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Assistantes maternelles : partout en Europe, une profession en déclin

Une étude de la Cnaf, publiée ce 4 septembre 2025, s’intéresse aux statuts et modes d’exercices des assistantes maternelles dans six pays de l’Union européenne. Et bien que les exigences varient d’un pays à l’autre, l’étude confirme leur déclin lié au vieillissement de ces professionnelles, à une augmentation de leur niveau global de qualification ces dernières années, et le développement de la pratique regroupée. 

En Europe, la plupart des pays comptent des professionnelles répondant à la définition d’assistante maternelle établie par la Commission européenne et le réseau Eurydice. À savoir : « cette profession est réglementée et s’exerce au domicile de l’assistante maternelle ou dans un lieu similaire. Cette définition exclut les services individuels fournis au domicile de l’enfant (garde à domicile). Ce mode d’accueil permet d’offrir à l’enfant un environnement proche de celui de son propre foyer. Il est aussi d’une plus grande souplesse et permet une adaptabilité aux besoins des familles (accueil de la fratrie, souplesse horaire, etc.). Le groupe d’enfants dont s’occupe l’assistante maternelle est plus resserré que dans une crèche collective ». 

La Cnaf vient de publier une étude, menée par Catherine Collombet, sous-directrice en charge de la mission des relations européennes, internationales et de la coopération, qui compare le métier d’assistante maternelle à travers six pays européens — l’Allemagne, le Danemark, la France, les Pays-Bas, le Portugal et l’Angleterre — et analyse points communs, différences et tendances. Et bien que l’importance de l’offre d’accueil individuel soit inégale selon les pays, Catherine Collombet note « la similarité des tendances, notamment démographiques (…) et de mouvement vers le regroupement, dans les pays où domine l’exercice individuel, malgré la grande diversité des systèmes ». 

Une profession minoritaire et féminine 

Les assistantes maternelles ne constituent une part importante des services d’accueil du jeune enfant que dans quelques pays européens, notamment ceux examinés dans cette étude, ainsi qu’en l’Irlande et en Belgique (selon le réseau Eurydice). Au Danemark, aux Pays-Bas, en Allemagne et en Angleterre, elles représentent 15 à 28 % de l’offre d’accueil du jeune enfant. Au Portugal, en revanche, elles sont largement minoritaires (3 %). Et dans chacun de ces pays, la profession est en grande majorité féminine à plus de 95 %. Au Portugal, en revanche, elles sont largement minoritaires (3 %). L’Hexagone fait figure d’exception : en France, l’accueil individuel est le premier mode d’accueil des enfants de moins de 3 ans (55 % en 2020), bien qu’en déclin depuis une décennie. 

Et dans chacun de ces pays, la profession est en grande majorité féminine à plus de 95 %.

Un déclin lié au vieillissement de la profession 

C’est une réalité, dans tous les pays étudiés, le nombre d’assistantes maternelles est en baisse. Un phénomène qui devrait s’accélérer dans les années à venir, dû au vieillissement des professionnelles dont l’âge moyen est élevé, et à leur départ à la retraite. Environ 50 % d’entre elles ont plus de 50 ans en France, mais presque 70 % des assistantes maternelles au Portugal ! 

C’est d’ailleurs au Portugal que la décroissance des effectifs a commencé, dès le début des années 2000. Les Pays-Bas et l’Angleterre ont rapidement suivi. En France, ce n’est que dans la première moitié des années 2010, puis début 2020 en Allemagne qu’on a observé un véritable déclin de la profession. C’est néanmoins en France et aux Pays-Bas que la baisse est aujourd’hui est la plus forte, avec respectivement -4,3 % et -10 % en 2023. Et plus mesurée en Angleterre avec une chute de seulement 2 % en 2024. 

Pas de diplômes, mais des professionnelles de plus en plus qualifiées  

D’un pays à l’autre, la profession d’assistante maternelle est certes réglementée, mais globalement, « les normes qui leur sont applicables sont moins strictes que dans les services d’accueil collectif », note l’étude. Dans cinq pays sur six, il n’y a pas de qualification minimale requise pour exercer le métier d’assistante maternelle. Pas de diplôme exigé, seule une formation initiale obligatoire dédiée, au nombre d’heures très disparate, suffit à pouvoir accueillir : seulement 12 heures en Angleterre, 120 heures en France, mais jusqu’à 800 heures de formation continue au Portugal devant être renouvelées tous les cinq ans.

Exception faite aux Pays-Bas, qui exigent que les assistantes maternelles « disposent d’un niveau équivalent au certificat d’aptitude professionnelle (CAP), également imposé pour les professionnelles en structures », indique l’étude. Qui note cependant que, malgré le peu d’exigences observées dans la plupart de ces pays, le niveau de qualification et de formation des assistantes maternelles augmente. Et la part des assistantes maternelles sans diplôme spécifique diminue. Même en France, elles sont passées de 40 % d’assistantes maternelles sans diplôme en 2003 à 14 % en 2019. En Allemagne, elles n’étaient plus que 2 % en 2020. Seule l’Angleterre fait exception, où les nouvelles professionnelles sont de moins en moins qualifiées. 

