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Crèches familiales : pourquoi se sentent-elles aussi menacées ?

On les décrit souvent comme le mode d’accueil idéal, alliant les qualités de l’accueil individuel et les atouts de l’accueil collectif ; mais les crèches familiales sont en déclin depuis plus d’une dizaine d’années, sans que personne ne semble agir très concrètement pour les relever. Engluées dans une législation (trop) complexe et une vision faussée de leur mode de fonctionnement, elles sont méconnues des familles et des élus, petit à petit délaissées par les collectivités qui les trouvent trop coûteuses et compliquées à gérer. Les crèches familiales sont-elles pour autant condamnées ou appelées à évoluer ? La mise en place du nouveau Service Public de la Petite Enfance et la prochaine COG 2023-2027 leur apporteront-elles le soutien espéré ?


Une structure hybride qui emploie des assistantes maternelles

La crèche familiale est une structure qui emploie et regroupe des assistantes maternelles formées et agréés. Salariées de l’EAJE, elles accueillent un à quatre enfants à leur domicile, mais font partie intégrante d’une équipe au sein de la crèche familiale. Elles s’y rendent une à deux fois par semaine, pour vivre un temps de collectivité qui favorise l’épanouissement des enfants : activités d’éveil, sorties encadrées et animées par une éducatrice de jeunes enfants (EJE). Portée par une directrice (puéricultrice) et son adjointe (EJE), la crèche familiale gère le recrutement, la partie administrative, la comptabilité et la relation avec les parents. Elle assure la formation continue, le suivi et l’encadrement des assistantes maternelles qui peuvent ainsi se recentrer sur leur mission première, l’accueil, l’éveil et le soin du tout-petit. Une équipe médicale est rattachée à la crèche familiale : un médecin pour l’examen d’entrée obligatoire de chaque enfant, son suivi régulier en lien avec le médecin traitant, la vaccination et des actions de prévention ; et un psychologue qui participe à la création d’un espace de parole, rencontre régulièrement les assistantes maternelles, l’équipe d’encadrement, et reste à la disposition des parents.

En moyenne, une crèche familiale propose 54 places d’accueil, pour un maximum de 154. C’est un mode d’accueil accessible à tous les parents, une solution mixte et de qualité, particulièrement adaptée pour répondre aux besoins des familles aux horaires atypiques. Apparues dans les années 50, les crèches familiales ne se sont vraiment développées qu’à partir des années 70. Aujourd’hui, la majorité d’entre elles sont gérées par un gestionnaire public (78%), à savoir une collectivité territoriale (la commune, le département, le CCAS). Les 22% restants sont portées par un gestionnaire privé non lucratif (association ou mutuelle) ou bien un gestionnaire privé à but lucratif (entreprise). 85% d’entre elles relèvent de la PSU, mais 15% (parmi les crèches familiales de droit privé) lui préfèrent la Paje.

Le confort et la stabilité d’un statut salarié

Les assistantes maternelles signent deux contrats, l’un avec la crèche familiale qui les emploie, l’autre tripartite avec les parents et la crèche familiale. Elles travaillent jusqu’à 45h par semaine au delà desquelles les heures sont majorées. Un jour de repos hebdomadaire et un repos quotidien de 11h consécutives minimum doivent être respectés. Avec l’accord du salarié, le travail peut être annualisé dans le respect d’un plafond annuel de 2250 heures. Leur salaire horaire ne peut être inférieur à 0,281 fois le montant du SMIC par heure d’accueil.

Elles bénéficient du confort d’un statut salarié qui leur assure une rémunération plus stable, maintenue en cas d’absence de l’enfant pendant la période prévue au contrat (sauf si certificat médical) ou même entre deux contrats, jusqu’à ce qu’un nouvel enfant lui soit confié (au moins 70% de la rémunération minimale sur la base de la durée moyenne du coût d’accueil des six derniers mois, pendant maximum 4 mois). La crèche familiale assure le remplacement de l’assistante maternelle en cas d’absence pour congés ou maladie. Celle-ci perçoit des indemnités pour les frais engagés pour l’équipement, le matériel utilisé, les frais généraux du logement ou encore les repas, convenues avec l’employeur par accord collectif ou convention avec la crèche familiale. 

