueil familial professionnel comme une forme d’accueil hautement qualifiée, capable de s’adapter à des besoins de santé, de développement et de souffrance psychique parfois très déstabilisants pour les professionnels. »

Candice Satara

PUBLIÉ LE 06 mai 2026

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