Une majorité de travailleurs indépendants

En Allemagne, au Portugal, aux Pays-Bas et en Angleterre, les assistantes maternelles disposent d’un statut de travailleur indépendant aux situations néanmoins très diverses : au Portugal, par exemple, certaines sont employées par la Sécurité sociale. Aux Pays-Bas et en Angleterre, elles ont la possibilité d’être en sus affiliées à une ou plusieurs agences. Celles-ci jouent un rôle d’intermédiaire entre les assistantes maternelles et les parents pour leur rémunération, et pour assurer la supervision de la qualité d’accueil, l’accompagnement en termes de formation et de professionnalisation. Aux Pays-Bas, 85 % des professionnelles y ont recours, mais seulement 14 % en Angleterre. Il n’y a qu’en France qu’elles sont salariées du particulier employeur. Au Danemark, en revanche, les assistantes maternelles ont majoritairement un statut d’employé municipal. 

Les « Mam » et crèches familiales se développent en Europe 

Si l’exercice individuel à domicile est majoritaire dans la plupart de ces pays, on observe que « les modes de pratique regroupée » de type MAM se développent de plus en plus. Au Danemark, 10 % des assistantes maternelles sont concernées bien qu’il n’existe pas « de structure nationale exactement équivalente aux Mam, mais des pratiques comparables », explique Catherine Collombet. En Allemagne, plus de 20 % des assistantes maternelles exercent en Grosstagepflege (GTP) et leur nombre a plus que doublé entre 2012 et 2020. 

Et au Portugal et au Danemark, l’accueil individuel est essentiellement assuré en crèche familiale. « Au Danemark, précise Catherine Collombet, 75 % des assistantes maternelles exercent dans les crèches familiales gérées par les communes. Au Portugal, 58 % des assistantes maternelles exercent dans une structure de crèche familiale, un autre tiers est employé de la Sécurité sociale, les autres de façon indépendante à domicile ». 

Tandis qu’en France, ces crèches familiales sont clairement en déclin et ferment leurs portes (seules 3 % des assistantes maternelles exercent encore en crèche familiale), et inexistantes dans les autres pays cités. 

Lire l’E-ssentiel n°230-2025

Irlande : l’accueil familial se structure enfin

L’Irlande ne fait pas partie de l’étude de la Cnaf, néanmoins tout un travail autour de l’accueil individuel est actuellement mené dans ce pays. Jusqu’ici totalement non-réglementé, l’accueil familial est un secteur en pleine évolution et le Department of Children, Equality, Disability, Integration and Youth semble avoir pris le sujet à bras le corps. Le ministère a mis en place en 2021 son plan national pour l’accueil individuel, le « National Action Plan for Childminding 2021-2028 », auquel nous avons eu accès via la Commission européenne. Il prévoit une transition progressive vers une réglementation stricte et un soutien de l’État d’ici 2028, permettant aux assistantes maternelles, dites « assistantes familiales », d’être pleinement reconnues, et aux familles de bénéficier du National Children Scheme (NCS), le programme public de subvention à la garde d’enfant, qui réduit le coût des modes d’accueil pour les familles. 

Après une phase préparatoire qui a permis au ministère d’élaborer une réglementation spécifique, la mise en place des formations et dispositifs de soutien, d’évaluer les coûts de manière détaillée et de mener les consultations nécessaires, la nouvelle réglementation est entrée en vigueur, et les parents ont désormais accès au NCS. 

Des défis pour une véritable qualité d’accueil

Mais bien que le pays soit sur la bonne voie, il reste encore de nombreux défis à relever pour assurer la qualité de l’accueil familial. Selon le « National Action Plan for Childminding », peu d’accueillantes sont enregistrées auprès de Tusla, l’agence nationale irlandaise chargée de la protection de l’enfance du soutien aux familles et de la réglementation des modes d’accueil. Les contrôles et la vérification des antécédents sont encore inexistants et induisent de nombreux risques, et « le caractère encore informel du secteur limite l’accès à la formation financée, aux ressources et à la reconnaissance officielle », indique le document. 

Le ministère travaille donc encore à l’extension des dispositifs de soutien pour accompagner la transition ; à l’élargissement de l’enregistrement de tous les accueillants non apparentés et rémunérés auprès de Tusla. Et à l’introduction graduelle de normes de qualité, d’exigences de formation et d’inspections. A partir de 2028, le secteur devrait être officiellement réglementé, bénéficier de soutiens, et les accueillants réglementés devront faire preuve d’une qualification minimale pour exercer. Le ministère prévoit également de mener des recherches sur les besoins de garde pour les parents travaillant à horaires atypiques ou vivant en zones rurales.

Lire le « National Action Plan for Childminding 2021-2018 »

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 04 septembre 2025

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2 réponses à “Assistantes maternelles : partout en Europe, une profession en déclin”

  1. Catherine GODINAUD dit :

    Bonjour
    J’aime beaucoup lire vos articles.
    Merci
    Catherine Godinaud

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