Une structure rassurante et équilibrée

La crèche familiale est une structure qui se veut solide et rassurante pour toutes les parties. Le projet pédagogique constitue un cadre de travail commun et dès la première rencontre, la crèche joue l’intermédiaire entre la famille et l’assistante maternelle. « La relation parents-assistante maternelle est débarrassée de tout ce qui la pollue, à savoir les problématiques financières, de congés, d’horaires. La seule relation qui existe est autour de l’enfant, c’est un gage de qualité », explique Elisabeth Laithier, Présidente du Comité de filière petite enfance. Pour ces professionnelles parfois très seules, exercer en crèche familiale, c’est être délivrée de toute relation pesante de hiérarchie avec les parents, d’un rapport financier souvent difficile à gérer. C’est être protégée des licenciements abusifs et pouvoir continuer à se former pour questionner ses pratiques professionnelles. C’est faire partie d’une équipe pour sortir de l’isolement.

« Les assistantes maternelles apprennent énormément sur le terrain, en venant à la crèche familiale. Dans notre quartier, ce sont des femmes qui sont souvent d’origine étrangère ; dans leur langage, dans leurs pratiques, je les vois évoluer, du fait qu’elles soient baignées dans l’univers de la structure. Elles voient les différences avec ce qu’elles peuvent faire chez elles. Ce sont des professionnelles, mais plus elles passent du temps à la crèche plus je les vois progresser », explique Eva, éducatrice de jeunes enfants dans une crèche familiale parisienne liée a une halte-garderie. Chacune est suivie par une éducatrice référente qui la visite tous les quinze jours, « permettant un suivi régulier des enfants accueillis et la construction d’une relation proche et personnalisée avec chaque assistante maternelle, nécessaire à l’accompagnement de son travail et à un soutien tant dans l’évolution de ses pratiques professionnelles que dans des difficultés rencontrées avec certains enfants ou parents, voire dans sa propre famille, en raison de l’exercice de sa profession dans son espace privé…, et des émotions que toutes ces situations ne manquent pas de générer. » (« Accompagnement et soutien pour les assistantes maternelles en crèche familiale », Joëlle Drouant, Véronique Berthou, Spirale n°69)

Mais qui connait vraiment les crèches familiales ?  

Bien qu’elles existent depuis plus de 50 ans, les crèches familiales souffrent d’un vrai manque de visibilité, et de la notoriété croissante des modes de garde collectifs qui les entourent. Il y a les familles mal informées, qui peinent à s’y retrouver entre crèche collective, crèche familiale, et micro-crèche. « Il y a une méconnaissance du terme « crèche familiale » : en entendant « crèche familiale », les parents pensent « crèche », fait remarquer Eva, EJE. Il faudrait peut-être réfléchir sur le terme qui peut induire en erreur… » Il y a également les assistantes maternelles qui méconnaissent les crèches familiales, leur mode de fonctionnement, leurs avantages. Il y a aussi les gestionnaires méfiants, envers un mode d’accueil qu’ils jugent coûteux et compliqué à gérer, persuadés que les familles ne rêvent que d’un accueil collectif.

Pourtant les professionnels de la petite enfance ne manquent pas une occasion de vanter la qualité de l’accueil qui y est proposé. « Très souvent, au cours de mes déplacements, rapportait Elisabeth Laithier lors de sa restitution de la concertation territoriale sur le SPPE, on m’a cité les crèches familiales comme un modèle intéressant d’accueil individuel qui supprime le rapport employeur-employé, et qui replace l’enfant au cœur de la relation assistante maternelle-parent ». Selon Sandra Onyszko, chargée de communication de l’UFNAFAAM, « les crèches familiales sont trop peu visibles, elles n’ont pas rencontré leur public.(…) C’est à nous de convaincre les parents du bien fondé de notre mode d’accueil ! » 

Une solution minoritaire et en déclin 

Aujourd’hui les crèches familiales sont minoritaires et en perte de vitesse. Un effondrement que rien ne saurait pour l’instant enrayer : en 2020, on dénombrait 550 structures d’accueil familial contre 560 en 2019 et 640 en 2016. (DREES) La capacité théorique d’accueil des creches familiales était de 31 000 places d’accueil en 2018, soit 6,7% des places en EAJE. EN 2019, on en dénombrait 28 000 soit 6,1% des des places. Soit une baisse de près de 10% de la capacité théorique d’accueil en un an (ONAPE). Selon la DGCS, une tendance qui risque de s’accélérer avec la démographie de la profession d’assistante maternelle. Celles-ci restent, quant à elles, le premier mode d’accueil en France avec 20 % des enfants de moins de 3 ans en 2021 ; celui qui apporte aussi la plus grande satisfaction mais dont le nombre de professionnelles en activité est en baisse continue. 

En 2017 déjà, Laurence Rossignol, alors Ministre de l’enfance et des familles, s’inquiétait de ce déclin et demandait une étude approfondie (DGCS-Cekoia) permettant d’analyser les causes des difficultés des crèches familiales, afin de dégager des solutions pour développer ce type d’accueil. Un rapport intéressant qui a levé les complexités et donné quelques pistes et solutions. Depuis, il faut l’avouer, rien ne semble avoir changé et rien n’a été mis en place par le ministère… Simplifier le statut des assistantes maternelles, communiquer auprès des différents acteurs, valoriser la formation, soutenir les gestionnaires :  les préconisations faites à l’époque sont encore les mêmes aujourd’hui mais les difficultés se sont accrues, amplifiées par la crise sanitaire et la pénurie de professionnels que traverse le secteur. « Il y a quatre ans, les crèches familiales avaient des difficultés et leur situation était fragile. Aujourd’hui, elles ont également du mal à recruter, le problème est double ! » alerte Sandra Onyszko.   

Les crèches familiales ferment leurs portes 

Alors chaque mois, des crèches familiales sont contraintes de cesser leur activité, décision assumée de leurs gestionnaires qui ne voient pas l’intérêt de batailler pour un mode d’accueil en perte de vitesse et moins rentable. Certaines s’éteignent dans la discrétion, d’autres font les gros titres de la presse locale. Le 1er février dernier, le CCAS de Poitiers en proie à « des contraintes financières insurmontables » annonçait la fermeture de sa résidence autonomie Edith-Augustin et de sa crèche familiale (17 assistantes maternelles et une quarantaine d’enfants) à la rentrée 2024. Le service de communication de la ville explique de manière très pragmatique que « ce n’est plus ce qu’attendent les familles, il y a moins de demandes sur la crèche familiale. En crèche familiale, on est à un enfant pour une place, tandis qu’en crèche collective, comme les parents cherchent un mode d’accueil plus flexible, on arrive à trois ou quatre enfants pour une place. Alors en termes d’optimisation des coûts et de réponse à la demande des poitevins, la commune choisit de développer l’accueil collectif. » Les parents, opposés à la fermeture de la structure, se sont constitués en collectif, pour mieux se faire entendre et ont lancé une pétition dans laquelle ils rappellent leur attachement au modèle de la crèche familiale « à mi-chemin entre l’assistante maternelle agréée et la crèche collective. Malheureusement, ce mode de garde est trop méconnu, ce qui permet aux élus de la Ville d’affirmer qu’il ne convient pas aux familles qui préfèrent se tourner vers la crèche collective, explique Camille Flavigny, l’un des parents usagers. « Or, ajoute-t-elle, les 44 places disponibles sont prises. C’est bien la preuve que ça plaît et qu’il y a de la demande ». Dans sa pétition, le collectif « demande à la mairie et au CCAS de revenir sur cette décision, et de maintenir et de développer cette structure qui rend service aux Pictaviens depuis 1969 ». 

A Charleville-Mézières dans les Ardennes, la crèche familiale fermera au plus tard d’ici 3 ans, lorsque les derniers bébés seront entrés en maternelle. La commune ne peut plus supporter le coût de la structure, tout particulièrement en cette période d’inflation. A Maurepas, dans les Yvelines, la mairie ne voyait plus comment redynamiser la crèche familiale qui ne comptait plus que sept assistantes maternelles. Chacune d’entre elles s’est vue proposer deux solutions : intégrer les effectifs du personnel communal comme ATSEM par exemple ou être accompagnée pour exercer à son compte en tant qu’assistante maternelle. « On va les aider au niveau administratif et leur céder le mobilier à l’euro symbolique » commente la mairie. A Amiens, la mairie justifie la fermeture par la baisse des demandes, la baisse de la natalité, la création d’une toute petite section de maternelle… A Livry-Gargan, la situation s’envenime : la mairie affirme que la structure était délaissée par les parents et coûtait trop cher, tandis que les opposants accusent la mairie d’avoir volontairement provoqué cette situation… 

Les gestionnaires craignent un système coûteux et complexe    

Du côté des gestionnaires, les freins sont essentiellement financiers. La plupart craignent que l’accueil familial ne coûte trop cher (salaires, indemnisation entre les contrats, locaux, matériel), du moins plus cher qu’un accueil collectif. Ils ne voient pas l’intérêt de faire des efforts pour une structure au nombre de places limitées, pour laquelle ils peinent à recruter des professionnels de la petite enfance et des familles peu informées sur les alternatives aux modes d’accueil collectifs. Sandra Onyszko en est convaincue, le calcul n’est pas bon : « Si l’on reste sur le coût salarial, la crèche familiale coûte plus cher en effet. Mais si on intègre également la PSU que la crèche familiale reçoit, l’économie faite d’un bâtiment dans son foncier mais également dans ses flux (rappelons que les assistantes maternelles accueillent à 80% chez elles et à 20% dans un local qui n’est pas celui d’une crèche mais peut être mutualisé avec un RPE ou autre), le coût de revient par place est moins onéreux qu’une crèche collective. » Il faut dire qu’élus et gestionnaires ont souvent peu de marge de manœuvre. « Ils font ce qu’ils peuvent avec le budget qu’ils ont, défend Elisabeth Laithier. Il ne faut pas oublier qu’entre autres, les moyennes et grandes villes sont tenues par le pacte de Cahors qui fait que les municipalités s’engagent à ne pas augmenter leurs frais de fonctionnement de plus d’1,2 % par an. Quand on sait qu’en petite enfance, la masse salariale c’est 80% du fonctionnement, c’est toujours ce qui bloque ! » Néanmoins l’ancienne élue nancéienne, s’étonne de ce rejet des crèches familiales : « Je ne comprends pas pourquoi les communes s’en séparent. Certes les gestionnaires touchent moins de PSU avec une crèche familiale, mais d’un autre côté, les frais sont moindres ! (…) A Nancy, je me suis toujours battue pour maintenir la crèche familiale.» 

Pour Sandra Onyszko, beaucoup d’élus sont très mal à l’aise avec les crèches familiales car elles sont complexes à gérer. « Les RH ne sont pas spécialisées sur le statut des assistantes maternelles en crèche familiale qui est particulièrement complexe. (…) Il faut savoir que le statut d’une assistante maternelle, salariée d’une crèche familiale, s’appuie en partie sur le décret relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, et d’autre part sur le code de l’action sociale des familles qui renvoie par certains articles au code du travail. Vous imaginez tout cela mélangé ? C’est très compliqué à comprendre pour les assistantes maternelles comme pour les RH » déplore-t-elle. La DGCS le confirme : « Beaucoup de collectivités abandonnent le modèle de crèches familiales au profit de MAM qu’elles peuvent éventuellement subventionner sans avoir à assumer la gestion RH. »

Un statut qui devrait être clarifié  

Il faut dire que le statut des assistantes maternelles en crèche familiale n’a pas été rénové depuis bien longtemps. Si les assistantes maternelles employées par des particuliers ont récemment adopté la convention collective de la branche professionnelle du particulier employeur (applicable depuis 2022), les professionnelles salariées des crèches familiales gérée par une collectivité n’ont toujours pas de convention collective. Leur statut est à cheval sur le droit public et le droit privé, un véritable casse-tête ! De fait, les textes réglementaires sont appliqués de manière très aléatoire selon les EAJE et les collectivités… Véronique Luypaert, est assistante maternelle, membre du Collectif National d’Assistants Maternels en Crèche Familiale (CNAMCF) qui a mené l’enquête auprès de ses membres. 
« Certaines ass’mat sont en encore payées au forfait, d’autres mal mensualisée, ou en CDD depuis vingt ans dans une collectivité locale ! s’indigne-t-elle. On a vu qu’il y avait de nombreuses différences d’une collectivité à l’autre car, par méconnaissance, elles ne savent jamais de quel statut on dépend… » 

 « Depuis la nouvelle convention collective, souligne Sandra Onyszko, il y a quelques points moins favorables aux assistantes maternelles en crèche familiale et de nombreux vides juridiques. » Elle estime urgent de s’engager dans une démarche de clarification : « Est ce qu’il ne vaudrait mieux pas que les assistantes maternelles deviennent à 100% des agents contractuels (comme les ATSEM), tout en gardant leurs spécificités, remises à égal avec la nouvelle convention collective des assistantes maternelles employées par des particuliers ?  Il me semble que ce serait un statut beaucoup plus favorable pour elles et beaucoup plus clair pour les services RH et les professionnelles. » Elle appelle de ses vœux le ministère à s’engager véritablement pour une réforme et rénovation de ce statut, « chose qui n’a pas été faite depuis des lustres et contribue également à faire fuir les assistantes maternelles, à leur faire craindre d’aller en crèche familiale. »  Selon le cabinet de Jean-Christophe Combe, il pourrait y avoir des mesures les concernant dans la prochaine COG. Il affirme son « soutien aux assistants maternels dans toutes leurs modalités d’exercice, avec des mesures dédiées dans les différents vecteurs de la réforme, notamment la COG ». Est-ce vraiment de bon augure pour les crèches familiales ? Pas si sûr… 

Les crèches familiales peinent aussi à recruter 

Car du côté des structures d’accueil familial, il y a une véritable problématique de recrutement. D’une part parce que le nombre d’assistantes maternelles est en chute libre, et que la nouvelle génération de professionnelles formées ne compense pas les départs à la retraite ; d’autre part parce que la complexité du statut des assistantes maternelles en crèche familiale ne permet pas de donner une information claire et transparente sur les salaires, les conditions de travail, et ne valorise pas les avantages de leur statut. Pour Sandra Onyszko, il y a plusieurs points d’achoppement : 

  • Il y a trop d’écart entre le taux horaire d’une assistante maternelle employée auprès de particuliers et le taux horaire d’une assistante maternelle qui exerce en crèche familiale. « Souvent un peu moins de 3€ net de l’heure en crèche familiale, plus de 3,50€ pour les assistantes maternelles embauchées auprès de particuliers, selon Pajemploi », précise-t-elle.
  • Le salaire de certaines assistantes maternelles n’est pas toujours mensualisé bien que le contrat dise l’inverse. « Tout le monde ne s’entend pas sur ce qu’est la mensualisation en crèche familiale. Dans certaines structures, c’est l’idée de verser un salaire pour un accueil effectué du 1er au 31 du mois, sans lissage particulier sur l’année. » 
  • La mensualisation est calculée en fonction de la signature des familles plutôt que de l’employeur : le salaire de l’assistante maternelle dépend du nombre d’heures demandé par les parents usagers de la crèche familiale, des vacances… « Vous êtes embauchée par une mairie mais vous êtes payée en fonction du contrat choisi par les parents, usagers du service public. Normalement le parent n’intervient pas dans votre rémunération. Eh bien là, si ! »  explique Véronique Luypaert. Dans ce contexte, difficile de répondre aux questions des candidates, qui s’informent sur les conditions de travail et de rémunération d’un poste d’assistante maternelle en crèche familiale… 

Alors certaines crèches familiales se sont engagées, de leur propre initiative, dans une profonde transformation de ces écueils « parce qu’elles voient bien que sans cela elles ont du mal à recruter ! » explique Sandra Onysko. Et de citer la Ville de Mâcon qui a travaillé à la mise en place d’un contrat de travail avec mensualisations. Ou le Centre-Val-de-Loire, Soissons ou Manosque qui ont réussi à harmoniser les contrats de travail de leurs crèches familiales.

Réticences des assistantes maternelles et idées reçues  

Enfin, la question de l’indépendance des assistantes maternelles a toujours été une question sensible… Rester indépendante ou salariée d’une crèche familiale ? Un choix qui cristallise parfois beaucoup d’idées reçues chez les ass’mat’, parmi lesquelles la peur de gagner moins, celle d’être trop cadrée, de perdre sa liberté, d’être surveillée… « Il y a un certain paradoxe, parce qu’elles ont choisi un métier indépendant mais lorsque vous les rencontrez, elles déplorent parfois leur solitude. Il n’y a qu’à voir les RPE qui ont été créés pour cela », remarque Elisabeth Laithier. 

La crèche familiale leur propose un nouvel équilibre, qui leur permet d’être autonomes tout en acceptant d’accueillir les enfants dans une dynamique de co-réflexion, de co-construction, d’un « faire ensemble » entre l’assistante maternelle et sa référente. Elles s’engagent à suivre le projet pédagogique défini par la crèche, une structure rassurante qui pallie également les complexités administratives, au manque de contrats ou au manque d’heures que déplorent souvent les indépendantes. En revanche, elles ne peuvent choisir les familles avec lesquelles elles vont travailler, et les parents n’ont pas non plus le choix de l’assistante maternelle avec laquelle ils vont travailler, contrairement à celles qui exercent en tant que salariées du particulier employeur à domicile ou en MAM. Leur taux horaire est également moindre mais les avantages sociaux sont bien là : en cas de maladie (grâce à la subrogation, elles perçoivent 100% de leur salaire), entre deux contrats (elles touchent une rémunération minimale jusqu’à ce qu’un nouvel enfant leur soit confié), elles touchent parfois des primes, une indemnité d’entretien, le prêt de matériel… « Les assistantes maternelles sont mal informées et ne connaissent pas ce qu’est vraiment la crèche familiale, reconnaît Sandra Onyszko. Il peut y avoir des interprétations. Le taux horaire est peut-être moindre mais il y a des mensualisations plus avantageuses car multiplié sur un nombre de semaines plus important, il n’y a pas de rupture de contrat car l’employeur est toujours le même, il peut y avoir un 13e mois… Le statut est bien souvent plus avantageux. » 

Un collectif national pour être plus visibles 

En janvier 2023, une dizaine d’assistantes maternelles en crèches familiales ont décidé de se constituer en collectif, le Collectif National d’Assistants Maternels en Crèche Familiale (CNAMCF) qui regroupe pour l’instant une soixantaine de gestionnaires, assistantes maternelles et parents. Une histoire qui a débuté sur les réseaux sociaux, avec la création du groupe Facebook « Nounous de crèche familiale : info et partage du quotidien » un an auparavant. Convaincues qu’il faut agir pour que la réglementation soit mieux appliquée pour enrayer le déclin des crèches familiales, améliorer leurs conditions de travail et être plus visibles, elles optent pour un collectif ouvert à tous plutôt qu’une association.

Depuis quelques mois, le collectif enquête auprès de ses membres, contacte des gestionnaires et communique auprès des assistantes maternelles, tente de sensibiliser les élus aux problématiques de l’accueil familial. « Nous voulons vraiment que les textes bougent, explique Véronique Luypaert. Alors nous tapons à toutes les portes de ceux qui peuvent nous apporter du concret, de ceux qui ont le pouvoir d’agir ! » Le CNAMCF a écrit une lettre ouverte à Emmanuel Macron et aux députés pour réclamer un vrai statut pour les assistantes maternelles en crèche familiale. Il a également demandé à entrer au Comité de filière petite enfance pour porter plus haut leurs revendications. 

Quel avenir pour les crèches familiales ? 

 
Tandis que la situation des crèches familiales se dégrade, en haut lieu on observe, on constate, on prend conseil. En 2018, au moment de la réforme de la formation initiale intervenue suite à la réingénierie du diplôme CAP PE devenu CAP AEPE, la DGCS a créé un groupe de travail sur l’accueil individuel. Ce groupe de travail s’est poursuivi sous différentes formes avec la réforme NORMA, la crise COVID et enfin le Comité de filière petite enfance. Comité de filière qui dédiait ses travaux du premier trimestre 2023 à l’accueil individuel. La mise en place du Service Public de la Petite enfance et la signature de la nouvelle COG 2023-2027 en juillet prochain peuvent donc laisser espérer un profond changement. « La situation des crèches familiales m’a été remontée de nombreuses fois, je les ai citées à plusieurs reprises dans les modes d’accueil à réactualiser et sur lesquels il faut travailler, se souvient Elisabeth Laithier. J’espère que le futur SPPE saura les soutenir. (…) Aujourd’hui on est à un tournant au niveau de la petite enfance c’est évident. Mais il ne faut pas se rater, le tournant on ne le retrouvera pas deux fois ! Et je souhaite que les crèches familiales se réinscrivent dans le paysage de l’accueil du jeune enfant. »  

Quelques leviers d’action pour un mode d’accueil en mutation 

Il est certain qu’un engagement financier plus marqué de la CNAF auprès des crèches familiales leur apporterait un vrai soutien et faciliterait l’engagement des gestionnaires à leurs côtés. Dans la prochaine COG, Sandra Onyszko espère une réévaluation de la PSU des crèches familiales, au même niveau que les crèches collectives. « Nous attendons des mesures concrètes car cela fait trois COG qu’on veut sauver soi-disant les crèches familiales, mais jamais aucune décision n’est prise ! » déplorait-elle en réaction aux annonces gouvernementales sur le SPPE. Il faudra attendre le mois de juillet pour en savoir plus, la CNAF n’ayant pas souhaité nous répondre. 

Pour soutenir l’accueil familial, il faudrait également une vraie campagne de revalorisation des crèches familiales aux yeux des parents, assistantes maternelles et gestionnaires. Communiquer spécifiquement auprès de chacun de ces acteurs pour espérer venir à bout des idées reçues et mauvaises interprétations. Dans ce but, l’UFNAFAAM dispense des formations de terrain pour sensibiliser les différents acteurs aux spécificités de l’accueil familial. Elle a également travaillé sur un guide à destination des gestionnaires, RH, assistantes maternelles, qui est toujours entre les mains de la DGCS depuis 2 ans ! Pour la DGCS, « Ce projet est toujours d’actualité mais sa réalisation a été suspendue à la finalisation de différents chantiers pouvant avoir des répercussions sur les crèches familiales (réforme NORMA, groupe de travail du Comité de filière sur l’attractivité du métier d’assistant familial). Le souhait de l’administration demeure de soutenir le modèle des crèches familiales qui présentent de nombreux atouts pour les professionnels (travail en équipe, soutien des pratiques professionnelles par l’encadrement) et pour les parents. Des réflexions sont en cours sur les modalités qui permettraient de relancer – voire de rénover – le modèle ».

Pour oser porter un projet et débloquer les freins (notamment financiers), les gestionnaires ont aussi besoin d’être accompagnés, formés et convaincus du bien fondé de ce mode d’accueil pas comme les autres, le faire valoir à leurs yeux comme une réponse aux besoins spécifiques des familles, adapté aux horaires atypiques, un mode de garde rassurant et qualitatif. Les expérimentations – le nid maternel et les crèches vagabondes – qui avaient été proposées dans le cadre de la réforme des modes d’accueil NORMA n’ont finalement pas été reconduites. Mais on observe cependant que dans certaines villes comme Grenoble ou Paris, des modèles mixtes de crèches collectives et familiales, ou des haltes garderies – crèches familiales, ont remplacé les crèches familiales pures. Ou de nouveaux concepts de crèche familiale à vocation particulière. L’association Enfant présent vient d’ouvrir sa quatrième crèche familiale préventive, mode d’accueil qui s’adresse aux parents en situation de vulnérabilité. Accueillies par une équipe pluridisciplinaire, les familles bénéficient d’un accompagnement individualisé sur le plan éducatif et professionnel (démarches socio-professionnelles, soutien à la parentalité, lutte contre les violences inter-familiales) et l’accueil des enfants de 0 à 4 ans est modulable 7 jours sur 7, 24h sur 24. La crèche familiale est donc peut-être un mode d’accueil en mutation plutôt qu’en voie de disparition ? L’histoire n’est pas encore terminée.  

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Laurence Yème

PUBLIÉ LE 13 juin 2023

MIS À JOUR LE 22 juillet 2023

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